(Billet mis à jour le 23 juin 2008)
Avant-propos
J'avais écrit il y a déjà quelques temps cette liste de conseils, intitulés
«Petits conseils destinés aux militant-e-s trans-friendly (ou qui croient
l'être)» car il me semblait, vu mon expérience personnelle, qu'il y avait
souvent des lacunes sur la façon de s'exprimer face à des trans' et pour parler
des trans'.
J'ai décidé de l'étendre au milieu non-militant, puisqu'il me semble que
tout le monde peut être intéressé par le sujet. Les trans' ne sont pas si rares
et sont de moins en moins invisibles, et il n'est pas nécessaire d'être un
activiste LGBTI pour en croiser.
Ces conseils peuvent paraître un brin professoraux, voire moralisateurs. Je
m'en excuse par avance. Cependant, ma petite expérience m'a montrée que même
les personnes qui ne pensaient pas à mal pouvaient faire preuve
d'indélicatesse.
Ce n'est en général pas par transphobie, mais simplement par ignorance. Donc
voici quelques pistes pour éviter de paraître impoli. Ces conseils ne sont pas
une référence. Certain/e/s trans' ne seraient peut-être pas d'accord avec
eux ; ils sont certainements discutables. Ils ne sont pas non plus une
nouveauté : pour beaucoup, ils relèvent d'un certain bon sens, et il y a
déjà des pages similaires existantes [1] Seulement ces
conseils ne sont pas forcément très diffusés en dehors des milieux
«trans'» ; et quand bien même, un peu de répétition sur le sujet ne ferait
pas de mal.
Définitions
Le milieu trans' utilise un certain nombre de termes spécifiques ;
voici une petite liste de ceux que j'emploie.
- Trans' : le terme «trans'» est un terme large qui regroupe à la fois
«transgenre», «transsexuel» et, parfois (selon la personne qui l'emploie),
«travesti». C'est le terme que j'emploie principalement, puisque la définition
exacte de la personne a généralement assez peu d'importance et que le sens
précis de «transsexuel» et «transgenre» est aussi soumis à des variations selon
les individus.
- Cisgenre : le terme «cisgenre» est le contraire de «trans'». Par
exemple, une femme cisgenre est une femme qui n'est pas trans'[2].
- MtF : male-to-female, homme-vers-femme. Une femme trans'.
- FtM : female-to-male, femme-vers-homme. Un homme trans'.
Parlez à la personne dans le bon genre
Ça, c'est vraiment la base, qui semble tellement évidente qu'on ne
devrait pas avoir à dire. Pourtant, même cela ne va pas de soi pour tout le
monde. Donc puisqu'il faut le dire : si on a un minimum de respect pour
une personne, on lui parle (et on parle d'elle) dans le genre désiré. Même si
vous savez que cette personne qui parle au féminin a un pénis. Même si
vous trouvez qu'elle ne ressemble pas à une femme du tout.
Si vous avez un doute, demandez
Si vous ne savez pas comment désigner une personne, il y a deux solutions
possibles : éviter d'avoir recours à des mots genrés (ce qui est faisable
si on parle à cette personne, puisqu'on dit «tu», mais qui peut être plus dur
si on parle d'elle à quelqu'un d'autre), ou alors lui demander.
Ou alors on prend le risque de se tromper, mais c'est dommage,
non ?
Du bon emploi de «un» et «une» transsexuel/le
Le mot «transsexuel» suit les même règles d'accord que les autres
mots ; par conséquent, un transsexuel désigne un homme transsexuel (FtM)
ou, le masculin l'emportant dans notre langue, un transsexuel en général.
Pour parler d'une femme trans' (MtF) on dit «une transsexuelle».
Ne jouez pas avec le genre des autres
Certaines personnes aiment bien jouer avec le genre, en utilisant des
néologismes comme «il/elle», «ille», «el», etc. Il n'y a rien de mal à ça.
C'est plutôt bien.
Oh, à un détail près : quand la personne le choisit.
Si vous voulez qu'on vous appelle «ille», faites-vous plaisir. Mais par
pitié, ne l'utilisez pas pour parler d'une personne qui, elle, veut clairement
qu'on la désigne comme «elle» (ou «lui»).
«Il/elle» est un peu différent, dans le sens où c'est un terme qui peut être
utilisé si vous avez un doute sur le genre d'une personne. Mais continuer à
utiliser «Il/elle» alors que vous savez comment la personne veut qu'on la
désigne, c'est renvoyer le message que vous refusez toujours de considérer
cette personne dans le genre dans lequel elle se définit.
Ça n'est pas une option
«Ça» est un pronom neutre. C'est aussi et surtout un pronom utilisé pour
désigner les objets, les choses, bref, pas les humains. S'il vous venait l'idée
bizarre d'utiliser ce terme pour caractériser un/e trans', oubliez-la.
Vraiment.
Sur quelques aspects «médicaux»
Ne posez pas l'équation «trans = opération»
L'opération de «Chirurgie de Réassignation de Sexe» (CRS pour les intimes),
consistant à modifier chirurgicalement les parties génitales d'une personne,
est souvent la première chose à laquelle on pense quand on parle de trans'.
Pourtant, certain/e/s trans' n'ont pas envie de passer par là. Certain/e/s
passent par là mais n'en font pas LA chose qui leur permettra de se considérer
dans le genre désiré. Évitez de faire comme si la vie de la personne que vous
avez en face de vous tournait autour d'un acte chirurgical.
Ne demandez pas à un/e trans' des détails intimes. À moins, évidemment,
d'être intime.
Le fait qu'une personne soit manifestement trans' ne vous autorise pas,
après cinq minutes de conversation, à lui demander ce qu'elle a entre les
jambes, si elle compte se faire opérer, ou si elle prend des hormones.
Sauf peut-être si vous êtes aussi du genre, après avoir échangé trois
phrases, à demander à un homme cisgenre la taille de son pénis, ou à une femme
cisgenre si elle prend la pilule.
Sinon, considérez que ce que la personne a entre les jambes ne concerne
qu'elle.
Bien sûr, cela peut dépendre du contexte, mais en général demander cela a
pour effet de faire ressentir à la personne trans' qu'elle est une sorte
d'animal exotique.
Ne faites pas sentir aux trans' qu'ils n'existent pas
Voilà un conseil assez vague, alors je vais donner quelques pistes. Toutes
ne sont pas forcément faciles à appliquer, mais je pense qu'elles constituent
une base de réflexion intéressante.
Il n'y a pas que des MtF
Même si, heureusement, les trans' FtM sont de plus en plus visibles et que
de moins en moins de gens pensent que «des femmes qui veulent devenir des
hommes, ça n'existe pas», il n'en reste pas moins qu'il y a une certaine
tendance à assimiler «trans'» à «trans' homme-vers-femme».
Pourtant, la plupart des études montrent qu'actuellement, les personnes qui
entament une transition «femme-vers-homme» représentent à peu près le même
nombre que celles qui entament une transition «homme-vers-femme». Évitez donc
de réduire «les trans'» aux femmes trans'.
Ne dites pas «moi, je suis un mec/une femme»
Si vous êtes en présence d'un homme trans', ne dites pas quelque chose comme
«bon c'est vrai, moi, je suis un mec». Lui aussi.
Il n'y a pas que des hommes et des femmes
Si la majorité des trans' se définissent homme ou femme, certains se
définissent aussi entre les deux genres, ou ni l'un ni l'autre ; c'est
aussi le cas de certaines personnes qui ne se considèrent pas «trans'» pour
autant.
Essayez donc dans la mesure du possible d'éviter de parler «des hommes et
des femmes» et préférez le terme «personne».
De la non-mixité
Afin de permettre aux femmes de se retrouver l'espace d'un moment pour
discuter sans oppression masculine, certaines structures militantes (ou pas)
utilisent, de manière occasionnelle ou permanente, une non-mixité des femmes
(il doit y avoir aussi des cas de non-mixité des hommes ; cependant, le
cas étant beaucoup plus rare, dans la suite de cette section, je parlerai
uniquement de la non-mixité des femmes. Évidemment, la même chose peut
s'appliquer aux hommes de la même manière, juste en remplaçant «femme» par
«homme» et vice-versa).
Le lien entre les trans' et cette non-mixité a souvent été l'objet de débats
houleux, parfois révélateurs d'une certaine transphobie. Pour autant il me
semble qu'il ne faut pas «jeter le bébé avec l'eau du bain» et qu'il est
possible d'avoir une non-mixité qui permette d'avoir des discussions qui
n'auraient pas forcément pu être tenues ailleurs sans rejeter les personnes
dont le genre n'est pas «casher».
La base, là encore, est de considérer les femmes trans' comme des femmes et
les hommes trans' comme des hommes. Cependant, il me semble nécessaire d'aller
un peu plus loin.
Faites savoir aux femmes trans' qu'elles peuvent entrer
Dire que les trans' ne sont pas exclues, c'est une chose. Leur faire savoir
qu'elles sont incluses, c'en est une autre. Je sais que, dans le doute, j'ai
tendance à éviter ce genre de réunion, par crainte d'être exclue ou de lancer
un débat houleux.
Le plus simple me semble donc encore de dire explicitement aux trans'
qu'elles sont les bienvenues.
N'insistez pas pour que les hommes trans' entrent (... ou sortent)
Une insistance à vouloir inclure quelqu'un peut être aussi mal pris qu'une
insistance à l'exclure. N'expliquez pas à un FtM qui explique qu'il n'est pas
une femme que, vu qu'il a un vagin, il devrait rentrer.
Ou alors, parlez de «non-mixité femmes/trans'/lesbiennes[3]», «non-mixité sans hommes cisgenres», bref de
quelque chose qui est élargi et dans lequel il peut se sentir appartenir.
À l'inverse, certains hommes trans' peuvent ressentir le besoin de
participer à cette structure non-mixte, puisque, même sans se définir «femmes»,
ils peuvent être confrontés au même sexisme. Il me semble que, globalement, la
non-mixité devrait conserver une certaine souplesse à ce niveau en assumant une
certaine ambiguité dans la «frontière».
N'utilisez pas «Sexe: m/f»
Le sexe désigne le sexe biologique. Le genre désigne le genre social. En
général il est plus approprié de savoir si une personne se définit comme un
homme ou une femme que de savoir ce qu'elle a entre les jambes. Donc déjà il
est plus sympathique d'employer le terme genre.
Ne considérez pas non plus que toutes les personnes sont m/f. Que ce soit
pour le sexe biologique — les intersexes existent — ou pour le genre (cf la
partie «Il n'y a pas que des hommes et des femmes»). Même si ces personnes sont
minoritaires, cela ne coûte pas grand-chose de leur faire sentir qu'ils ont
aussi le droit d'exister.
Ne partez pas du principe que tout le monde est cisgenre
Plus généralement, tout comme il faudrait éviter de partir du principe que
tout le monde est hétérosexuel, il serait bon de ne pas partir du principe que
tout le monde est cisgenre, même si cela peut paraître compliqué, surtout que
la proportion de trans' est encore plus faible que celle d'homosexuel/les.
En particulier lorsqu'on fait références à des aspects biologiques ou
anatomiques du corps, il me semble préferable d'utiliser des expressions comme
«personne de sexe masculin/féminin» (ou éventuellement de «mâle/femelle», mais
c'est en général mal vu pour parler d'êtres humains) plutôt que «homme/femme».
Si ce n'est évidemment pas vital lorsqu'on parle de généralités (dire «les
femmes ont un vagin» ne prend pas en compte l'existence de trans', mais n'a pas
de conséquence dramatique), cela peut avoir une grande importance suivant le
domaine (cela me semble notamment prioritaire dans la santé, par exemple pour
le dépistage de certains cancers).
Errare humanum est ; persevere diabolicum
On peut se tromper. Il n'y a pas vraiment de mal. Parfois on ne peut pas
savoir qu'une personne ne se définit pas comme «lui» ou «elle». Et parfois on
peut le savoir mais, parce que la personne a une apparence associée à l'autre
genre, ou simplement parce qu'on a été habitué à parler de cette personne dans
l'autre genre, on peut se tromper quand même. Ce n'est pas dramatique.
C'est, en revanche, plus gênant quand c'est fait de manière répétée. Par
exemple, si une personne vous reprend trois fois de suite pour corriger votre
«elle» en «lui» ou vice-versa, essayez de faire un minimum attention pour la
quatrième.
Ces conseils ont pour but de sensibiliser une population pas forcément
formée aux questions trans' ; Ils n'ont pas pour but de vous terroriser à
l'idée de parler à une (ou d'une) personne trans'. Globalement, personne ne va
vous pendre pour une petite erreur, surtout si vous êtes de bonne foi et
reconnaissez avoir employé un mauvais terme.
Licence
Ces conseils ont été écrits intialement par Élisabeth Henry sur son blog
«Red is undead» (http://red.reveries.info). Ils sont diffusés sous licence
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