Red is still undead

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mardi, août 19 2008

L'égalité au travail, c'est pas encore ça

L'INSEE vient de publier un document intéressant intitulé Une photographie du marché du travail en 2007.

Il contient un certain nombre de statistiques intéressantes, mais je me contenterais ici de relever les chiffres concernant les écarts homme/femme.

  • Il y a toujours une séparation par secteurs : certains sont très masculins (construction, industrie), d'autres plus féminins (éducation, santé, action sociale).
  • 30% des femmes travaillent à temps partiel, contre 5% des hommes. 82% des emplois à temps partiels sont occupés par des femmes.(Un tiers des personnes à temps partielles souhaiteraient pouvoir travailler plus ; on peut donc considérer qu'il s'agit de temps partiel contraint)
  • Il y a 7.4% de chômage pour les hommes et 8.5% pour les femmes.
  • C'est encore plus marqué pour les ouvrier-e-s : 9.5% pour les hommes contre 16% pour les femmes.
  • Entre 15 et 64 ans, 76% des inacti-f-ve-s sont des femmes.

Autant de chiffres qui rappellent malheureusement que, année après année, les femmes sont les plus sujettes à la précarité.

mardi, juin 10 2008

Un licenciement transphobe condamné

Bonne nouvelle : un employer qui avait licencié une transsexuelle sans autre raison valable que sa «transition» a été condamné par les Prud'hommes. Un article plus complet est sur le blog d'Alain Piriou.

Même si la transphobie n'est pas reconnue par la loi, le jugement se base sur l'égalité entre les sexes : en gros si j'ai bien compris la logique, si le traitement est différent (en l'occurence licenciement) après «changement de sexe», il y une discrimination par rapport au traitement qu'il y avait dans «l'autre sexe» et donc discrimination basée sur le sexe.

C'est plutôt une bonne nouvelle qui tend à montrer que les discriminations transphobes peuvent être partiellement reconnues. Cependant je pense qu'il ne faut pas pour autant abandonner l'idée de faire reconnaître la transphobie comme une discrimination spécifique (bon ok, dans les faits j'ai quand même l'impression que ça fait un bail que la majorité des associations ont abandonné l'idée, si elles l'ont jamais eu, m'enfin bon, on se comprend) : en effet je ne vois pas comment il serait possible par exemple de condamner un propos transphobe (du genre «sale travelo» et compagnie).

Cela dit, ça reste quand même une bonne nouvelle : les trans' ne sont pas aussi sans-droits que certains ne le voudraient.

mercredi, novembre 21 2007

ENDA

J'avais suivi vaguement, uniquement par blogs interposés, le périple de l'ENDA aux états-unis. L'ENDA c'est une proposition de loi nommée «Employment Non-Discrimination Act» (que je traduirais par loi de non-discrimination à l'emploi), et qui a pour objectif de protéger les personnes LGB(T) dans l'entreprise.

Un débat houleux concernait l'inclusion, ou pas, des personnes trans' dans la formulation de la proposition. Si j'ai bien compris, au départ la proposition incluait les trans', puis les a exclus, puis a nouveau inclus, avant de les exclure finalement juste avant le vote.

(Si j'ai bien compris aussi l'état de cette loi, elle a été approuvée par le congrès, mais il est probable que Bush y mettra son véto.)

Le débat concernant les personnes trans' peut être résumée de manière assez simple : est-ce qu'il faut les exclure pour avoir une mauvaise loi qui ait une chance de passer, ou une bonne loi qui n'en ait presque aucune ? Je vais être radine en liens et me contenter d'un point de vue pro-inclusion des trans' et d'un anti sur l'état actuel des choses.

En gros le débat que j'avais suivi, on peut résumer les arguments suivants de cette façon :

Contre l'inclusion des trans' :

  • inclure les trans' réduit les chances de faire passer la loi ;
  • les trans' n'ont pas vraiment de rapport avec les homos, on sait pas trop pourquoi on se mélange avec eux. En plus eux ils peuvent se marier des fois alors qu'ils fassent pas chier.

Pour l'inclusion des trans' :

  • cette loi sera de toute façon «vétoée» par Bush ;
  • les trans' méritent autant d'être protégés que les homos ;
  • protéger les trans' protège aussi les homos, puisque la non-protection de l'identité de genre pourrait permettre d'exclure un gay effeminé ou une lesbienne butch non pas parce qu'il ou elle couche avec des personnes du même sexe mais parce qu'il n'est pas assez masculin et elle pas assez féminine.

Ce que je trouve intéressant dans ces débats, vu de ce côté de l'atlantique, ce n'est pas de savoir si le congrès avait ou pas une chance de voter cette loi et qui soutient quoi (en particulier il me semble quand même y avoir des enjeux politiciens que j'arrive difficilement à cerner), mais c'est que ça pose la question de la place des trans' dans les luttes LGBT. Même si ce n'est peut-être pas la meilleure manière de l'aborder je trouve que ça a le mérite de parler un peu de la quatrième lettre qu'on oublie la plupart du temps. Pour comparer à la situation française, je n'ai pas l'impression que l'exclusion des trans' de la loi anti-discrimination (qui pénalise les propos homophobes et considère l'homophobie comme circonstance aggravante dans les agressions, mais ne parle absolument pas ni de transphobie ni d'identité de genre) ait suscité autant de polémique en France. Ça ne veut pas dire que les associations prennent moins en compte les droits des trans'. De fait, pas mal d'associations relativement importantes comme Act-up, Sos-homophobie ou l'inter-lgbt ont pris position contre cette exclusion ; et je n'en ai vu aucune s'en féliciter. Cela dit ça reste des communiqués et l'avantage de cette polémique c'est d'exprimer ouvertement un point de vue qui n'est peut-être pas complètement absent chez les militant-e-s gay et lesbiennes et de forcer à ce que le débat ait lieu. Cela dit c'est peut-être aussi une façon de diviser le mouvement (même si j'ai plus l'impression que le clivage est surtout un clivage politique assez classique que l'on pourrait résumer sommairement par «jusqu'au-boutiste versus capitulard» plutôt que trans versus homo), et le fait que finalement les trans n'aient pas été couverts par la loi proposée est évidemment une mauvaise nouvelle.

Vu de France, j'avoue que je ne comprends pas trop ces histoires de congrès et d'amendements de dernière minute. Si j'ai bien compris il n'y a pas l'air d'avoir de mécanisme comme en France où une loi qui passe à l'assemblée peut être amendée par les députés et où du coup cette question serait forcément moins pregnante dans le mouvement LGBT. Pour être clair, il me semble que si ça devait se passer en France, les associations LGBT pourraient toutes soutenir la loi avec l'inclusion des trans', parce que comme elle n'est pas votée en bloc mais éventuellement amendée, des députés gay-friendly mais transphobes pourraient voter uniquement pour tels ou tels articles, ou encore proposer des amendemenst excluant les trans'. Autrement dit, la question de l'inclusion ou pas des trans' serait (et a été concernant la loi française dont j'ai parlé ci-dessus) uniquement dans les mains des députés et pas dans les associations.

Il y a autre chose qui m'interroge, c'est la question basique de la non-discrimination à l'emploi. je ne sais pas du tout comment fonctionne le droit du travail américain, mais il me semble bien préférable pour les travailleurs LGBT comme pour les autres d'avoir une loi cadrant précisément comment un licenciement peut avoir lieu, ce qu'est censé faire le code du travail en France, malgré le travail de la droite pour le démanteler. Laisser la liberté aux patrons de faire ce qu'ils veulent avec leurs employés (notamment avec le CPE/CNE, dont l'un a été refusé par la rue et l'autre par l'OIT) c'est évidemment leur permettre d'exprimer toute leur homophobie, leur transphobie, leur racisme, etc. Empêcher les discriminations au travail est évidemment nécessaire (notamment parce qu'il n'y a pas que les licenciements) mais, comme il est souvent difficile de prouver une discrimination (à moins que le patron soit très con et sorte ce pretexte), le meilleur moyen de protéger les travailleurs les plus vulnérables me semble être de protéger l'ensemble des travailleurs.

Évidemment lutter pour l'intégration d'une loi protégant les personnes homosexuelles est plus facile que de lutter pour avoir une meilleure protection du travail, mais personnellement ça m'a convaincue, si j'avais encore besoin de l'être, des liens entre la lutte de classe et les luttes LGBT.