Red is still undead

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi, juin 26 2008

Le privilège des trans

La realité souhaite être complexe

Qui vous permet découvrir le monde sous une forme

...

Quel est le privilège des morts?

L'amour, la vérité, les nuits en lumière ?

Mais je ne sais pas encore

Capital de la douleur

Laibach, Le privilège des morts (Kapital)

De la transphobie féministe...

La relation entre certains milieux féministes et les trans' n'est pas toujours au beau fixe. En France, je n'ai pas trop entendu parler de «gros clash», bien qu'occasionnellement la transidendité d'une personne puisse être une bonne façon de s'attaquer à elle plutôt qu'aux idées défendues — c'est surtout dans des débats sur la prostitution, toujours plutôt tendus, que j'ai vu ce type de comportement, du genre «unetelle qui est prostituée et réglementariste oublie de préciser qu'elle est un homme» — ou qu'il me semble avoir déjà eu des échos sur l'exclusion d'un ou une trans' dans un évènement non-mixte.

En lisant des blogs et quelques forums américains, j'ai pu me rendre compte que la situation là-bas semblait beaucoup plus clivée. Un nombre important de femmes se revendiquent «womyn-born-womyn»[1], c'est-à-dire des femmes nées femmes. L'évènement qui suscite le plus de controverse est un festival annuel, le Michigan Womyn's Music Festival, qui est non-mixte et n'accueille pas les femmes trans'[2]. Cela dure depuis des années, et cela a suscité beaucoup de controverses, notamment des protestations de trans' (mais pas que de trans'), qui ont organisé un Camp Trans[3] à côté.

Bien entendu, si les arguments pour exclure les trans' sont parfois compréhensibles, c'est quand même très souvent de la transphobie à peine masquée derrière une petite couche de féminisme radical.

Les rapport houleux entre certaines féministes et le mouvement trans' (et, de fait, d'autres féministes, il convient le préciser) n'est pas limité à cela ; il y a une rhétorique assez présente à laquelle on a échappée ici qui explique que les trans' sont des agents du patriarcat infiltrés chez les femmes. La figure la plus emblématique à ce niveau me semble être Janice Raymond, auteure de The Transsexual Empire: the making of the she-male. Je ne résiste pas au plaisir malsain d'en citer un court extrait :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la forme féminine réelle à un artefact, s'appropriant ce corps pour eux...

... à la transphobie transsexuelle...

Face à cela, un certain nombre de trans' ont des réactions avec lesquelles je suis en total désaccord. La première est d'expliquer que, d'accord, le festival devrait être interdit aux transsexuelles non opérées parce qu'elles ont un pénis et que c'est oppressant en tant que tel ; par contre que les transsexuelles opérées devraient avoir le droit d'entrer.

Autrement dit, la transphobie, d'accord, tant que ça ne cible qu'une partie des trans' ; et puis de toutes façons, ce sont des fausses trans', des hommes en jupe.

D'autres réponses de trans', sans être aussi gênantes, me paraissent incorrectes ; notamment le fait de dire que les trans' devraient avoir accès au festival parce qu'elles sont une âme de femme dans un corps d'homme et finalement ont toujours été des femmes.

Bref, ça reste très essentialiste.

... au transféminisme

Tout cela ne me semblait pas très enthousiasmant, jusqu'à ce que je tombe sur un texte d'Emi Koyama sobrement intitulé The Transfeminist Manifesto.

En plus de répondre à certains reproches concernant les trans', par exemple le fait de chercher à être un modèle de féminité pour les femmes trans' (ce qui peut être vrai, mais est souvent dû à un besoin de «passer» pour ne pas être en danger, harcelée, etc.) et de rappeler des choses qui ne concernent pas que les trans' (par exemple, pour rester sur la féminité, qu'il n'est pas nécessaire pour être féministe de chercher à se débarasser totalement de toute ressemblance avec le modèle de la femme, même s'il est effectivement bien de remettre ce modèle en question), ce que j'ai bien aimé dans ce texte est qu'il aborde la question du «privilège masculin» des trans' d'une façon intelligente.

En effet, des féministes reprochent aux femmes trans' d'avoir été élevées comme des garçons et donc d'avoir «hérité» de privilèges masculins.. Face à cela, une réponse facile des trans' est de nier en bloc, car la masculinité n'était pas vue comme quelque chose de positif. Là dessus, Emi Koyama réplique que même si le privilège lié à la masculinité affecte les gens différement, il est peu probable que les femmes trans' soient complètement passées à travers les mailles du filet.

Qu'est-ce que c'est que ce genre de privilèges ? Par exemple, le fait d'être éduqué pour avoir plus confiance en soi, être moins soumis, plus «agressif», etc. Évidemment cela impacte tous les individus différemment ; pour prendre mon exemple personnel, j'ai moins confiance en moi que la plupart des femmes que je connais et je suis assez peu aggressive. Pour autant, je ne prétends pas avoir été éduquée sans retirer aucun bénéfice de mon rôle de garçon : par exemple, mes compétences en informatique dépendent du fait que j'ai eu accès à un ordinateur très tôt, et il n'est pas forcément évident que cela aurait été la même chose si j'avais été une fille à l'époque.

Plutôt que de nier le fait d'avoir reçu une éducation de garçon, le manifeste transféministe part du principe qu'il faut avoir le courage de reconnaître ce fait et de chercher à remettre en cause cette éducation et ce «privilège».

Le manifeste transféministe traite d'autres sujets non moins intéressants, comme le rapport au corps (opérations, hormones, etc.), les problèmes de violence, etc., et propose une approche à mon avis intéressante de la participation des trans' dans le mouvement féministe ; mais c'est sur cette notion de privilège masculin que j'aimerais m'attarder un peu.

Privilège, privilège... Où est le problème ?

Sans vouloir retomber dans la méthode du déni que le manifeste dénonce, on peut se demander : où est le problème ? Je pense qu'il est important de questionner la notion de «privilège», même si c'est quelque chose que j'ai surtout vu sur des blogs et sites anglais. Pour moi, il est très important de faire la différence entre un privilège et une oppression.

Pour reprendre les exemples que j'ai donnés ci-dessus, le fait de savoir me servir d'un ordinateur est sans doute pour partie le résultat d'un «privilège masculin». Est-ce un problème ? Je ne pense pas[4], car le fait que je sache me servir d'un ordinateur ne fait a priori de mal à personne.

À l'inverse, le fait d'être agressif, le fait de couper facilement la parole aux autres, etc. peut rapidement en être un.

La différence entre les deux cas me semblent être que le second n'est pas juste un «privilège» : c'est une oppression. Non seulement il y a un gain personnel, mais surtout il y a un rabaissement des autres.

C'est la même chose pour, mettons, les «privilèges cisgenres» : avoir des papiers d'identité dont le genre correspond au sien en est sans doute un. Pour autant, c'est uniquement si quelqu'un refuse de reconnaître le genre d'une personne trans' qu'il y aura une véritable oppression.

Je pense qu'il faut avoir une conscience des deux, ne serait-ce que pour se rappeler que des groupes moins privilégiés existent ; ainsi, je suis consciente que si je ne me fais jamais demander mes papiers d'identité, c'est en bonne partie parce que je suis blanche. J'ai conscience que si j'ai des chances de trouver un emploi sans trop de difficultés c'est parce que j'ai des parents qui ont pu me payer des études.

Seulement, quand c'est une oppression, il faut aller plus loin : il faut faire le maximum pour ne plus mettre ce comportement en jeu. Que ce comportement ait été acquis par une éducation masculine ou pas ne change au final rien à l'affaire. Si une femme cisgenre monopolise la parole, ce ne sera pas mieux pour les personnes qui doivent se taire que si c'était un homme ; même si, statistiquement, c'est plus souvent les hommes. C'est pourquoi j'aurais tendance à penser qu'il faut remettre en cause ses comportements en cherchant à savoir s'ils sont oppressifs plutôt que s'ils sont masculins ou pas.

C'est peut-être un désaccord que j'ai avec ce que j'ai perçu chez certaines personnes se disant «queer» — même s'il serait hâtif de généraliser étant donné la diversité de choses que peut représenter le terme «queer». En effet il m'a semblé que la remise en cause, la «déconstruction» se portait finalement principalement sur les critères genrés «évidents», du genre les jupes, le maquillage, la coiffure, les gestes, et pas assez sur ce qui est vraiment problématique, c'est-à-dire ce qui est oppressif.

Au contraire, le mot «queer», «déconstruction» ou «réappropriation» peut servir d'excuse à des comportements que j'estime oppressifs. Par exemple le fait de réussir à être extraverti et à proclamer son identité est évidemment une bonne chose ; mais cela ne peut pas servir d'excuse à une monopolisation de la parole. Le fait de déconstruire son aspect soumis et de se réapproprier une certaine agressivité est sans doute positif pour la personne, mais cela ne peut en aucun cas servir d'excuse lorsque l'agressivité est tournée non pas vers l'oppresseur mais vers d'autres opprimés.

Je pense qu'il est nécessaire de lutter contre toute, absolument toute, forme d'oppression ; cela doit bien entendu se faire en respectant l'identité de la personne et non pas en répliquant par une autre forme d'oppression ; par exemple, si une femme trans' monopolise la parole, il me semble qu'il faut le dénoncer ; en revanche s'exclamer que la femme trans' montre en réalité qu'elle est un homme est une autre oppression qui ne vaut pas mieux que la première.

La situation des femmes trans' est sans doute un peu particulière à ce sujet, puisqu'il y a toujours la crainte, l'épée de Damoclès que le moindre comportement un tout petit peu oppressif (ou parfois, même pas) soit immédiatement sanctionné par un verdict de masculinité. Il me semble important de proclamer que nous, femmes trans', avons aussi le droit à l'erreur. Nous pouvons être agressives alors que cela n'est pas nécessaire. Nous pouvons monopoliser la parole. Nous pouvons avoir une réaction sexiste. Nous avons, comme tout le monde, le droit de ne pas être parfait sans voir immédiatement notre identité niée.

Et, comme tout le monde, nous avons le devoir d'apprendre de nos erreurs et de chercher à ne plus les commettre.

Post-scriptum : et les hommes trans', alors ?

Ce texte ne parle pour ainsi dire pas des hommes trans'. Je m'en excuse platement. La première raison est que ce texte est inspiré par d'autres et qu'eux-mêmes parlent en généralent très peu des FtM ; ce n'est pas une bonne excuse.

En dehors de leur invisibilité, c'est peut-être aussi dû au fait que la situation est très différente vis à vis des «privilèges» : un trans' n'a pas eu une éducation avec un privilège masculin ; du coup la question se pose différemment, puisqu'il ne s'agit pas de reconnaître ce privilège mais d'aller à l'encontre de ce qui est la norme pour son genre en refusant de profiter de l'oppression masculine.

Je serais preneuse de plus de lecture sur la façon d'aborder cette question par les FtM, mais il me semble que, dans les deux cas, il s'agit de ne pas prétendre oublier complètement le passé «dans l'autre genre» : dans le cas des MtF, pour affronter lucidement les comportements oppresseurs qui ont pu être issus de l'éducation sexiste ; dans le cas des FtM, pour rester solidaires des femmes, même en n'étant plus identifiés ni reconnus comme tels.

Notes

[1] En tant que française pas très cultivée niveau anglais, je ne connais pas trop la raison du y au lieu du «women» classique ; j'ai cru comprendre que c'était pour que cela ressemble moins à «men», mais je ne suis pas sûre que ce soit l'explication.

[2] Je ne suis pas trop au fait des dernières évolutions, il n'est pas totalement impossible que cela ait changé cette année. De plus, il faut sans doute ajouter un bémol puisque la politique est d'exclure les trans' mais de ne pas chercher à vérifier si une femme est trans' (ce qui pourrait effectivement être humiliant, à la fois pour les personnes trans'... et soupçonnées de l'être).

[3] Le mot «camp» est lié en anglais au camping, il ne s'agit pas d'un camp d'entraînement paramilitaire trans'.

[4] Mon but n'est pas de dire que je n'ai reçu que des «privilèges masculins» qui ne sont pas un problème ; mon éducation de garçon ne m'a certainement pas léguée qu'une attirance pour les ordinateurs ou les jeux vidéos.

dimanche, juin 8 2008

Pourquoi je suis pour l'annulation du mariage

Tout d'abord je tiens à préciser que je vais dans ce billet parler avant tout du mariage dont tout le monde parle en ce moment, c'est-à-dire celui qui a d'abord été annulé par un juge parce que la mariée n'était pas vierge, avant que le parquet ne fasse appel.

Bien sûr, je suis en général pour l'annulation du mariage. Je pense qu'il n'est pas inutile de le préciser. Parce que finalement cette histoire c'est un peu comme le coup de Papon qui était enterré avec sa légion d'honneur : cela peut sembler une honte, mais personnellement j'aurais tendance à penser que déclenche surtout un «tollé» parce que ce n'est jamais que la face qu'on aimerait «cacher», le «surmoi» peut-être même si je ne maitrise pas trop les termes psychanalitiques et que je devrais peut-être éviter d'essayer de les caser.

Autrement dit, le fait que Papon ait été enterré avec sa légion d'honneur est avant tout choquant parce que ça montre en plein jour l'attitude qu'a eu non pas une personne, mais la nation française dans son ensemble pendant une partie du vingtième siècle. De la même manière l'obligation de virginité ne fait que montrer que le mariage, quoiqu'on en dise, est toujours une institution sexiste, patriarcale, discriminante et réactionnaire.

Donc, je suis pour l'annulation du mariage en général. Mais, à la limite, ce n'est pas le sujet.

Je suis aussi pour l'annulation de ce mariage en particulier. Non pas parce que je trouve que la virginité est une qualité essentielle, mais parce que je suis assez convaincue par les argument soulevés par quelques juristes, dont notamment le fameux Maître Éolas. Pour résumer : la jurisprudence n'interpréte pas les «qualités essentielles» comme quelque chose d'absolu concernant l'individu, mais comme quelque chose d'important pour le conjoint ; quelque chose qui a une importance capitale pour la volonté de se marier ou pas.

Sont ainsi citées quelques cas de jurisprudence où le mariage a été annulé en vertu de ces circonstances :

Ont ainsi été considérés comme qualités essentielles :l'existence d'une relation extraconjugale que l'époux n'avait nullement l'intention de rompre ; la qualité de divorcé (qui fait obstacle à la tenue d'un mariage religieux chrétien) ; la qualité d'ancien condamné ; la qualité de prostituée ; la nationalité ; l'aptitude à avoir des relations sexuelles normales (le jugement ne définit pas la relation sexuelle normale, pour la plus grande tristesse des étudiants en droit) ; la stérilité ; la maladie mentale ou le placement sous curatelle.

Je suis personnellement sensible à l'argument de ceux qui sont contre l'annulation (et donc pour que le parquet fasse appel) disant qu'il s'agit de protéger les femmes et que cette mesure est sexiste puisqu'un «homme» (c'est leur expression ; personnellement j'emploierais plutôt le terme «mâle» vu qu'on pourrait imaginer qu'un homme trans en ait un, mais bon) n'a pas d'hymen. Il me semble cependant que l'hymen n'est pas associé à 100% au fait d'avoir eu une relation sexuelle : il est possible de «perdre» son hymen autrement ou de ne pas en avoir, ou à l'inverse d'avoir des relations sexuelles mais de le faire reconstruire. Dans ce cas, la femme est aussi pour l'annulation du mariage, ce qui pousse le juge à estimer qu'elle reconnaît implicitement avoir eu une relation sexuelle. Pour autant, si elle le niait, je pense que le juge ne pourrait pas estimer qu'elle ment. Donc l'argument ne me paraît pas spécialement convaincant.

Pire, il me semble qu'une «annulation de l'annulation» serait une régression, puisque cela reviendrait à considérer, malgré la jurisprudence qui dit que la «qualité essentielle» est, finalement, dans l'oeil de l'observateur, qu'il s'agit de quelque chose d'absolu.

Et dans ce cas, certes, on aurait sorti la virginité de cela. Ouf. Nous sommes sauvés.

Mais, du coup, les exemples précédents, eux, non seulement seraient des exemples valides d'annulation de mariage, mais seraient reconnus comme qualités essentielles intrinsèques et non pas subjectives. Ainsi, on protégerait un peu plus les femmes pas vierges, au détriment des divorcés, des anciens condamnés, des impuissants, des prostituées, des stériles et des pesonnes incapables d'avoir des soi-disant «relations sexuelles normales».

Parce que, il faut bien le dire, je n'ai pas vu beaucoup de critiques sur ces annulations là, qui me semblent tout aussi problématiques. Seule Christine Delphy en parle un peu :

Par ailleurs, il faut noter que d'autres jugements antérieurs, qui n'ont pas été relevés par la presse, sont tout aussi scandaleux dans la mesure où ils convoquent la loi au secours de préférences qui, sans être illégales, n’ont pas à bénéficier du soutien de la loi et à être portées devant les tribunaux.

J'avoue que je suis plus sensible à son argument disant que la loi n'a pas à justifier des préférences. Il me semble effectivement que la notion de «qualité essentielle» reste problématique même si la jurisprudence l'applique de manière plus subjective. Je pense qu'il serait souhaitable de clarifier la possibilité d'annulation du mariage, par exemple en supprimant la notion de qualité essentielle et en parlant simplement de possibilité d'annuler pendant une période de rétractation, ou quelque chose comme ça. Ou alors on estime que vu que le divorce existe, ce n'est pas la peine de garder la possibilité d'annuler le mariage.

Mais se contenter de faire appel, en espérant que l'autre juge cette fois-ci n'annulera pas, c'est juste tracer une ligne entre ce qui mérite d'être protégé parce que ce n'est pas vraiment important (la virginité) et ce qui, quand même, est une vraie qualité essentielle qui empêche le mariage (être impuissant, divorcé, prostituée)...

Je dois dire que cela confirme mon impression que pour une partie non négligeable des soi-disants «féministes», il y a des manifestations du sexisme qui méritent plus qu'on se batte que d'autres.

vendredi, mai 23 2008

Appelez le 32 40, dites «Armée de Terre»

Dernièrement, il me semblait que l'armée, la police, etc., malgré tout ce que je peux leur reprocher par ailleurs, avaient fait un effort pour un peu «féminiser» un peu au moins leur communication, histoire de recruter aussi des femmes.

Apparemment, l'armée de Terre devait trouver que c'était pas assez viril.


Armée de terre

Bon alors en gros :

  • là, que des mecs
  • sauf quand t'es en perm', pour aller draguer
  • et en plus tu peux crapahuter et tirer comme dans les films avec des supers ralentis.
  • bref, si tu veux vraiment enl4rger ton p3nis, laisse tomber le v14gra et dis "Armé3 de t3rre"

jeudi, avril 3 2008

Non mixité

À l'extrême-gauche, quand on s'implique un peu dans les questions féministes, on est souvent confronté, à un moment ou à un autre, à la non-mixité.

Voire, je serais tentée de dire, LA non-mixité.

En effet il n'est en général pas jugé nécessaire de préciser de quelle non-mixité il s'agit, vu qu'il est bien connu qu'il n'y a pas d'autres critères pertinents qui pourraient mériter une non-mixité.

Cette non-mixité, c'est la non-mixité «femmes».

Du point de vue politique, je suis tout à fait pour cette non-mixité. Je pense effectivement qu'il est pertinent qu'un groupe opprimé puisse se regrouper sans individus du groupe opresseur, quand bien même ces individus jurent qu'ils ne peuvent pas être sexistes.

Je trouve que les arguments donnés pour combattre cette non-mixité sont souvent nuls, voire parfois problématiques (par exemple, nier qu'il y ait toujours une oppression sexiste, y compris dans les groupes d'extreme-gauche, je trouve ça problématique).

Ceci étant dit, du point de vue personnel, j'ai toujours très mal vécu cette non-mixité.

Déjà parce que, comme je l'ai dit plus haut, il n'est jamais précisé de quelle non-mixité il peut bien s'agir et je trouve que ça revient à enlever la légitimité des autres formes de réunion en non-mixité, qui pourtant existent parfois sans être assumées (par exemple si on fait un truc spécifique «jeunes» c'est de fait très souvent une réunion non-mixte jeunes.)

Mais ce n'est pas ce qui me gêne le plus, parce qu'on pourrait arguer du fait que le mot de «mixte/non-mixte» renvoie à la question du genre et que par conséquent pour d'autres critères il faudrait d'autres termes. À la limite, peu importe.

Ce qui me gêne surtout, c'est que ce n'est pas précisé comment ça s'applique.

Concrètement, est-ce que c'est une réunion sans hommes ? ou une réunion avec que des femmes ?

Et c'est là qu'on touche à un problème : y compris à l'extreme-gauche, il est très très très très très très très dur de faire admettre qu'il peut y avoir autre chose qu'homme et femme.

Ou plutôt, plus exactement, il est très facile de faire admettre qu'il peut y avoir autre chose qu'homme et femme au moment de signer un texte LGBTI ; le problème est l'application en pratique.

Et accessoirement, se pose une autre question : pour moi, une réunion non-mixte femmes c'est une réunion non-mixte de TOUTES les femmes, y compris les femmes transsexuelles.

Cependant, je sais que ce n'est pas toujours évident pour les personnes qui organisent la réunion. Donc concrètement s'il n'y a pas plus de précision, voir «réunion on-mixte» ou «groupe non-mixte» ça veut dire concrètement angoisser parce qu'on ne sait pas si on va être rejetée ou pas.

Et du coup, en général ça veut dire ne pas prendre le risque et s'abstenir.

Donc voilà, pour moi LA non-mixité à l'heure actuelle c'est nécessaire, mais c'est douloureux.

Sauf parfois, il faut le signaler, les groupes qui disent explicitement que les trans sont acceptées (ou acceptés[1]), ce qui fait du bien.

J'espère qu'à l'avenir ça se generalisera ou que, mieux, il n'y aura plus à se poser la question, mais en attendant, c'est pas toujours évident d'être trans' et féministe.

Notes

[1] L'idée lorsque c'est le cas c'est de dire que les hommes trans, quoique honmes, sont aussi victimes de par leur statut trans' de l'oppression masculine

jeudi, janvier 24 2008

Proposition débile pour un genre neutre en français

J'aime bien le principe de la neutralité des genres et d'essayer de trouver des moyens pour le permettre en français.

J'aime moins la pratique. «Il/elle» n'est, justement, pas pratique. «Machin-e» est moche ; «machinE» encore plus et «machin(e)» est lourd.

Voilà donc une proposition pour avoir un genre neutre en français, vaguement inspirée du Spivak. C'est avant tout un truc pour moi et je m'en servirai peut-être sur ce blog ; mais évidemment si ça se répand et que je deviens une star à cause de ça, je vais pas cracher dessus.

Pronom

En français, on a «il» ou «elle». Comment avoir un truc neutre ?

Je propose une méthode assez simple et radicale : ne pas en avoir.

Par exemple au lieu de dire il/elle se regarde dans le miroir on dira juste 'Se regarde dans le miroir.

Là où les autre techniques rajoutent plein de lettres, là on en enlève.

D'accord, ça ne marche pas tout le temps, et des fois il est nécessaire de rappeler qui est le sujet. On utilisera alors l'élusion. «Il» et «elle» deviennent donc «l'» ; «ils et elles» deviennent «'ls».

Exemple : l'a pris le temps de venir, c'est gentil de sa part. 'ls ont pris le temps de venir, c'est gentil de leur part.

Vous noterez alors un avantage : en fait ça change rien par rapport à ce qu'ont dit déjà à l'oral, si on mâche un peu ses mots.

L'inconvénient c'est que ça marche bien que si on adapte intelligemment la prononciation en fonction du mot qu'il y a derrière : «'ls ont» deviendrait «z'ont» mais «'ls s'entraînent» deviendrait plutôt «l's'entrainent» voire «elles s'entraînent». Pareil pour le singulier : «l'a» est facile mais «l'sentraîne» devrait aussi devenir quelque chose comme «elle s'entraîne». Ça ressemble du coup au féminin mais c'est pas dramatique.

Terminaisons

Le truc vraiment chiant du point de vue de neutralité des genres, en français, c'est le «e» à la fin des mots.

Là encore, ce que je propose est assez simple : mettre une apostrophes. De toutes façons la plupart sont muets donc à l'oral ça changerait rien : «il/elle s'est entraîné(e)» deviendrait «l's'est entraîné'».

Pour certains mots ça s'entendrait : «inscrit'». je propose que pour la prononciation ce soit un «e» relativement discret. Du coup selon les régions on aurait soit quelque chose qui est plus masculinisé (l'accent est plus discret qu'un "e" et il s'entendrait peu à l'oral) tandis que dans d'autres ce serait globalement plus féminisé (à Marseille par exemple).

Un exemple concret de ce que ça pourrait donner sur le texte ci-dessous :

Pour l'camarade impliqué' dans les luttes étudiantes : tu te sens concerné' par la politique ? Oppressé' par la dictature capitaliste ? Rejoins-nous ! Nos militant's sont présent's dans les luttes et mobilisé's pour la défense du prolétariat. 'ls sont présent's dans la majorité des facs et des usines en lutte. L'étudiant' militant' a tout à gagner à nous rejoindre ensemble, nous sommes plus fort's !

Bon d'accord, c'est un peu débile et c'est à l'arrache, mais d'un autre côté j'ai pas mis à jour ce blogue depuis longtemps, alors je poste quand même :p

samedi, décembre 22 2007

Prostitution

Je suis allée jeudi à un débat sur la prostitution. C'était assez... tendu, on va dire.

De manière assez peu étonnante (enfin en tout cas ça m'a pas surprise on va dire), la présentation était abolitionniste et présentait comme la panacée de condamner le client. Le topo était présenté de manière très déconnectée de la réalité, avec des approches philosophiques, psychologiques ou morales mais assez peu centré à mon avis sur des trucs précis.

Il y avait aussi une poignée d'autres personne pour s'étonner de parler aux noms des prostituées sans les inviter, etc. et pour présenter une vision un peu différente: notamment proposer déjà que les prostituées aient des droits minimum, comme la sécurité sociale, la retrait e ou le chomage.

Personnellement c'est un sujet sur lequel j'ai du mal à avoir un avis figé et à rentrer dans les cases «réglementaristes/abolitionnistes/je ne sais quoi». J'avais tendance à me dire abolitionniste, dans le sens où je serais pour que la prostitution disparaisse. Par contrte je pense que s'attaquer à la prostitution sans s'attaquer aux causes (c'est à dire la misère, l'infériorisation des femmes, mais aussi pour les étrangères la situation dans laquelle l'absence de papiers peut plonger) ce serait faire plus de mal que de bien.

Et il y a la question : est-ce que c'est un travail ? Est-ce que c'est un métier comme un autre ?Est-ce qu'il faut que ce soit reconnu ou pas ?

Et j'avoue que je ne sais toujours pas trop.

J'étais allée voir sur le site Les Putes pour avoir un peu l'avis, ben, de putes, en l'occurrence de prostituées qui considèrent que c'est un choix et qui sont indépendantes (pas de proxo). Et à vrai dire j'ai aussi été un peu rebutée par un côté qui est aussi très présent chez les féministes abolitionnistes, le «tu es avec moi ou contre moi» : en l'occurrence les messages du genre «ABOLITIONNISME=RACISTE, ABOLITIONNISME=REVISIONNISME, ABOLITIONNISME=SEXISME» qui fait que ça rend pas forcément la discussion facile (du côté abolitionniste, le fait de dire «t'es reglementariste donc t'es du côté des proxos» ou «puisque cest un métier qu'est-ce que t'attends pour faire le trottoir» permettent aussi une discussion super sereine).

Par contre, ils ont une page avec des mesures concrètes, et là, je trouve ça vraiment bien, complet et radical et à mon avis on ferait vraiment mieux plutôt que de se jeter des anathèmes et de débattre jusqu'à plus soif sur «c'est un métier ou pas» de parler de mesures concrètes et de comment les imposer.

Je ne peux pas m'empêcher de les copier/coller (en les remettant en page)


Putophobie

Une lutte contre le proxénétisme crédible ne peut se faire qu’AVEC les travailleuSEs du sexe et non contre elles ni leurs clients ce qui revient à les pénaliser également. Il s’agit donc avant tout de :

Mettre fin à la répression des premières concernées et de leurs clients.

Reconnaître les réalités du travail sexuel et donc accorder les droits sociaux auxquels ont droit tout travailleur.

Abrogation des lois maintenant les prostituées comme inadaptées sociales.

Intégrer les travailleuSEs du sexe aux prises de décisions politiques, judicières et policières qui les concernent.

Racisme

L’entrave à la liberté de circulation des travailleuSEs du sexe est la principale raison d’endettement pour payer des passeurs, et pire se retrouver piégéEs par des trafiquants.

Régularisation de touTEs les sans-papièrEs.

Droit d’asile pour les femmes et LGBT persécutéEs.

Permis de travail inclus avec le titre de séjour pour conserver le choix de son métier.

Transphobie

Droit au changement d’état civil selon le genre revendiqué afin d’avoir des papiers conformes à son apparence et donc entre autres se présenter sans crainte de discrimination à l’embauche.

La dépsychiatrisation de la transidentité.

L’intégration de la transphobie dans les lois anti-discriminations.

Toxiphobie

Les alcooliques n’ont pas besoin de se fournir auprès de dealers proxénètes. Les autres usagerEs de drogues sont elles réprimées par la loi de 1970.

Légalisation de toutes les drogues.

Libre délivrance pour les personnes dépendantes des produits consommés et dont la qualité est assurée afin d’éviter les risques sanitaires actuels.

Sexisme

Certains proxénètes peuvent être des conjoints violents.

Une loi contre les violences sexistes et conjugales sur le modèle de la loi espagnole.

Lutter contre les inégalités économiques dans le monde du travail en pénalisant fortement toutes les entreprises qui n’appliquent ni la parité au sein de leur conseil d’administration ni l’égalité salariale.

Homophobie

Beaucoup de jeunes Lesbiennes Gays Bis et Trans’ sont chasséEs du domicile de leur famille et se prostituent sans volonté personnelle réelle car n’ayant pas d’autres solutions de ressources.

L’égalité des droits.

Des lieux d’accueil communautaires pour les LGBT SDF.

La possibilité de choisir une nouvelle famille d’accueil homoparentale.

L’éducation contre les discriminations à l’école.

Âgisme

Le droit à la retraite pour les travailleuSEs du sexe.

La création de maisons de retraite pour les prostituées âgées souvent n’ayant plus de revenus car n’ayant aucun droit et exclues par leur entourage et les personnes de leur âge.

le droit de cotiser auprès d'organismes de retraite complémentaire sans aucune forme de discrimination

Pauvreté

Le travail ne relève souvent pas d’une volonté propre mais d’une violence subie au profit d’un patron. Il faut donc protéger et améliorer les quelques droits sociaux permettant de survivre sans travailler.

Augmentation de tous les minimas sociaux.

Pas d’imposition des revenus du travail clandestin qui ne bénéficie d’aucune couverture sociale. Pas de devoirs sans droits !

Droit à l'assurance chômage en cas d'arrêt de son travail.

Logement

Quand il faut payer une nouvelle chambre d’hôtel toutes les nuits la contrainte économique au travail s’en trouve considérablement augmentée.

Suppression de toutes les clauses de bonne moralité dans l’accès au logement.

Application de la loi de réquisition des logements vides.

Reconnaissance du travail sexuel et de ses revenus dans l’acquisition d’un logement.

Suppression des clauses sur le proxénétisme hôtelier qui renvoie les prostituées à la clandestinité et les obligent à payer des chambres à des logeuses pour des prix 3 à 5 fois supérieurs à ceux du marché.

Insécurité

Quand la police insulte, raffle, humilie et tabasse il faut trouver d’autres protecteurs.

Abrogation de la LSI excepté l’article pénalisant les violences homophobes.

Formation des services de police et de justice par des travailleuSEs du sexe quant aux réalités du travail sexuel.

Instauration d’un numéro vert spécial relié à la police pour les putes, pédés et salopes en cas de violences ou de craintes de violences lors de rencontres sexuelles et permettant des interventions directes contre nos agresseurs.

Mise en place de systèmes d’alarme reliant les travailleuSEs du sexe au commissariat le plus proche du lieu de travail.

Embauche de femmes, LGBT et minorités au sein de la police.

Protection des lieux de dragues et de sexualité en plein air.

Santé

Tous les autres travailleurs peuvent bénéficier de congès durant les périodes où ils sont malades. Beaucoup trop d'entre nous préfèrent continuer à travailler pour ne pas perdre de revenus.

Accès gratuit à tous soins sanitaires, gynécologiques, psychologiques et de prévention vih/sida.

Mise à disposition gratuite de matériel de prévention.

Programmes de prévention en direction des travailleuses du sexe et de leurs clients donc via les médias généralistes et grands publics car c'est le seul moyen d'accéder aux clients qui ne se reconnaissent pas dans des identités minoritaires, et réalisés par des travailleuses du sexe.

Droit de souscrire à une complémentaire santé à tarif raisonnable sans aucune discrimination par rapport à notre métier ou notre statut sérologique.

Droit au congès maladie.

Application des lois sur la sécurité et contre la mise en danger des employés sur leur lieu de travail concernant le les tournages de films pornographiques et donc obligation du port du casque comme pour tous les métiers dangereux.


Personnellement je trouve ces propositions dans l'ensemble vraiment bien (ça fait un peu programme d'urgence :p) et en partant de là il me semble qu'on pourrait vraiment avoir des discussions constructives sur le sujet pour pouvoir ensuite passer à la question concrète : se mobiliser pour faire bouger les choses.

Parce que les discussions philosophiques jamais suivies d'aucune mobilisation concrète, perso, ça me broute.

lundi, décembre 10 2007

Joyeux noël hétérosexiste

Ce qui est bien avec les évènements qui ont lieu chaque année, c'est qu'on peut recycler.

L'année dernière, j'avais écrit une petite nouvelle sur le côté hétérosexiste de Noël, inspirée en cela par les campagnes contre les jouets sexistes des Panthères roses ou d'autres groupes.

Cette année, vous aurez la même, parce que j'ai pas envie de me fouler. Na.


Le gros bonhomme rouge est descendu par la cheminée et s'est dirigé vers le sapin, dans l'obscurité presque totale. Il n'y avait que la guirlande lumineuse qui clignotait. Moi, j'étais planquée dans l'ombre à l'autre bout de la pièce, à moitié derrière une étagère.

« Ho, ho, ho», il a fait en posant sa hotte et en fouillant les cadeaux.

J'ai fait trois pas vers lui ; il s'est retourné. J'ai levé mon flingue et je lui ai dit bonjour.

« Salut, Saint-ni-Cola.

- Ho, ho, ho. Ce n'est pas très sage. Tu ne vas pas avoir de cadeau cette année.

- Sans blague ?

- Je n'ai rien pour une petite fille, pour cette maison.

- Ha ! j'ai fait en m'approchant un peu plus. Ça m'étonne pas. J'ai pas toujours été une petite fille.

- Oh ! il a fait en comprenant soudain. Je dois avoir ton cadeau, alors. Pose ton arme.

- Mon cadeau, tu peux te le mettre où je pense. Avec tes emballages roses pour les filles et bleus pour les garçons. La voiture téléguidée pour le futur beauf et le faux fer à repasser pour la futur bobonne. Le G.I. Joe et la poupée Barbie. Le flingue et le service à dînette. C'est déjà assez pénible normalement, mais quand en plus tu te sens pas du bon genre, c'est carrément lourd.

- Ho, ho, ho. Alors c'est juste parce que les cadeaux n'allaient pas ?

- Y'en a qui vont», j'ai répliqué en appuyant sur la détente, ajoutant un gros flocon rouge sur le mur blanc qui se trouvait derrière le père Noël. «Le flingue, je crois que je vais le garder.»

jeudi, novembre 29 2007

Exhibitionnisme

Je réagis avec une semaine de retard, mais bon, tant pis.

Aujourd'hui, on va parler de seins nus. D'abord dans le cas d'[une militante transsexuelle et UMP poursuivie pour avoir montré ses seins pendant Paris Plage].

L'idée de départ est assez intéressante : une femme trans qui exhibe sa poitrine, provoquant les contradictions du système qui la considère comme un homme ou comme une femme selon que ça l'arrange:

Face à son refus, Roger La Baronne est placé en garde à vue. Le délit : "exhibition de poitrine, par personne de sexe masculin présentant une poitrine féminine".

Cela dit, il y a aussi quelques petits détails qui, personnellement, me posent un peu problème. En effet, «La Baronne» dit :

Je suis prête à une condamnation - et je l'espère - pour exhibition sexuelle. Si le procureur pense que le sexe, c'est la poitrine alors faisons mon changement de sexe puisque j'ai fait mon changement de poitrine. L'Espagne par exemple a rayé le problème : dès que vous avez l'apparence féminine, vous obtenez les papiers de femmes.

Déja, il me semble que concernant l'Espagne ce n'est pas aussi simple tout de même (si j'ai bien suivi, il faut avoir la nationalité espagnole, être reconnu malade mental (dysphorie de genre) et avoir suivi deux ans de traitement hormonal).

Mais surtout, et là ça ne concerne plus vraiment les questions trans' mais le sexisme, le problème que j'ai avec ça vient de l'idée finalement que, si elle était considérée complètement comme une femme, ou qu'elle était une femme cisgenre, se faire condamner pour exhibition sexuelle serait quelque chose de positif.

Autrement dit : un mec a le droit de se mettre torse poil, mais pas une nana, parce qu'elle a «des seins» et que c'est forcément sexuel.

On ne demande pas son avis à la femme, si elle pense que ses seins sont une zone érotique ou si elle préfère ses oreilles ou ses pieds. C'est une vérité absolue. Les seins font partie du sexe. Je n'ai jamais été trop douée en anatomie, mais il me semblait, à moi, que le sexe c'était environ 50 cm plus bas.

Bien sûr, je ne vais pas remettre en cause le fait que les seins féminins sont vus comme quelque chose de très érotisés. Mais c'est culturel, il ne me semble pas que ça devrait être dans la loi.

Parce qu'après la loi, elle fait carrément hypocrite.

D'un côté, on a des femmes qu'on empêche de montrer une partie de leur corps parce que c'est sexuel : ça risque d'emoustiller les mecs, et ça n'est pas bien. Il faut absolument que les femmes se cachent les seins.

De l'autre côté, on empêche des filles de cacher une partie de leur corps à l'école, parce que cacher une partie de son corps parce que ça risque d'emoustiller les mecs, c'est mal, c'est sexiste. Il ne faut absolument pas que les femmes cachent leurs cheveux.

Alors d'accord, la comparaison a des limites, et comparer le voile islamique et les soutiens-gorges ce n'est pas forcément très approprié. Mais je trouve quand même que sur ce coup-là, la loi, elle a pas de figure.

Ce serait trop demander de laisser aux gens le soin de décider eux-même comment ils veulent s'habiller ?

Si montrer sa poitrine est un tel trouble à l'ordre public, ce serait trop demander qu'au moins les lois s'appliquent de la même manière aux hommes et aux femmes ? Du genre, à la plage, les hommes comme les femmes auraient le droit de se mettre torse nu ; en ville, les hommes comme les femmes n'auraient pas le droit de le faire ?

Ce qui m'amène à ajouter deux autres liens.

D'abord, le premier vers un article parlant de commandos seins nus en Suède. L'initiative me semble intéressante et j'espère que ces lois que je trouve discriminatoires finiront par sauter. (Je me demande d'ailleurs comment ça se passe pour les femmes qui ont peu de poitrine. Ou pour les hommes un peu enrobés.)

Le second vers la constitution française, juste pour citer un morceau du premier article :

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.

Sans distinction d'origine.

Sans distinction de race.

Sans distinction de religion.

Un jour, peut-être, que ce sera aussi sans distinction de sexe...

mardi, novembre 13 2007

Double langage

Aujourd'hui au Danemark ont lieu les élections législatives. J'ai vu (via un billet du blog de John Mullen) un article de Libé de lundi qui parle particulièrement d'une des candidates d'extrême-gauche, Asmaa Abdol-Hamid, de manière plutôt positive.

C'est pourtant quand même malheureux que des militants d'extrême-gauche, non seulement acceptent les filles voilées, mais en plus les présentent comme candidates. C'est vraiment triste d'être aveugle au fait qu'elle soit fondamentaliste et purement réactionnaire et de ne pas comprendre qu'en se disant féministe et pour le droit à l'adoption des homosexuels elle ne fait évidemment que cacher ses convictions et pratiquer le double langage, décodable uniquemement par les arabes et les musulmans.

Sérieusement, du coup j'ai fait une recherche google et je suis tombée sur un article intéressant en anglais. Dans cette article, cette candidate dit notamment :

"Some Muslims don't think it's right for a female to act like this. They go to my father and tell him, get her married, get her married," she laughs. "Others think you can't be Muslim and Danish at the same time. Some of the Muslims and the extreme right are just the same.

"And there are women in my party who say that anyone who wears the headscarf is oppressed. It's like they think I'm dumb. They're taking away my individuality. We need the right to choose. It's up to us whether or not we wear headscarves.

Soit, en français :

«Certains musulmans pensent que ce n'est pas bien pour une femme de se comporter comme ça. Ils vont voir mon père et lui disent, marie-la, marie-la», rigole-t-elle. «D'autres pensent qu'on ne peut pas être musulman et Danois en même temps. Certains musulmans et l'extrême droite sont simplement pareils.

Et puis il y a des femmes dans mon parti qui disent que quiconque porte un voile est opprimé. C'est comme s'ils pensaient que j'étais idote. Ils me retirent mon individualité. On a le droit de choisir. C'est à nous de porter ou pas un voile.

Je trouve intéressant la comparaison avec les musulmans «intégristes» et l'extrême-droite. J'ai l'impression que ça touche en fait plus que l'extrême-droite, mais je trouve effectivement que le but est le même : surtout, surtout, ne pas mélanger des gens visiblement (si y'a rien qui indique qu'on l'est, ça va encore) musulmans et des «laïcs» (en tout cas en France, ça prend la fausse forme de la laïcité. Au Danemark je suppose que c'est différent).

(Par contre je ne suis pas d'accord sur le fait de dire que le voile est ou n'est pas une oppression. À mon avis l'oppression sexiste touche tout le monde dans le système et prend des formes variées. Je pense que le voile en est une, de même que le maquillage ou l'épilation. Pas plus, mais pas moins.) __ Mise à jour du 20 novembre 2007: finalement, Asmaa Abdol-Hamid n'a pas été élue au parlement Danois, la liste de l'unité ne remportant que quatre sièges.__

mercredi, octobre 17 2007

Un petit dessin

Des fois, j'ai envie de me prendre pour une artiste graphique. Ce coup ci, ça donne :

heterofascisme.png

- page 1 de 2