Red is still undead

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samedi, août 2 2008

L'impérialisme transsexuel

Le titre, pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de ce merveilleur livre, est une référence à «L'empire transsexuel» de Janice Raymond, qui explique comment les transsexuels colonialisent l'identité et la culture féminine. Je ne résiste pas à citer une phrase que j'adore :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la forme féminine réelle à un artefact, s'appropriant ce corps pour eux-mêmes. Les transsexuels coupent simplemennt le moyen le plus évident d'envahir les femmes, pour paraître non-invasifs.

Bon, je vous rassure, je ne vais pas parler de ce bouquin plus longtemps, parce que je ne pense pas que les trans' colonialisent l'identité des femmes.

En revanche, je pense qu'il y a une certaine colonisation de certaines identités dans certaines cultures sous le terme occidental de «transsexuel», dont j'ai vu quelques exemples dans des news ces jours-ci.

Commençons par la moins pire :

Des toilettes pour les élèves travestis

Tous les matins, avant d’aller en cours, les élèves du lycée Kampang, dans une région rurale de Thaïlande font un petit tour aux toilettes. Les toilettes des filles d’un côté, celles des garçons de l’autre et… celles pour les travestis au milieu, symbolisées par une silhouette coupée en deux, moitié homme en bleu et moitié femme en rouge. Des toilettes réservées aux plus de 200 garçons qui se considèrent comme «transgenre». Les «katoey», nom thaïlandais des transgenres «pourront aller aux toilettes tranquillement sans avoir peur qu'on les regarde, qu'on se moque d'eux ou qu'on les pelote», souligne le directeur de l'établissement.

Au moins, là, on utilise le terme thaïlandais (katoey ou kathoey), et on fait le lien avec le terme «transgenre», qui a au moins l'avantage d'être suffisamment large et flou pour être a priori capable de les inclure, même si je ne suis pas persuadée que dire que le terme «katoey» est «le nom thaïlandais des transgenres» soit vraiment pertinent.

Un autre article sur le même sujet est un peu plus problèmatique :

Une école secondaire de la Thaïlande a installé des toilettes destinées au «troisième sexe».

Cette décision a été prise après que la direction eut découvert que 10% des garçons qui fréquentent l'école se considèrent comme transsexuels et n'aiment pas utiliser les toilettes pour les garçons.

Le directeur de l'école explique à la BBC que la situation était une source de distraction pour ces jeunes garçons.

«C'est bien que l'école nous voit comme nous sommes», déclare un jeune transsexuel.

Cette fois-ci, non seulement on n'a plus le terme thaïlandais, et surtout on utilise le terme «transsexuel» à la place de transgenre. Transsexuel, c'est quand même beaucoup plus restrictif, et pour le coup ça ne correspond plus franchement. On fait rentrer dans une définition occidentale (et qui vient du monde médical) une réalité qui n'y rentre vraiment que très moyennement.

Pour finir, un autre article en anglais parle d'un rassemblement religieux des Hijras en Inde. Ou plutôt, c'est moi qui le déduis, parce que l'article ne parle que de «transsexuels». Là encore, c'est assez aberrant, puisque la majorité des Hijras ne sont pas transsexuels, et la plupart, si j'ai bien compris, se voient comme ni homme ni femme ou d'un troisième genre et n'essaient pas de «passer» pour des femmes.

Accessoirement il y a un rapport à la religion et au système de caste que je ne maîtrise certainement pas, mais qui explique pourquoi il y a ce genre de rassemblement religieux. La base même de ce rassemblement n'a aucun sens si on l'analyse juste en terme de «transsexuels».

Bref, tout ça pour dire que je trouve dommage, simpliste, et au final colonialiste la tendance à vouloir faire rentrer dans les termes occidentaux des réalités qui n'y correspondent pas (ou pas entièrement), sans même chercher à expliquer qu'il y a des «nuances». C'est nier la spécificité de ces identités et de ces cultures.

mercredi, juillet 30 2008

Irréelle

Je ne suis pas un vrai mec. Ça, je l'avais compris de puis longtemps.

On me dit aussi que je ne suis pas une vraie femme non plus.

On me dit que je ne suis pas une vraie lesbienne.

On me dit que je ne suis pas une vraie trans',

On me dit que je ne suis pas une vraie féministe, vu que je suis trans', même si pas une vraie.

Ce qui, au final, m'amène à me poser la question suivante :

Est-ce que j'existe vraiment, au final ?

On me fait quand même bien comprendre que non.

Mise à jour du 31 juillet : je crois que j'ai trouvé ma réponse dans des paroles de la chanson Achtung de Laibach[1] :

Achtung beide seiten

Achtung beide pole

Das wahre ist nicht immer wahrheit

Aber wir sind immer hier

Ce qui, si google traduction ne me trahit pas, veut dire en gros :

Attention les deux côtés

Attention les deux pôles

Le vrai n'est pas toujours la vérité

Mais nous sommes toujours là

Notes

[1] Oui, je crois qu'il n'y a que moi pour trouver le rapport avec des questions de genre dans un groupe souvent qualifié de néo-nazi, mais c'est pas grave :p

lundi, juillet 28 2008

Rassemblements pour Rosa Pazos

Un peu en retard, mais pour signaler rapidement qu'aujourd'hui ont lieu en Espagne un certain nombre de rassemblement suite au meurtre de la militante trans' et anarchiste Rosa Pazos, assassinée le 11 juillet à Séville.

Je n'ai pas pu avoir à cette heure la traduction française du communiqué signé par un certain nombre d'organisations LGBTI, aussi je me contente de le résumer et de copier/coller la version espagnole.

Ils exigent notamment un éclaircissement des faits et le traitement du processus sous des conditions respectant la personne assassinée, de la part des autorités et des médias, dont le travail informatif a pour l'heure été offensant et transphobe.

Ils dénoncent la transphobie qui était présente dans la vie quotidienne de Rosa Pazos, notamment le fait qu'elle n'ait pas eu droit à de la chirurgie ou un changement de papiers parce que les personnes souffrant d'un diagnostic de "schizophrénie" ou une autre "maladie mentale" n'ont pas le droit de disposer de leurs corps.

Ils dénoncent aussi la transphobie quotidienne présente dans la rue, les lois, les médias. Ils demandent que l'Administration Publique assume ses responsibilités et effectue un travail sérieux pour l'intégration des personnes trans'.

Ils dénoncent la vulnérabilité dans laquelle se trouve les personnes trans' et la fréquence alarmante des meurtres dans des circonstances "étranges".

Enfin, ils revendiquent que le combat contre la transphobie est une lutte de tous et toutes et que la seule manière de combattre la transphobie quotidienne est d'apprendre à l'identifier et à la dénoncer dans tous les endroits où cette violence est produite.

(Merci aux camarades de la Guerilla Travolaka pour avoir transmis l'information.)


Comunicado por el asesinato de Rosa Pazos

La activista transexual y anarquista sevillana, Rosa Pazos fue asesinada el pasado 11 de julio en su domicilio. Organizaciones de minorías sexuales de todo el estado español han convicado concentraciones para este lunes como repulsa. Adjuntamos comunicado conjunto de estas organizaciones.

"El pasado viernes 11 de julio, Rosa Pazos, activista transexual de 47 años, fue hallada muerta en su domicilio de Sevilla. Tras someter su cuerpo a la correspondiente autopsia, el Instituto Anatómico Forense emitió un informe en cual se expresaba que Rosa había sido objeto de apuñalamiento.

Los grupos y colectivos firmantes de este manifiesto exigimos con carácter de urgencia:

1- El esclarecimiento de los hechos que rodearon la muerte de Rosa Pazos y ello a la mayor brevedad con el fin de evitar difamaciones sobre las causas asociadas a su muerte así como incrementar el dolor que ya de por sí supone para familiares, amigas/os y compañeras/os de Rosa.

2- La implicación en el caso del Fiscal General del Estado, Sr. Cándido Conde Pumpido con el fin de exigir y agilizar el esclarecimiento de los citados hechos.

3- El tratamiento del proceso bajo las condiciones de máximo respeto a la dignidad de la fallecida y de quiénes le rodean, tanto por parte de las instancias policiales y judiciales involucradas en el proceso como por parte de los medios de comunicación, cuya labor informativa sobre el caso de Rosa hasta el momento ha resultado extremadamente ofensiva y transfóbica tal y como se viene denunciando desde el conocimiento de la noticia. El respeto a la identidad de Rosa y a la intimidad de su persona descarta el sensacionalismo de los medios y el talante discriminatorio con el que hasta la fecha se ha abordado la noticia.

Al mismo tiempo, denunciamos la enorme transfobia que rodeó la vida cotidiana de Rosa, así como el hecho de que se le negara su derecho al cambio de documentación y acceso a la cirugía debido a que nuestro sistema de salud entiende que una persona con un diagnóstico de esquizofrenia o cualquier otra "enfermedad mental" no puede decidir sobre su cuerpo o su identidad de género. Esa era la denuncia de Rosa y sin duda también la nuestra.

Las transfobias cotidianas que se encuentran en las calles, en las leyes, en los medios de comunicación, etc, son las que impiden a muchas personas acceder a derechos básicos como el acceso al mundo laboral, el respeto a la propia identidad y el derecho a la autodeterminación del propio cuerpo lejos de la tutela psiquiátrica.

Exigimos que la Administración Pública asuma su responsabilidad y trabaje para la integración laboral y social de las personas trans. Exigimos un trabajo serio, a la altura de la gravedad y la importancia de la situación: no queremos más parches, creemos firmemente que la manera de evitar este tipo de situaciones es trabajar directamente desde la raíz del problema y hacerlo sin excusas. No es una propuesta seria ni consecuente aquella que aprueba una "ley de identidad de género" para evitar la discriminación y al mismo tiempo trata de enfermas a quienes manifiestan una identidad de género diferente a la mayoritaria. Diferente, no por ello patológica. Reivindicamos que se trabaje para deconstruir los estereotipos que asocian la identidad trans con lo extraño, lo monstruoso y lo perverso, por destruir todos esos mensajes que generan odio y nos convierten en marginados y marginadas sociales.

Denunciamos una vez más la extrema vulnerabilidad de nuestro colectivo y la más que alarmante frecuencia con la que nos encontramos casos de personas trans muertas en extrañas circunstancias.

Reivindicamos nuevamente que la lucha contra la transfobia es una lucha de todos y de todas, es un compromiso de quienes queremos construir una sociedad distinta. Que la única forma de acabar con estas discriminaciones y violencias que se visibilizan en las calles de nuestras ciudades, en los despidos, en la exclusión, en las agresiones verbales y físicas es identificarlas en nuestro entorno más cercano y denunciarlas en todo momento. Porque aunque desde los movimientos sociales luchemos para acabar con la transfobia, la verdadera lucha está en nuestras calles, nuestros barrios, nuestras escaleras, donde cada día se vive la violencia.

Por todo ello, los grupos abajo firmantes convocamos a todas las personas el próximo lunes 28 de Julio a las 18 horas para acudir a las concentraciones que tendrán lugar en las diversas ciudades en aras de exigir una investigación transparente de rigor y el cese de la transfobia que ha venido acompañando al tratamiento del caso de la muerte de Rosa Pazos.

Recordamos que los grupos de Barcelona, Bilbao, Donosti, Gastéiz, Galicia, Madrid y Zaragoza aquí firmantes realizamos ya una labor de observación sobre la evolución judicial y mediática del caso con objeto de denunciar cualquier tipo de injerencia o de vulneración que por acción u omisión pueda tener lugar durante el proceso. Así mismo, denunciaremos por los cauces formales pertinentes cualquier tipo de acto que atente contra la dignidad de la fallecida y en particular aquellos de naturaleza discriminatoria que se dirijan contra el respeto a la identidad de género.

BARCELONA - 18:00 - Frente a la sede de Delegación de Gobierno

BILBO - 19:30 - Plaza Circular Abando

DONOSTI - 19:30 - Frente al Boulevar

GASTÉIZ - 19:30 - Plaza de la Virgen Blanca

MADRID - 18:00 - Frente a la sede de la Fiscalía General del Estado (c/ Fortuny, nº4, Colón)

SANTIAGO DE COMPOSTELA - 20:00

CORUÑA - 21:00 - El Obelisco

ZARAGOZA - 20:30 - Plaza de España

SEVILLA - 20:00 - Pza. Barrio de la Barzola

Firman este manifiesto: Acera del Frente, Madrid Guerrilla Travolaka, Barcelona MariBolheras Precárias, Corunha Stonewall, Aragón Medeak, Donosti Mass Medeak, Bilbo Ehgam, Euskal Herria ATA (Asociación de Transexuales de Andalucía) 7menos20, Gastéiz Amasol, Aragón Asoc. madres y padres de lesbianas, gays, transexuales y bisexuales de Aragón ATURUXO (Federaçom de Associaçons LGBT da Galiza) Col·lectiu Gai de Barcelona Emaize, asesoría sexológica del ayuntamiento de Gasteiz Énfasis, Gasteiz Errespetuz-Asociación Vasca de Transexuales (Euskadi) Front d’Alliberament Gai de Catalunya Gaytasuna, Gastéiz Gaztehgam, Euskal Herria Grupo de Respuesta Antipatriarcal, Madrid Liberacción, Madrid Panteras Rosas, Galiza Nomepisesofreghao (feministas desgeneradas), Galiza Centro Social Atreu, Galiza Panteras Rosas, Sevilla Queer Ekintza, Bilbo RQTR, Madrid Towanda, Aragón Panteras Rosa, Portugal

lundi, juillet 14 2008

The construction of transgender

While many feminists defend the rights of transpeople and even see "transgender" as something positive in the fight against patriarchy, there have also been feminist criticisms of "transgender" or "transgenderism" (a recent one being from miss Andrea, who triggered quite hostile reactions but who at least allowed me to find a title for this post :p). While the "transgender" term is quite large and groups different things (crossdressers, gender-queer, ...), the main reproaches are concentrated on people who physically "transition" (i.e., go through hormonotherapy or surgery) and/or who define as being in the "opposite" gender than the one they were assigned to. (For me, that would more or less correspond to the "transsexual" category, but since the debate has been launched on "transgender" and I prefer this term, I'll stay with it.)

Personally, I'd tend to divide those criticisms into two trends:

  1. an essentialist one, which basically says "you'll never be a woman because you'll never be pregnant".
  2. a more constructivist one, which would rather say "transgender actually reinforces gender norms".

While I don't think the first is interesting, my opinion is that the second one needs to be adressed.

I think it raises interesting questions, one of them being: "are transgender people 'compatible' with social constructivism ?". I believe the answer is YES, and this is why I'd like to explain my (social constructivist) vision of "transgender construction" (i.e, how an individual can end up as transgender, not the construction of the transgender movement[1]). Since I am not an intensive reader, I don't know if what I say here has already been said elsewhere, or proven to be wrong. I guess that, for a tranny, it is a bit of a difficult exercise since it requires to have an analysis which is sometimes in contradiction with personal feelings ; I just hope I didn't get too wrong on it.

A woman soul in a man body

There is this expression, over and over: "a woman soul in a man body". There are other sentences to describe transgenderism which I find essentialist (e.g, "an error from Nature" or "being born in the wrong body"), but this one is #1. It has been repeated so much that the mere fact of saying that you're trans' can trigger reactions such as "Oh, yeah, a woman soul in a man body. Must be hard for you."

I don't like this expression. Actually, I hate it. First, I'm a materialist, I don't believe in some obscure soul. I don't think I was a woman who has been reincarnated or something like that.

And, what with the "man body" part ? My body is mine. So, if I'm a woman, it's a woman body. Since I rather define as a tranny, it's a tranny body. But it's not a "man body". It may be a biologically male body, but not a man one, since, well, "man" and "woman" are social constructs.

Now, I have to admit that there is actually some truth in this sentence, even if I don't like the formulation. Basically, it says that the person, though she has a biologically male body and is seen and assigned as "man", deepely feels being a woman.

A constructivist hypothesis

I saw some constructivist feminists having problems with this (people feeling being of the "other" gender). Personally, while I don't remember I ever felt my "soul" was a woman's one, I think it is quite understandable.

In a nutshell, I would say that "transgender" exists because of gender.

Gender, for me, is a social construct; but I think the assignation process is not 100% reliable. I think part of the explanation is just "sometimes, things don't work"[2].

Basically, for a reason or another, transgender people end up "feeling" that they are not "true men" or "true women"[3]. Since there is a very high social pressure to be either man or woman, well, if you're not one, you're the other. And since men are supposed to have biologically male bodies, and women are supposed to have biologically female bodies, it ends up being easier to take hormones and have surgery.

Now, something which must be made clear before going further: what I say here is at an analysis level. When you live it, of course, you don't say to yourself "oh, I don't feel good as a man, let's say I'm a woman".

Personally, I am taking hormones, and I didn't do it because I thought "oh, it will be easier this way". What I felt is that I hated my body and it wasn't me and taking hormones to make it more "female" was making peace with myself. But that is at the "feeling" level; from a feminist analysis, I believe that the reason of these feelings lies not in a innate female brain or female soul, but in what society made me understand since I was born.

While I understand that some people find easier to say that they were "born" like that, I don't think it's less "respectable" to say that what you are and what you feel are the results of a social construction.

Now all of this doesn't mean that I think the biological body of a person doesn't play a role at all in the gender they determines themself.

What I don't think is that biological features of a body are per se "man" or "woman" features. Of course, if I live in a society where all men are expected to be physically strong, and I'm not, this can play a role in whether I can feel "man" or not. But it is not because being strong is in itself a man thing; it is because being strong is a man thing in this culture.

On the "reinforcing gender" thing

Now all of this doesn't answer the initial feminist criticism: by identifiying as the opposite gender and undergoing physical changes, do transpeople reinforce gender norms ?

Since I say that the feeling of being a "man" or a "woman" and the need to undergo physical changes are the results of social pressure, the answer could be: "yes", because, well, they just don't resist enough. And the same could be said of, well, non-trans people who define as "men" or "women" and don't resist gender norms "enough".

But I have trouble saying that the act in itself is "sexist" or "reinforcing gender norms" because it depends how it is seen. E.g., I think saying "I will be a real woman when I have surgery" does reinforce gender norms (in this case, the link "vagina=woman"), while I don't think it is the case for "I will accept my body better when I have surgery". It's the same thing for, say, high heels. I don't have a problem with a woman wearing high heels if she likes that, but I think there is one if the only reason to wear them is because she's a woman.

Now I think that, concerning transgender, the real way to fight gender norms is not to label some people or movements "subversive" or "feminists" and some others "gender reinforcing" or "reactionary"[4], but to fight the social pressure (starting by the one coming from psychiatrist teams) which requires people to be either men or women and to have a "sex" that match their gender. Which isn't to say that transpeople shouldn't be able to have hormones or surgery, but they should not be required to have them.

And I think that, for transpeople and everyone, the real question is not whether you wear lipstick or not, whether you had your breasts augmented or not (or whether you stuff your bra or not), or even whether you define as a man/woman or not. The only really important thing is what you concretely DO against (or for, but I hope that for most readers it will be against) patriarchy, sexism and all oppressions.

Notes

[1] Just a side note on the "transgenderism" and "transsexuality" construction as a whole. From what I understand, "transsexuality" was mainly constructed by psychiatrists (e.g., Harry Benjamin) who tended to be quite normative about gender norms. So, indeed, you could say that it is quite gender-reinforcing. On the other hand, the inclusion of "trans" in LGBT (and feminist) community and the development of transgender associations allowed to take some distances from initial psychiatrical and norms. I think that currently, "transgenderism" is still full of tensions and contradictions because of these two opposite forces pulling in opposite directions.

[2] Probably because of the contradictions in gender. The "true man" and the "true woman" concepts not only are impossible to reach and somewhat contradictory, but also depend on the cultures and even individual people.

[3] Of course, there are degrees in that. Many people don't feel they are "true men" or "true women" either, but on a scale where they can still cope with their assigned gender.

[4] And I think labelling them like this is also a bit of "essentialising" them, since it is equivalent to saying that homosexuality is in itself subversive and transgenderism in itself reactionary (or subversive too, depends who you are asking, but whatever). I personally don't think an identity or a sexuality is in itself politically subversive, revolutionary or anything. It is the analysis and the concrete struggles which are politically charged.

vendredi, juillet 11 2008

Qu'un sang impur n'abreuve pas nos perfusions

Aujourd'hui, j'ai eu le droit à mon premier refus de me prendre mon sang.

(... Ou pas. En fait, je m'étais déjà fait éjecter parce que je venais d'être malade).

Je leur ai demandé directement, histoire de ne pas perdre de temps (je veux bien arriver en retard au boulot pour donner mon sang, mais quitte à ne pas le donner, autant le savoir tout de suite. Ou alors qu'ils me fassent au moins la piqure, histoire qu'on voit la marque et que ça me donne une excuse) : est-ce que vous acceptez les transsexuels ?

La réponse est : non.

Sur ce, l'infirmière a voulu me convaincre de rester pour avoir les explications du médecin, mais comme je devais aller bosser et qu'il fallait attendre, j'ai refusé. Je me disais aussi que je n'aurais qu'à chercher un peu sur Internet pour trouver la raison.

En fait, non. En cherchant "don du sang transsexuel" sur google, on ne trouve que des pages parlant de l'exclusion... des homos. Discrimination d'un côté, invisibilité de l'autre. (MàJ du 11 juillet : et ce billet. Aha !)

Enfin, discrimination... bon, moi en soi je m'en fous quand même un peu de pas pouvoir donner mon sang. Je veux dire, c'est pas dramatique. Maintenant, bon, vu qu'on est en manque de sang, je me dis que c'est con de se baser sur des préjugés pour ça.

Cela dit, je vais essayer de repasser discuter ce soir, parce qu'il y a peut-être des bonnes raisons, pour le coup. Je prends un traitement hormonal et c'est peut-être gênant pour le don du sang ; je le comprendrais tout à fait.

Par contre ça me ferait chier qu'on me considère comme «à risque» du point de vue du Sida parce que je suis trans', alors que, bon, faut être honnête, niveau risque de ce côté là, il n'y en a vraiment pas beaucoup, vu comment ma sexualité est à peu près aussi vive qu'un zombie (et je parle des vrais zombies tout morts et qui avancent pas vite, pas de ceux qui courent, hein).

Post-scriptum: après un coup d'oeil rapide sur les conditions pour donner son sang, il semblerait que certains anti-androgènes posent problème :

Par exemple, le délai d'attente après arrêt de Roaccutane (Acné), de Chibroproscar (Prostate), de Propétia ( repousse des cheveux), peut atteindre 1 mois.

Le Chibroposcar, c'est de la finastéride, et j'ai l'impression que le Propétia aussi (même si je l'ai vu sous le nom de «Propecia»), c'est-à-dire un anti-androgène assez léger. Du coup j'ai du mal à imaginer que l'acétate de cyprotérone (Androcur), qui est beaucoup plus lourd (c'est un castrateur chimique, quoi) ne me vaille pas une exclusion pour le coup assez légitime.

Post-post-scriptum (mise à jour du 11 juillet 2008): après être retournée dans un camion à sang et avoir discuté un peu, la réponse est : non, ça ne vient pas des médicaments, c'est parce qu'on est une population à risques.

Je lui ai demandé si moi, du coup, je pouvais quand même donner vu que, niveau rapport sexuel, ben voilà, euh, on va dire que y'a pas beaucoup de risque : nein.

Du coup, ce que j'en pense :

  • l'idée de population à risque, plutôt que de pratique à risque, je trouve ça idiot. Il me semble que ça manque complètement de finesse.
  • si les trans' sont une population à risque, est-ce qu'il ne faudrait pas axer plus de prévention vers ces personnes plutôt que de laisser quelques associations faire comme elles peuvent ? La seule étude sur la prévalence du Sida chez les trans' en France doit avoir une semaine et a été l'oeuvre d'associations et non pas du ministère de la santé. Donc d'un côté on se sert de la prévalence pour éjecter du don du sang mais de l'autre côté on ne fait rien pour réduire ce taux. Ça me fout un peu en rogne.
  • s'il y a un rejet de la population "trans'", je me demande sur quelle base ça se fait : autant pour les homos il y a un acte clair "relation sexuelle avec une personne de même sexe", autant pour les trans', euh... Si je retourne dans le même camion et que j'explique que je suis juste un mec qui s'habille en jupe parce qu'il a du sang écossais, je peux donner ? (Ah non, le sang du Royaume-Uni n'est pas trop apprécié non plus). Si je rejette l'appellation "transsexuelle", est-ce que je peux donner ? Ou alors c'est le simple fait de porter une jupe ou de parler au féminin quand on a un zizi qui fait rentrer dans une «population à risque» ?
  • ils m'ont quand même proposé une boisson, ce qui prouve qu'ils ne sont pas si méchants que ça, mais tout de même, ça n'empêche pas.

Post-post-post-scriptum (mise à jour du 18 juillet 2008): j'ai eu un témoignage d'au moins une personne trans' ayant pu donner son sang sans problème. Apparemment, il faut juste ne pas y aller avec ses gros sabots et demander «vous prenez les trans' ?». Si on remplit juste le formulaire, ça passe. (Ça dépend peut-être des médecins, aussi.)

jeudi, juillet 10 2008

Pourquoi je ne suis pas agenre (ou peut-être que si, un peu, après reflexion)

(Billet mis à jour le 10 juillet 2008)

Ce billet poursuit un peu, et contredit peut-être partiellement, ma réflexion commencée dans Pourquoi je suis trans'.

De la définition de «agenre»

Avant de commencer, je voudrais préciser quelques petites choses, pour ne pas être mal comprise. D'abord, je ne suis pas très intellectuelle. Je lis peu de textes vraiment politiques ou philosophiques fondamentaux. J'ai une idée très floue de ce qu'est la théorie queer ainsi que, pour être honnête, de la plupart des théories.

C'est pourquoi j'éviterai ici de parler de queer, parce que j'ai peur de ne pas vraiment maîtriser le terme.

Je me contenterai du terme «agenre», qui est simplement le fait de ne se retrouver ni dans un genre ni dans l'autre.

De la destruction des genres

Comme je l'ai dit, je ne suis pas énormément versée en théorie. Mais, tout de même, je pense que le système de genre est un système oppressant, aliénant et totalitaire qui dicte la façon dont on doit se comporter selon qu'on ait un pénis ou un vagin (et qui mutile ceux qui ont quelque chose entre un pénis et un vagin).

Je suis pour la destruction complète des genres. Pas immédiatement, parce que ce n'est pas vraiment envisageable, mais à terme je ne pense pas qu'on devrait avoir de rôle lié au fait qu'on soit un mâle, une femelle ou un intersexe.

Et c'est pour cela que j'ai souvent été tentée de m'identifier comme trans agenre : ni homme, ni femme, autre chose[1].

Du côté fluctuant de la subversion

Seulement, je pense maintenant que j'ai tort. Si j'étais identifiée comme une femme grâce à un traitement hormonal, une épilation définitive et/ou une corpulence moins importante, les choses seraient peut-être différentes. Et je pense que dans, mettons, cinq ans, les choses seront effectivement peut-être différentes.

Là, dire que je ne suis ni homme ni femme serait le plus subversif, du moins c'est ce qu'il me semble, parce que ça me paraît être dans l'absolu le plus subversif : dire «je n'ai pas de genre, je n'en ai pas besoin», c'est attaquer le système de genre.

Mais en tant que trans' en transition, et même en début de transition, puisque je n'ai encore eu droit ni à des hormones ni une épilation laser ni évidemment à de la chirurgie, les choses sont différentes. Les gens me voient comme ni l'un ni l'autre, plus ou moins. Parfois avec un côté méprisant, parfois non. En revanche beaucoup, y compris pas forcément censés être les pires réactionnaires, refusent de me voir comme une femme, parce que autant ils pourraient accepter de voir une trans' hormonée et opérée comme une femme, autant là ce n'est pas le cas.

Et du coup, il me semble que dans ces circonstances, dire «je suis une femme» est plus subversif que dire «je n'ai pas de genre».

Là, si j'étais une marxiste compétente, il me semble que je devrais insérer le mot «dialectique». Seulement, j'ai déjà dit que j'étais nulle en théorie ? Il se trouve que je n'ai jamais compris non plus le sens exact de ce mot. Il me semble juste qu'il y a une incohérence entre le genre dans lequel je suis vue et celui dans lequel je me ressens. Cet écart qui peut être dur à vivre quotidiennement a néanmoins, à mon avis, un intérêt : c'est qu'il remet en cause le système de genre.

De mon identité

Bien sûr je ne choisis pas mon identité de genre uniquement en fonction de mes convictions politiques et de ce qui est le plus efficace à un instant t pour essayer de les faire avancer un peu (sinon, je ne devrais logiquement pas prendre d'hormones ; pourtant si je n'en prends pas c'est uniquement parce que l'équipe officielle me fait poireauter).

Mais, ça joue. Et la réflexion politique me fait aussi remettre en question ce qui a fait que je me considérais de telle ou telle identité.

Le fait de se définir «ni homme ni femme» me semble ainsi partiellement être dû au fait qu'il est pour moi plus facile à l'heure actuelle de l'accepter comme ça. Par exemple il est plus glorifiant de me dire «je n'ai pas envie d'aller dans une réunion non-mixte femme car je ne me considère pas comme une femme, ah ah, je suis agenre, queer» que «j'ai envie d'aller dans une ag non-mixte femme, mais je n'ose pas y aller car j'ai peur qu'on me rejette car je suis trans'».

Donc voilà, je considère non seulement (comme c'était déjà le cas avant) que j'ai autant le droit d'être considérée comme une «vraie» femme qu'une femme bio ; mais maintenant, en plus, je décide de l'appliquer [2].

Je suis une femme, et cela implique le fait d'être reconnue comme une femme même quand je n'ai pas de maquillage, de jupe ou de tee-shirt dit «féminin».


Mise à jour du 10 juillet 2008 : après quelques mois «outée», je ne ressens plus les choses de la même manière. J'ai trouvé que beaucoup de personnes m'ont «acceptée» avec une certaine facilité, que ce soit pour parler de moi au féminin ou pour mon changement de prénom. Mais en même temps, j'ai l'impression que s'il y a un système assez tolérant au fait que je puisse devenir une «femme» (je pense qu'avec quelques milliers de dollars, je n'aurais pas trop de mal à me faire opérer et à changer d'état-civil), le fait que je sois trans' est beaucoup moins accepté.

Un exemple concret, c'est les formulaires, dont l'apogée est ce qui est au final marqué sur la carte d'identité. Il y a masculin, il y a féminin. Il y a homme, il y a femme. Or, autant je ressens le besoin de parler de moi au féminin, etc., j'ai l'impression que rentrer dans la catégorie «femme» revient à nier complètement mon identité trans'. Or, elle est importante pour moi : ce n'est pas juste une transition d'un état à un autre, c'est bien plus que ça.

Et je ressens comme une énorme violence de devoir choisir entre «homme» et «femme» sur un formulaire, même si j'ai le droit de mettre la case «femme».

Du coup, à la réflexion, je ne suis pas une femme. Ce qui ne veut pas dire que je sois sans genre : je parle au féminin, je m'habille de fait avec des vêtements plutôt associés à la féminité (sauf pour les chaussures), et si je dois le faire, je me définirais de genre «féminoïde», comme «une trans'» ou «une pasfemme». Si on prend le cliché un peu pourri comme quoi les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, alors je serais sur un satellite de Vénus (sauf que autant cette jolie métaphore marcherait bien dans l'autre sens, en satellite de Mars, puisque je pourrais dire que je suis sur Phobos ou Deimos, autant là, vu que techniquement Venus a pas de satellite connu, ça tombe un peu à plat).

Voilà, petite mise à jour pour ceux que mes tergiversations transidentitaires intéressent.

Notes

[1] Pas «entre les deux», parce qu'«entre les deux», ça fait quand même très bayrouiste. Ni l'un ni l'autre, plutôt.

[2] Ou, en tout cas, d'essayer. Le fait que je considère que j'ai le droit de vivre d'une telle manière ne veut malheureusement pas dire que tout le monde va l'accepter.

dimanche, juillet 6 2008

Mes écrits : On passe mieux en étant à l'aise

Voilà une petite nouvelle (qui est très inspirée de la scène d'intro de Pulp Fiction et d'une citation d'Al Capone) sur le «passing» chez les trans' (oui, dernièrement, ce blog ne parle plus que de trans'. Désolée.)


Assis l’un en face de l’autre à la petite table d’un café, l’homme et la femme discutaient. Ils parlaient de la notion que les personnes transgenres appellent passing, c’est-à-dire le fait d’être perçu dans le genre désiré.

George, le garçon, y arrivait sans problème, mais Mathilde était fréquemment appelée « monsieur ».

La serveuse ne fit pas exception à la règle lorsqu’elle leur apporta leur café. Cela fit soupirer la jeune trans’.

« Pour passer, il faut être à l’aise, expliqua George. Les gens le sentent.

— Que dalle. Je suis à l’aise. »

Ils se disputèrent sur le sujet pendant quelques minutes, tout en avalant leur boisson.

« Je pense que c’est la voix, hasarda Mathilde. J’ai une voix de mec.

— C’est parce que t’es pas à l’aise.

— T’arrêtes de me casser les couilles avec ça ?

— Ça t’arrangerait bien, qu’on te casse les couilles, répliqua George en souriant.

— Je sais pas. Je crois que j’ai fini par m’y attacher. »

George termina son café, posa la tasse vide et tourna la tête à droite et à gauche.

« Bon, on y va ? demanda-t-il.

— D’acc », répondit simplement Mathilde.

Le couple se baissa de concert vers les sacs qu’ils avaient laissés à leurs pieds, sous la table. Puis ils se levèrent, chacun avec un pistolet à la main.

« Ceci est un putain de braquage ! gueula Mathilde. Le premier qui bouge se fait exploser la cervelle, pigé ? »

La peur se répandit comme une traînée de poudre sur le visage des clients et des serveurs. Une dame se mit à implorer :

« Je vous en prie, madame. Ne nous faites pas de mal. »

Le fait qu’elle l’ait appelée « madame » plut à Mathilde, qui arbora un sourire triomphant à destination de George.

« On passe mieux en étant à l’aise et armée qu’en étant juste à l’aise. »

vendredi, juin 27 2008

Tanz den feminismus

Note préliminaire

Ce texte est un projet d'intervention dans le cadre de la réunion du Nouveau Parti Anticapitaliste de ce week-end. J'ai décidé de le publier sur ce blog car il donne mon opinion mais ne concerne pas uniquement la LCR ou le NPA. Je parle certes de la LCR, mais je pense que j'aurais pu remplacer par «l'extrême-gauche» sans trop me mouiller.


Le sexisme, je ne crois pas dire une nouveauté, est intimement lié au capitalisme. En effet, si ce dernier n'a pas inventé le premier, il a su le récupérer et l'instrumentaliser à ses fins.

La répartition inégale des salaires, du travail précaire et à temps partiel, ainsi que des tâches ménagères sont des exemples concrets et bien connus qui montrent le lien entre ces deux oppressions. Ce ne sont pas les seuls: les couples lesbiens sont encore plus particulièrement touchés par la précarité salariale (sans compter les discriminations spécifiques supplémentaires), tandis que nombre de trans' sont dans l'impossibilité de trouver un emploi correct à cause de papiers ne correspondant pas à leur genre. Le sexisme touche même certains hommes puisque eux aussi sont contraints à un rôle genré en fonction de ce qu'ils ont entre les jambes et peuvent être opprimés s'ils en sortent (c'est le cas notamment, mais pas uniquement, des homosexuels).

Bien sûr, les situations sont très différentes entre un homme hétérosexuel qui vit peut-être mal certains aspects de son genre mais conserve une place relativement «privilégiée» du point de vue sexiste, une femme contrainte à un travail précaire et à un surplus de tâches ménagères, un/e homosexuel/le harcelé/e parce qu'il/elle n'est pas un/e «vrai/e» homme/femme, un/e trans' dans l'impossibilité de trouver un travail à cause de papiers dans le mauvais genre, etc. Cependant toutes ces situations ont un point commun, c'est leur cause, c'est-à-dire le sexisme.

Malgré cela, nous avons une certaine tendance à séparer le féminisme des questions LGBTI[1]. Le fait d'avoir des commissions séparées peut se justifier selon le contexte, les traditions de luttes différentes, etc., mais le problème concerne la façon de présenter ces questions.

Une lacune importante du féminisme tel qu'il est porté globalement par la LCR (c'est à dire en particulier en dehors des productions des commissions spécialisées) concerne la notion large de genre ; à la place, on se contente bien souvent de «l'égalité hommes/femmes» (tandis que, de la même manière, les questions LGBTI sont souvent réduites à une question de droits humains).

Or, je pense que l'égalité hommes/femmes est un oxymore. S'il y a une vraie égalité, il n'y a plus de nécessité d'imposer une division hommes/femmes. Dans l'autre sens, tant qu'il y aura une division hommes/femmes, une égalité me paraît impossible.

Je ne remets pas en cause la nécessité de dénoncer et de lutter contre l'opression d'une catégorie de la population ; je ne remets pas non plus en cause la nécessité de s'organiser en tant que groupe opprimé, à condition évidemment que cela se fasse de manière ouverte et pas de manière fermée, en imposant une oppression sur d'autres axes (par exemple en excluant, de manière assumée ou de fait, les femmes non-blanches, trans' ou non-hétérosexuelles).

Cela dit, je pense que cela doit être articulé avec le fait, qu'à terme, on ne veut plus classer les gens selon leur genre. Ce qui ne revient pas uniquement à parler de l'après-révolution et de lendemains qui chantent ; au contraire, cela revient à dire que le féminisme doit se préoccuper aussi, dès maintenant, des personnes «mal genrées», c'est à dire considérées comme n'étant pas de vrais hommes ou de vraies femmes, que ce soit à cause de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur façon de s'habiller, de leur sexe biologique ou de n'importe quoi d'autre. Cela revient aussi à reconnaître dès à présent la légitimité des personnes qui ne se sentent «bien» ni dans le genre masculin, ni dans le genre féminin.

Or, si ce soutien est présent dans la ou les commissions spécialisées, il y a un problème de transmission lorsque cela passe au reste de l'organisation : le droit des LGBTI se réduit alors souvent au mariage et à l'adoption pour les homosexuels, tandis que le droit des femmes devient le droit des femmes cisgenres1 hétérosexuelles. Pire, la LCR (et, même s'il n'a pas encore d'existence réelle, le NPA aussi) reproduit de fait une injonction à être soit «homme» soit «femme», que ce soit via les cartes de membre, nombre de formulaires, etc, mais aussi le fait de s'adresser régulièrement «aux hommes et aux femmes qui...»[2]

Cette question ne concerne pas que certains travelos, camionneuses, folles et autres queers. Il est nécessaire de remettre en cause les arguments essentialistes type «les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus» et, plus largemement, l'assignation à un genre rigide en fonction d'un sexe biologique, bref, la dichotomie homme/femme = mâle/femelle = bleu/rose = attiré par les femmes/attirée par les hommes.

Cela doit être pris en compte par l'ensemble de l'organisation et non pas uniquement par une ou deux commissions spécialisées sur le sujet. Il me semble de plus qu'il faut décloisonner les combats «féministe» et «LGBTI» et essayer d'élaborer une fusion réelle et par le haut de ces luttes (c'est-à-dire, pas juste un phagocytage d'une thématique par l'autre).[3]

Car il ne s'agit pas simplement de défendre le droit des femmes, des gays, des bis, des lesbiennes des trans' et des intersexes, mais aussi d'articuler ces thématiques avec un changement révolutionnaire de la société, qui concerne aussi, par conséquent, les hommes, les hétéros et les cisgenres.

On a beaucoup parlé du «socialisme du 21ème siècle» ; il me semble que, de la même manière, le nouveau parti devra contribuer à la construction du féminisme du 21ème siècle ; un féminisme qui prend en compte toutes les oppressions liées au genre et qui, plutôt que de se construire sur une image fermée et essentialiste de la femme, cherche à instaurer une nouvelle société sans classes, sans genres et sans frontières.

Notes

[1] Lesbiennes, gays, bis, trans' et intersexes.

[2] Je ne remets pas, là non plus, en cause le fait que la composition du Parti doive être sur certains points à l'image de la société, notamment concernant le genre, et qu'il peut être utile d'avoir des statistiques là-dessus (cela dit, il paraît aussi important d'avoir un parti qui ne soit pas constitué uniquement de blancs, et pourtant il serait inconcevable d'avoir une case «race» dans un formulaire...). Mais cela ne doit pas avoir pour conséquence de nier l'existence même, au sein de l'organisation comme dans la société, des personnes «ni hommes ni femmes» et de les «forcer» à choisir entre le rose et le bleu.

[3] Là encore, il ne s'agit pas forcément de préjuger de l'organisation des commissions dans le Nouveau Parti Anticapitaliste, qui ne s'organiseront pas forcément de la même manière que dans la LCR et dépendront de la forme que prendra le parti. Cependant, une forme d'apparition «antisexiste» large, regroupant thématiques fémistes classiques, LGBTI, et tout ce qui pourrait s'y greffer, me semblerait plus pertinente qu'une séparation bien précise des thèmes entre «femmes» et «LGBTI», où de fait les Lesbiennes et les Trans' (au moins en partie) se retrouvent un peu «au milieu», puisqu'appartenant censément aux deux groupes.

jeudi, juin 26 2008

Le privilège des trans

La realité souhaite être complexe

Qui vous permet découvrir le monde sous une forme

...

Quel est le privilège des morts?

L'amour, la vérité, les nuits en lumière ?

Mais je ne sais pas encore

Capital de la douleur

Laibach, Le privilège des morts (Kapital)

De la transphobie féministe...

La relation entre certains milieux féministes et les trans' n'est pas toujours au beau fixe. En France, je n'ai pas trop entendu parler de «gros clash», bien qu'occasionnellement la transidendité d'une personne puisse être une bonne façon de s'attaquer à elle plutôt qu'aux idées défendues — c'est surtout dans des débats sur la prostitution, toujours plutôt tendus, que j'ai vu ce type de comportement, du genre «unetelle qui est prostituée et réglementariste oublie de préciser qu'elle est un homme» — ou qu'il me semble avoir déjà eu des échos sur l'exclusion d'un ou une trans' dans un évènement non-mixte.

En lisant des blogs et quelques forums américains, j'ai pu me rendre compte que la situation là-bas semblait beaucoup plus clivée. Un nombre important de femmes se revendiquent «womyn-born-womyn»[1], c'est-à-dire des femmes nées femmes. L'évènement qui suscite le plus de controverse est un festival annuel, le Michigan Womyn's Music Festival, qui est non-mixte et n'accueille pas les femmes trans'[2]. Cela dure depuis des années, et cela a suscité beaucoup de controverses, notamment des protestations de trans' (mais pas que de trans'), qui ont organisé un Camp Trans[3] à côté.

Bien entendu, si les arguments pour exclure les trans' sont parfois compréhensibles, c'est quand même très souvent de la transphobie à peine masquée derrière une petite couche de féminisme radical.

Les rapport houleux entre certaines féministes et le mouvement trans' (et, de fait, d'autres féministes, il convient le préciser) n'est pas limité à cela ; il y a une rhétorique assez présente à laquelle on a échappée ici qui explique que les trans' sont des agents du patriarcat infiltrés chez les femmes. La figure la plus emblématique à ce niveau me semble être Janice Raymond, auteure de The Transsexual Empire: the making of the she-male. Je ne résiste pas au plaisir malsain d'en citer un court extrait :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la forme féminine réelle à un artefact, s'appropriant ce corps pour eux...

... à la transphobie transsexuelle...

Face à cela, un certain nombre de trans' ont des réactions avec lesquelles je suis en total désaccord. La première est d'expliquer que, d'accord, le festival devrait être interdit aux transsexuelles non opérées parce qu'elles ont un pénis et que c'est oppressant en tant que tel ; par contre que les transsexuelles opérées devraient avoir le droit d'entrer.

Autrement dit, la transphobie, d'accord, tant que ça ne cible qu'une partie des trans' ; et puis de toutes façons, ce sont des fausses trans', des hommes en jupe.

D'autres réponses de trans', sans être aussi gênantes, me paraissent incorrectes ; notamment le fait de dire que les trans' devraient avoir accès au festival parce qu'elles sont une âme de femme dans un corps d'homme et finalement ont toujours été des femmes.

Bref, ça reste très essentialiste.

... au transféminisme

Tout cela ne me semblait pas très enthousiasmant, jusqu'à ce que je tombe sur un texte d'Emi Koyama sobrement intitulé The Transfeminist Manifesto.

En plus de répondre à certains reproches concernant les trans', par exemple le fait de chercher à être un modèle de féminité pour les femmes trans' (ce qui peut être vrai, mais est souvent dû à un besoin de «passer» pour ne pas être en danger, harcelée, etc.) et de rappeler des choses qui ne concernent pas que les trans' (par exemple, pour rester sur la féminité, qu'il n'est pas nécessaire pour être féministe de chercher à se débarasser totalement de toute ressemblance avec le modèle de la femme, même s'il est effectivement bien de remettre ce modèle en question), ce que j'ai bien aimé dans ce texte est qu'il aborde la question du «privilège masculin» des trans' d'une façon intelligente.

En effet, des féministes reprochent aux femmes trans' d'avoir été élevées comme des garçons et donc d'avoir «hérité» de privilèges masculins.. Face à cela, une réponse facile des trans' est de nier en bloc, car la masculinité n'était pas vue comme quelque chose de positif. Là dessus, Emi Koyama réplique que même si le privilège lié à la masculinité affecte les gens différement, il est peu probable que les femmes trans' soient complètement passées à travers les mailles du filet.

Qu'est-ce que c'est que ce genre de privilèges ? Par exemple, le fait d'être éduqué pour avoir plus confiance en soi, être moins soumis, plus «agressif», etc. Évidemment cela impacte tous les individus différemment ; pour prendre mon exemple personnel, j'ai moins confiance en moi que la plupart des femmes que je connais et je suis assez peu aggressive. Pour autant, je ne prétends pas avoir été éduquée sans retirer aucun bénéfice de mon rôle de garçon : par exemple, mes compétences en informatique dépendent du fait que j'ai eu accès à un ordinateur très tôt, et il n'est pas forcément évident que cela aurait été la même chose si j'avais été une fille à l'époque.

Plutôt que de nier le fait d'avoir reçu une éducation de garçon, le manifeste transféministe part du principe qu'il faut avoir le courage de reconnaître ce fait et de chercher à remettre en cause cette éducation et ce «privilège».

Le manifeste transféministe traite d'autres sujets non moins intéressants, comme le rapport au corps (opérations, hormones, etc.), les problèmes de violence, etc., et propose une approche à mon avis intéressante de la participation des trans' dans le mouvement féministe ; mais c'est sur cette notion de privilège masculin que j'aimerais m'attarder un peu.

Privilège, privilège... Où est le problème ?

Sans vouloir retomber dans la méthode du déni que le manifeste dénonce, on peut se demander : où est le problème ? Je pense qu'il est important de questionner la notion de «privilège», même si c'est quelque chose que j'ai surtout vu sur des blogs et sites anglais. Pour moi, il est très important de faire la différence entre un privilège et une oppression.

Pour reprendre les exemples que j'ai donnés ci-dessus, le fait de savoir me servir d'un ordinateur est sans doute pour partie le résultat d'un «privilège masculin». Est-ce un problème ? Je ne pense pas[4], car le fait que je sache me servir d'un ordinateur ne fait a priori de mal à personne.

À l'inverse, le fait d'être agressif, le fait de couper facilement la parole aux autres, etc. peut rapidement en être un.

La différence entre les deux cas me semblent être que le second n'est pas juste un «privilège» : c'est une oppression. Non seulement il y a un gain personnel, mais surtout il y a un rabaissement des autres.

C'est la même chose pour, mettons, les «privilèges cisgenres» : avoir des papiers d'identité dont le genre correspond au sien en est sans doute un. Pour autant, c'est uniquement si quelqu'un refuse de reconnaître le genre d'une personne trans' qu'il y aura une véritable oppression.

Je pense qu'il faut avoir une conscience des deux, ne serait-ce que pour se rappeler que des groupes moins privilégiés existent ; ainsi, je suis consciente que si je ne me fais jamais demander mes papiers d'identité, c'est en bonne partie parce que je suis blanche. J'ai conscience que si j'ai des chances de trouver un emploi sans trop de difficultés c'est parce que j'ai des parents qui ont pu me payer des études.

Seulement, quand c'est une oppression, il faut aller plus loin : il faut faire le maximum pour ne plus mettre ce comportement en jeu. Que ce comportement ait été acquis par une éducation masculine ou pas ne change au final rien à l'affaire. Si une femme cisgenre monopolise la parole, ce ne sera pas mieux pour les personnes qui doivent se taire que si c'était un homme ; même si, statistiquement, c'est plus souvent les hommes. C'est pourquoi j'aurais tendance à penser qu'il faut remettre en cause ses comportements en cherchant à savoir s'ils sont oppressifs plutôt que s'ils sont masculins ou pas.

C'est peut-être un désaccord que j'ai avec ce que j'ai perçu chez certaines personnes se disant «queer» — même s'il serait hâtif de généraliser étant donné la diversité de choses que peut représenter le terme «queer». En effet il m'a semblé que la remise en cause, la «déconstruction» se portait finalement principalement sur les critères genrés «évidents», du genre les jupes, le maquillage, la coiffure, les gestes, et pas assez sur ce qui est vraiment problématique, c'est-à-dire ce qui est oppressif.

Au contraire, le mot «queer», «déconstruction» ou «réappropriation» peut servir d'excuse à des comportements que j'estime oppressifs. Par exemple le fait de réussir à être extraverti et à proclamer son identité est évidemment une bonne chose ; mais cela ne peut pas servir d'excuse à une monopolisation de la parole. Le fait de déconstruire son aspect soumis et de se réapproprier une certaine agressivité est sans doute positif pour la personne, mais cela ne peut en aucun cas servir d'excuse lorsque l'agressivité est tournée non pas vers l'oppresseur mais vers d'autres opprimés.

Je pense qu'il est nécessaire de lutter contre toute, absolument toute, forme d'oppression ; cela doit bien entendu se faire en respectant l'identité de la personne et non pas en répliquant par une autre forme d'oppression ; par exemple, si une femme trans' monopolise la parole, il me semble qu'il faut le dénoncer ; en revanche s'exclamer que la femme trans' montre en réalité qu'elle est un homme est une autre oppression qui ne vaut pas mieux que la première.

La situation des femmes trans' est sans doute un peu particulière à ce sujet, puisqu'il y a toujours la crainte, l'épée de Damoclès que le moindre comportement un tout petit peu oppressif (ou parfois, même pas) soit immédiatement sanctionné par un verdict de masculinité. Il me semble important de proclamer que nous, femmes trans', avons aussi le droit à l'erreur. Nous pouvons être agressives alors que cela n'est pas nécessaire. Nous pouvons monopoliser la parole. Nous pouvons avoir une réaction sexiste. Nous avons, comme tout le monde, le droit de ne pas être parfait sans voir immédiatement notre identité niée.

Et, comme tout le monde, nous avons le devoir d'apprendre de nos erreurs et de chercher à ne plus les commettre.

Post-scriptum : et les hommes trans', alors ?

Ce texte ne parle pour ainsi dire pas des hommes trans'. Je m'en excuse platement. La première raison est que ce texte est inspiré par d'autres et qu'eux-mêmes parlent en généralent très peu des FtM ; ce n'est pas une bonne excuse.

En dehors de leur invisibilité, c'est peut-être aussi dû au fait que la situation est très différente vis à vis des «privilèges» : un trans' n'a pas eu une éducation avec un privilège masculin ; du coup la question se pose différemment, puisqu'il ne s'agit pas de reconnaître ce privilège mais d'aller à l'encontre de ce qui est la norme pour son genre en refusant de profiter de l'oppression masculine.

Je serais preneuse de plus de lecture sur la façon d'aborder cette question par les FtM, mais il me semble que, dans les deux cas, il s'agit de ne pas prétendre oublier complètement le passé «dans l'autre genre» : dans le cas des MtF, pour affronter lucidement les comportements oppresseurs qui ont pu être issus de l'éducation sexiste ; dans le cas des FtM, pour rester solidaires des femmes, même en n'étant plus identifiés ni reconnus comme tels.

Notes

[1] En tant que française pas très cultivée niveau anglais, je ne connais pas trop la raison du y au lieu du «women» classique ; j'ai cru comprendre que c'était pour que cela ressemble moins à «men», mais je ne suis pas sûre que ce soit l'explication.

[2] Je ne suis pas trop au fait des dernières évolutions, il n'est pas totalement impossible que cela ait changé cette année. De plus, il faut sans doute ajouter un bémol puisque la politique est d'exclure les trans' mais de ne pas chercher à vérifier si une femme est trans' (ce qui pourrait effectivement être humiliant, à la fois pour les personnes trans'... et soupçonnées de l'être).

[3] Le mot «camp» est lié en anglais au camping, il ne s'agit pas d'un camp d'entraînement paramilitaire trans'.

[4] Mon but n'est pas de dire que je n'ai reçu que des «privilèges masculins» qui ne sont pas un problème ; mon éducation de garçon ne m'a certainement pas léguée qu'une attirance pour les ordinateurs ou les jeux vidéos.

lundi, juin 23 2008

Petits conseils destinés aux personnes trans-friendly (ou qui veulent l'être)

(Billet mis à jour le 23 juin 2008)

Avant-propos

J'avais écrit il y a déjà quelques temps cette liste de conseils, intitulés «Petits conseils destinés aux militant-e-s trans-friendly (ou qui croient l'être)» car il me semblait, vu mon expérience personnelle, qu'il y avait souvent des lacunes sur la façon de s'exprimer face à des trans' et pour parler des trans'.

J'ai décidé de l'étendre au milieu non-militant, puisqu'il me semble que tout le monde peut être intéressé par le sujet. Les trans' ne sont pas si rares et sont de moins en moins invisibles, et il n'est pas nécessaire d'être un activiste LGBTI pour en croiser.

Ces conseils peuvent paraître un brin professoraux, voire moralisateurs. Je m'en excuse par avance. Cependant, ma petite expérience m'a montrée que même les personnes qui ne pensaient pas à mal pouvaient faire preuve d'indélicatesse.

Ce n'est en général pas par transphobie, mais simplement par ignorance. Donc voici quelques pistes pour éviter de paraître impoli. Ces conseils ne sont pas une référence. Certain/e/s trans' ne seraient peut-être pas d'accord avec eux ; ils sont certainements discutables. Ils ne sont pas non plus une nouveauté : pour beaucoup, ils relèvent d'un certain bon sens, et il y a déjà des pages similaires existantes [1] Seulement ces conseils ne sont pas forcément très diffusés en dehors des milieux «trans'» ; et quand bien même, un peu de répétition sur le sujet ne ferait pas de mal.

Définitions

Le milieu trans' utilise un certain nombre de termes spécifiques ; voici une petite liste de ceux que j'emploie.

  • Trans' : le terme «trans'» est un terme large qui regroupe à la fois «transgenre», «transsexuel» et, parfois (selon la personne qui l'emploie), «travesti». C'est le terme que j'emploie principalement, puisque la définition exacte de la personne a généralement assez peu d'importance et que le sens précis de «transsexuel» et «transgenre» est aussi soumis à des variations selon les individus.
  • Cisgenre : le terme «cisgenre» est le contraire de «trans'». Par exemple, une femme cisgenre est une femme qui n'est pas trans'[2].
  • MtF : male-to-female, homme-vers-femme. Une femme trans'.
  • FtM : female-to-male, femme-vers-homme. Un homme trans'.

Parlez à la personne dans le bon genre

Ça, c'est vraiment la base, qui semble tellement évidente qu'on ne devrait pas avoir à dire. Pourtant, même cela ne va pas de soi pour tout le monde. Donc puisqu'il faut le dire : si on a un minimum de respect pour une personne, on lui parle (et on parle d'elle) dans le genre désiré. Même si vous savez que cette personne qui parle au féminin a un pénis. Même si vous trouvez qu'elle ne ressemble pas à une femme du tout.

Si vous avez un doute, demandez

Si vous ne savez pas comment désigner une personne, il y a deux solutions possibles : éviter d'avoir recours à des mots genrés (ce qui est faisable si on parle à cette personne, puisqu'on dit «tu», mais qui peut être plus dur si on parle d'elle à quelqu'un d'autre), ou alors lui demander.

Ou alors on prend le risque de se tromper, mais c'est dommage, non ?

Du bon emploi de «un» et «une» transsexuel/le

Le mot «transsexuel» suit les même règles d'accord que les autres mots ; par conséquent, un transsexuel désigne un homme transsexuel (FtM) ou, le masculin l'emportant dans notre langue, un transsexuel en général.

Pour parler d'une femme trans' (MtF) on dit «une transsexuelle».

Ne jouez pas avec le genre des autres

Certaines personnes aiment bien jouer avec le genre, en utilisant des néologismes comme «il/elle», «ille», «el», etc. Il n'y a rien de mal à ça. C'est plutôt bien.

Oh, à un détail près : quand la personne le choisit.

Si vous voulez qu'on vous appelle «ille», faites-vous plaisir. Mais par pitié, ne l'utilisez pas pour parler d'une personne qui, elle, veut clairement qu'on la désigne comme «elle» (ou «lui»).

«Il/elle» est un peu différent, dans le sens où c'est un terme qui peut être utilisé si vous avez un doute sur le genre d'une personne. Mais continuer à utiliser «Il/elle» alors que vous savez comment la personne veut qu'on la désigne, c'est renvoyer le message que vous refusez toujours de considérer cette personne dans le genre dans lequel elle se définit.

Ça n'est pas une option

«Ça» est un pronom neutre. C'est aussi et surtout un pronom utilisé pour désigner les objets, les choses, bref, pas les humains. S'il vous venait l'idée bizarre d'utiliser ce terme pour caractériser un/e trans', oubliez-la. Vraiment.

Sur quelques aspects «médicaux»

Ne posez pas l'équation «trans = opération»

L'opération de «Chirurgie de Réassignation de Sexe» (CRS pour les intimes), consistant à modifier chirurgicalement les parties génitales d'une personne, est souvent la première chose à laquelle on pense quand on parle de trans'.

Pourtant, certain/e/s trans' n'ont pas envie de passer par là. Certain/e/s passent par là mais n'en font pas LA chose qui leur permettra de se considérer dans le genre désiré. Évitez de faire comme si la vie de la personne que vous avez en face de vous tournait autour d'un acte chirurgical.

Ne demandez pas à un/e trans' des détails intimes. À moins, évidemment, d'être intime.

Le fait qu'une personne soit manifestement trans' ne vous autorise pas, après cinq minutes de conversation, à lui demander ce qu'elle a entre les jambes, si elle compte se faire opérer, ou si elle prend des hormones.

Sauf peut-être si vous êtes aussi du genre, après avoir échangé trois phrases, à demander à un homme cisgenre la taille de son pénis, ou à une femme cisgenre si elle prend la pilule.

Sinon, considérez que ce que la personne a entre les jambes ne concerne qu'elle.

Bien sûr, cela peut dépendre du contexte, mais en général demander cela a pour effet de faire ressentir à la personne trans' qu'elle est une sorte d'animal exotique.

Ne faites pas sentir aux trans' qu'ils n'existent pas

Voilà un conseil assez vague, alors je vais donner quelques pistes. Toutes ne sont pas forcément faciles à appliquer, mais je pense qu'elles constituent une base de réflexion intéressante.

Il n'y a pas que des MtF

Même si, heureusement, les trans' FtM sont de plus en plus visibles et que de moins en moins de gens pensent que «des femmes qui veulent devenir des hommes, ça n'existe pas», il n'en reste pas moins qu'il y a une certaine tendance à assimiler «trans'» à «trans' homme-vers-femme».

Pourtant, la plupart des études montrent qu'actuellement, les personnes qui entament une transition «femme-vers-homme» représentent à peu près le même nombre que celles qui entament une transition «homme-vers-femme». Évitez donc de réduire «les trans'» aux femmes trans'.

Ne dites pas «moi, je suis un mec/une femme»

Si vous êtes en présence d'un homme trans', ne dites pas quelque chose comme «bon c'est vrai, moi, je suis un mec». Lui aussi.

Il n'y a pas que des hommes et des femmes

Si la majorité des trans' se définissent homme ou femme, certains se définissent aussi entre les deux genres, ou ni l'un ni l'autre ; c'est aussi le cas de certaines personnes qui ne se considèrent pas «trans'» pour autant.

Essayez donc dans la mesure du possible d'éviter de parler «des hommes et des femmes» et préférez le terme «personne».

De la non-mixité

Afin de permettre aux femmes de se retrouver l'espace d'un moment pour discuter sans oppression masculine, certaines structures militantes (ou pas) utilisent, de manière occasionnelle ou permanente, une non-mixité des femmes (il doit y avoir aussi des cas de non-mixité des hommes ; cependant, le cas étant beaucoup plus rare, dans la suite de cette section, je parlerai uniquement de la non-mixité des femmes. Évidemment, la même chose peut s'appliquer aux hommes de la même manière, juste en remplaçant «femme» par «homme» et vice-versa).

Le lien entre les trans' et cette non-mixité a souvent été l'objet de débats houleux, parfois révélateurs d'une certaine transphobie. Pour autant il me semble qu'il ne faut pas «jeter le bébé avec l'eau du bain» et qu'il est possible d'avoir une non-mixité qui permette d'avoir des discussions qui n'auraient pas forcément pu être tenues ailleurs sans rejeter les personnes dont le genre n'est pas «casher».

La base, là encore, est de considérer les femmes trans' comme des femmes et les hommes trans' comme des hommes. Cependant, il me semble nécessaire d'aller un peu plus loin.

Faites savoir aux femmes trans' qu'elles peuvent entrer

Dire que les trans' ne sont pas exclues, c'est une chose. Leur faire savoir qu'elles sont incluses, c'en est une autre. Je sais que, dans le doute, j'ai tendance à éviter ce genre de réunion, par crainte d'être exclue ou de lancer un débat houleux.

Le plus simple me semble donc encore de dire explicitement aux trans' qu'elles sont les bienvenues.

N'insistez pas pour que les hommes trans' entrent (... ou sortent)

Une insistance à vouloir inclure quelqu'un peut être aussi mal pris qu'une insistance à l'exclure. N'expliquez pas à un FtM qui explique qu'il n'est pas une femme que, vu qu'il a un vagin, il devrait rentrer.

Ou alors, parlez de «non-mixité femmes/trans'/lesbiennes[3]», «non-mixité sans hommes cisgenres», bref de quelque chose qui est élargi et dans lequel il peut se sentir appartenir.

À l'inverse, certains hommes trans' peuvent ressentir le besoin de participer à cette structure non-mixte, puisque, même sans se définir «femmes», ils peuvent être confrontés au même sexisme. Il me semble que, globalement, la non-mixité devrait conserver une certaine souplesse à ce niveau en assumant une certaine ambiguité dans la «frontière».

N'utilisez pas «Sexe: m/f»

Le sexe désigne le sexe biologique. Le genre désigne le genre social. En général il est plus approprié de savoir si une personne se définit comme un homme ou une femme que de savoir ce qu'elle a entre les jambes. Donc déjà il est plus sympathique d'employer le terme genre.

Ne considérez pas non plus que toutes les personnes sont m/f. Que ce soit pour le sexe biologique — les intersexes existent — ou pour le genre (cf la partie «Il n'y a pas que des hommes et des femmes»). Même si ces personnes sont minoritaires, cela ne coûte pas grand-chose de leur faire sentir qu'ils ont aussi le droit d'exister.

Ne partez pas du principe que tout le monde est cisgenre

Plus généralement, tout comme il faudrait éviter de partir du principe que tout le monde est hétérosexuel, il serait bon de ne pas partir du principe que tout le monde est cisgenre, même si cela peut paraître compliqué, surtout que la proportion de trans' est encore plus faible que celle d'homosexuel/les.

En particulier lorsqu'on fait références à des aspects biologiques ou anatomiques du corps, il me semble préferable d'utiliser des expressions comme «personne de sexe masculin/féminin» (ou éventuellement de «mâle/femelle», mais c'est en général mal vu pour parler d'êtres humains) plutôt que «homme/femme». Si ce n'est évidemment pas vital lorsqu'on parle de généralités (dire «les femmes ont un vagin» ne prend pas en compte l'existence de trans', mais n'a pas de conséquence dramatique), cela peut avoir une grande importance suivant le domaine (cela me semble notamment prioritaire dans la santé, par exemple pour le dépistage de certains cancers).

Errare humanum est ; persevere diabolicum

On peut se tromper. Il n'y a pas vraiment de mal. Parfois on ne peut pas savoir qu'une personne ne se définit pas comme «lui» ou «elle». Et parfois on peut le savoir mais, parce que la personne a une apparence associée à l'autre genre, ou simplement parce qu'on a été habitué à parler de cette personne dans l'autre genre, on peut se tromper quand même. Ce n'est pas dramatique.

C'est, en revanche, plus gênant quand c'est fait de manière répétée. Par exemple, si une personne vous reprend trois fois de suite pour corriger votre «elle» en «lui» ou vice-versa, essayez de faire un minimum attention pour la quatrième.

Ces conseils ont pour but de sensibiliser une population pas forcément formée aux questions trans' ; Ils n'ont pas pour but de vous terroriser à l'idée de parler à une (ou d'une) personne trans'. Globalement, personne ne va vous pendre pour une petite erreur, surtout si vous êtes de bonne foi et reconnaissez avoir employé un mauvais terme.

Licence

Ces conseils ont été écrits intialement par Élisabeth Henry sur son blog «Red is undead» (http://red.reveries.info). Ils sont diffusés sous licence Creative Commons - By - ShareAlike.

Autrement dit, vous avez la permission de rediffuser et de modifier sous texte comme vous le souhaitez à condition de citer le nom de l'auteure originale et de le distribuer sous les mêmes conditions.

Notes

[1] On citera notamment en français la page écrite par Lazz, plus centrée FTM, ainsi qu'en anglais : Trans Respect/Support Etiquette 101, More Light on Transgender, ou (que je trouve plus intéressant) Proper Etiquette when dealing with the Transgendered. Toujours en anglais, il y a aussi How to Be Sensitive to Pronouns and Gender Issues When Talking to a Transgendered Person ou encore un petit pdf qui résume bien.

[2] On emploie aussi souvent en France le terme de «femme biologique», ou «femme bio».

[3] Certaines lesbiennes ne se définissant pas comme des femmes non plus, en accord avec l'énoncé de Wittig : «les lesbiennes ne sont pas des femmes».

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