Red is still undead

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dimanche, juillet 6 2008

Mes écrits : On passe mieux en étant à l'aise

Voilà une petite nouvelle (qui est très inspirée de la scène d'intro de Pulp Fiction et d'une citation d'Al Capone) sur le «passing» chez les trans' (oui, dernièrement, ce blog ne parle plus que de trans'. Désolée.)


Assis l’un en face de l’autre à la petite table d’un café, l’homme et la femme discutaient. Ils parlaient de la notion que les personnes transgenres appellent passing, c’est-à-dire le fait d’être perçu dans le genre désiré.

George, le garçon, y arrivait sans problème, mais Mathilde était fréquemment appelée « monsieur ».

La serveuse ne fit pas exception à la règle lorsqu’elle leur apporta leur café. Cela fit soupirer la jeune trans’.

« Pour passer, il faut être à l’aise, expliqua George. Les gens le sentent.

— Que dalle. Je suis à l’aise. »

Ils se disputèrent sur le sujet pendant quelques minutes, tout en avalant leur boisson.

« Je pense que c’est la voix, hasarda Mathilde. J’ai une voix de mec.

— C’est parce que t’es pas à l’aise.

— T’arrêtes de me casser les couilles avec ça ?

— Ça t’arrangerait bien, qu’on te casse les couilles, répliqua George en souriant.

— Je sais pas. Je crois que j’ai fini par m’y attacher. »

George termina son café, posa la tasse vide et tourna la tête à droite et à gauche.

« Bon, on y va ? demanda-t-il.

— D’acc », répondit simplement Mathilde.

Le couple se baissa de concert vers les sacs qu’ils avaient laissés à leurs pieds, sous la table. Puis ils se levèrent, chacun avec un pistolet à la main.

« Ceci est un putain de braquage ! gueula Mathilde. Le premier qui bouge se fait exploser la cervelle, pigé ? »

La peur se répandit comme une traînée de poudre sur le visage des clients et des serveurs. Une dame se mit à implorer :

« Je vous en prie, madame. Ne nous faites pas de mal. »

Le fait qu’elle l’ait appelée « madame » plut à Mathilde, qui arbora un sourire triomphant à destination de George.

« On passe mieux en étant à l’aise et armée qu’en étant juste à l’aise. »

mardi, juin 17 2008

Mes écrits : créatures de rêve

Le texte que je voudrais présenter aujourd'hui s'appelle Créatures de rêve. Il reprend le personnage d'Alys que vous avez déjà pu croiser dans une nouvelle précédente. Elle est aussi disponible en PDF.

Je dois dire que, pour l'instant, c'est ma nouvelle que je préfère personnellement, à la fois parce qu'elle parle de sujets que j'aime bien, avec un personnage avec lequel j'étais à l'aise pour l'écrire (contrairement à Dehors où je n'étais pas encore très rôdée) et avec une structure scénaristique que je trouve pas trop mauvaise, alors qu'a posteriori en général je trouve la structure de mes textes longs un peu faibles.

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mardi, juin 3 2008

Mes écrits : Qualités essentielles

Je ne sais pas si vous avez suivi, mais il y a eu un mariage annulé par le mari parce que la mariée n'était pas vierge, et ça fait beaucoup de bruit.

À vrai dire, ça ne m'inspire pas de commentaire éminemment politique pour l'instant (j'y reviendrai peut-être). Par contre ça m'a inspirée pour une toute petite nouvelle (que j'ai écrit d'une traite et que je n'ai pas relu, donc ça vaut ce que ça vaut).


Le prince Antoine de Mayr tenait sa femme Carimall dans ses bras en entrant dans leur chambre.

C'était leur nuit de noces ; Carimall était magnifique dans sa robe à dentelle blanche qui avait coûté à elle seule une petite fortune ; ils se préparaient à entrer dans une chambre de luxe d'un château royal pour «consommer le mariage» ; et pourtant, Antoine n'était pas heureux.

La raison en était que leur union n'était pas une véritable union d'amour. Antoine connaissait Carimall depuis un certain temps et il s'entendait bien avec elle ; pour autant, il n'en restait pas moins qu'ils se mariaient uniquement pour rapprocher leurs deux familles.

Antoine avait l'impression qu'il venait de perdre sa liberté et qu'il s'engageait, pour le reste de sa vie, dans une routine désespérement ennuyeuse.

« Tu n'as pas l'air enthousiasmé», remarqua Carimall.

Le jeune homme haussa les épaules et se força à sourire.

« Pardonne-moi. Le vin, je suis un peu fatigué.»

Il embrassa sa femme, puis ils s'allongèrent tous les deux sur un lit à baldaquins.

Carimall s'assit ensuite, lui tournant le dos, afin qu'il défasse les noeuds des lacets de sa robe.

«Hum», fit Antoine en laissant tomber son regard sur les draps d'une blancheur immaculée. «Il y a une chose dont on n'a pas parlé...

— Oui ?

— Personnellement, je m'en moque un peu, mais c'est important pour mes parents. Tu sais, la cérémonie du drap, et...

— Oh.

— Du coup je me demandais... Est-ce que tu es vierge ?

— J'ai une bonne nouvelle», répondit joyeusement Carimall en se levant pour retirer sa robe. Elle tournait toujours le dos à son mari. «Je suis vierge.

— Oh, bien.

— Cela dit, ajouta la jeune femme, j'ai aussi une mauvaise nouvelle. J'ai bien peur qu'il ne soit pas aisé de me déflorer.»

Antoine fronça les sourcils tandis que Carimall se retournait. Il constata alors avec surprise qu'elle avait entre les jambes ce qu'il ne s'était pas attendu à ce qu'une femme ait entre les jambes.

« Oh, lâcha-t-il.

Cela dit, répéta Carimall, j'ai aussi une bonne nouvelle.»

Antoine releva les yeux vers son visage et vit sa femme sourire de toutes ses dents, dévoilant des canines de vampires.

« Je pense qu'il y a des chances qu'il y ait quand même du sang sur le drap.»

Le jeune homme haussa les sourcils d'un air intrigué, puis eut un petit sourire.

Le mariage s'annonçait ne pas être autant une routine désespérement ennuyeuse que ce à quoi il s'était attendu.

mardi, mai 20 2008

Mes écrits : Dehors

Un «nouveau» de mes textes, aujourd'hui : Dehors. Vous pouvez aussi la télécharger en PDF, vu qu'elle est un peu longue.

C'est, en gros, du fantastique, ou de l'«Urban Fantasy» comme on dit dans le jargon. Je l'avais écrite pour l'appel à texte «Ouvre-toi» des éditions Cézame, devenues depuis Griffe d'Encre. Malheureusement (mais sans trop de surprise), elle a été refusée. Je vous encourage quand même à aller voir le site de cette jeune et petite maison d'édition.

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samedi, avril 19 2008

Mes écrits : la faux et le marteau

Pour continuer sur les textes que j'ai écrits, cette semaine ce sera La faux et le marteau, qui est une nouvelle assez courte, que je peux donc me permettre de copier ici.


Le colonel Colin regardait les déserteurs alignés contre le mur lorsqu’il s’aperçut de la présence de la femme, au bord de son champ de vision.

Du moins, il pensait que c’était une femme, mais elle avait un physique plutôt androgyne. Si le colonel Colin ne l’avait jamais vue par le passé, il se serait demandé ce qu’elle faisait là, mais il avait déjà eu l’occasion de la croiser de nombreuses fois sur le champ de bataille. Quand bien même cela n’aurait pas été le cas, le fait qu’elle était appuyée contre une faux dont la lame était au sol aurait pu lui donner une idée de son identité.

Le colonel Colin se rappelait avec beaucoup de détails la première fois qu’il avait vu la Mort. C’était pendant son service militaire, lorsqu’il avait abattu un terroriste du coin qui voulait s’en prendre à son régiment avec un cocktail molotov. Il n’avait aperçu la Faucheuse que pendant peut-être un quart de seconde, mais l’image s’était gravée sur sa rétine à vie, et il n’avait jamais douté de ce qu’il avait vu.

Au cours de sa carrière militaire, il l’avait recroisée à de nombreuses reprises. Pour ce qu’il en savait, il était le seul à être capable de la voir. Il considérait cela comme une sorte de privilège, et aimait à penser qu’il avait une sorte de lien avec elle, peut-être en raison du nombre importants d’ennemis qu’il lui avait envoyés.

Pour cette raison, le colonel sourit brièvement en voyant la Faucheuse assister à l’exécution, puis il se mit à lister les noms des déserteurs et les raisons de leur condamnation.

Ils étaient environ une vingtaine. Non seulement ils avaient refusé de se battre, mais avaient carrément sympathisé avec les soldats ennemis. Le colonel prononça quelques phrases dont il fut assez fier pour humilier les traîtres à leur patrie, puis il donna l’ordre d’exécution.

Un des condamnés, plus brave ou plus illuminé que les autres, commença à répondre :

« Je pisse sur la patrie ! Tous les hommes sont... »

Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase car une balle l’atteignit entre les deux yeux, et il s’écroula.

Le colonel jeta un coup d’œil satisfait et s’apprêtait à donner l’ordre de ramasser les cadavres lorsqu’il entendit :

« ... frères. Si les voleurs qui sont au pouvoir... »

Il y eut de nouvelles détonations et le condamné qui avait manifestement du mal à mourir se tut à nouveau. Avant de reprendre, en commençant à se relever :

« ... veulent piller un autre pays, qu’ils le fassent... »

Nouvelle salve. Le colonel constata avec horreur que l’homme n’était pas le seul à se relever, mais que tous les fusillés semblaient encore en vie, malgré les trous dans leur peau et le sang qui coulait de partout.

« ... eux même », termina l’homme, non sans difficulté, car une balle lui avait perforé la gorge.

Il était maintenant debout, tandis que les autres condamnés finissaient de se relever. Un certain nombre des soldats qui avaient assisté au spectacle avaient déjà lâché leur arme et pris leurs jambes à leur cou.

Le colonel Colin alla se planter en face de la Mort, qui était toujours appuyée contre sa faux, et lui demanda :

« Bon sang ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi ils ne meurent pas ?

— Vous pouvez me voir ? demanda la Mort, manifestement étonnée.

— Évidemment, sinon je ne vous parlerais pas ! s’emporta le colonel. Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Il se passe, expliqua calmement la Mort, que je suis en grève.

— Quoi ? demanda le colonel. Vous ne pouvez pas !

— Si, je peux. Vous savez combien de morts vous m’avez envoyés depuis les cinq dernières années ? Vous avez idée du travail que ça demande ? Alors, voilà. Je suis en grève. »

Les morts, ou en tout cas ceux qui auraient dû l’être, s’approchaient lentement du colonel, mais celui-ci ne leur prêta pas attention.

« Vous n’avez pas le droit ! s’emporta le colonel alors qu’un non-mort posait sa main sur son épaule. Je vous ordonne de reprendre le travail !

— Oh ? fit la Mort. Vous m’ordonnez ? Dans ce cas, d’accord. »

Elle s’empara de sa faux au moment précis ou un non-mort mordait le colonel au cou.


A noter que c'est une version légèrement raccourcie du texte initiale, qui concluait une conclusion supplémentaire qui ne rajoutait pas grand-chose. Je voulais le mettre aussii mais manque de pot, je ne le retrouve plus /o\

Ce texte date un peu (bon le précédent aussi, soyons honnête), et je l'avais écrit un peu comme ça, sans trop me prendre la tête. Bizarrement, j'ai eu pas mal de retours positifs dessus quand je l'ai posté sur InLibroVeritas.

Avec le recul je pense que l'aspect intéressant c'est justement qu'il est court et basé sur une idée (la Mort qui fait grève), contrairement à beaucoup d'autres de mes nouvelles qui servent finalement plus à "tester" si un personnage peut faire des histoires intéressantes et pour commencer à m'y familiariser. Du coup fatalement en général en tant que nouvelles elles sont pas forcément géniales. Bref.

Bon sur ce texte je vois pas trop commenter étant donné que l'interprétation est assez directe. La seule chose que je peux dire c'est que j'ai été inspirée par un couplet de l'Internationale dont je suis vraiment fan :

Les rois nous saoulaien de fumée, paix entre nous, guerre aux tyrans. Appliquons la grève aux armées, crosse en l'air et rompons les rangs. S'ils s'obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros, ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux.

mardi, avril 8 2008

Mes écrits : Impossible mission

Dorénavant, histoire que ce blog parle aussi un peu de littérature comme c'était voulu au départ, je vais faire quelques billets sur les nouvelles et romans que j'ai pu écrire. En plus l'intérêt c'est que c'est assez facile, puisque c'est déjà écrit. J'essaierai de pondre un billet là-dessus régulièrement.

Cette fois-ci, c'est à propos de Impossible mission, qui est l'une des nouvelles courtes les plus anciennes que j'ai écrites et pas jetées à la poubelle depuis.

Comme c'est un texte pas trop long, je vais le mettre en entier, et je mettrai mes commentaires à la suite.

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lundi, décembre 10 2007

Joyeux noël hétérosexiste

Ce qui est bien avec les évènements qui ont lieu chaque année, c'est qu'on peut recycler.

L'année dernière, j'avais écrit une petite nouvelle sur le côté hétérosexiste de Noël, inspirée en cela par les campagnes contre les jouets sexistes des Panthères roses ou d'autres groupes.

Cette année, vous aurez la même, parce que j'ai pas envie de me fouler. Na.


Le gros bonhomme rouge est descendu par la cheminée et s'est dirigé vers le sapin, dans l'obscurité presque totale. Il n'y avait que la guirlande lumineuse qui clignotait. Moi, j'étais planquée dans l'ombre à l'autre bout de la pièce, à moitié derrière une étagère.

« Ho, ho, ho», il a fait en posant sa hotte et en fouillant les cadeaux.

J'ai fait trois pas vers lui ; il s'est retourné. J'ai levé mon flingue et je lui ai dit bonjour.

« Salut, Saint-ni-Cola.

- Ho, ho, ho. Ce n'est pas très sage. Tu ne vas pas avoir de cadeau cette année.

- Sans blague ?

- Je n'ai rien pour une petite fille, pour cette maison.

- Ha ! j'ai fait en m'approchant un peu plus. Ça m'étonne pas. J'ai pas toujours été une petite fille.

- Oh ! il a fait en comprenant soudain. Je dois avoir ton cadeau, alors. Pose ton arme.

- Mon cadeau, tu peux te le mettre où je pense. Avec tes emballages roses pour les filles et bleus pour les garçons. La voiture téléguidée pour le futur beauf et le faux fer à repasser pour la futur bobonne. Le G.I. Joe et la poupée Barbie. Le flingue et le service à dînette. C'est déjà assez pénible normalement, mais quand en plus tu te sens pas du bon genre, c'est carrément lourd.

- Ho, ho, ho. Alors c'est juste parce que les cadeaux n'allaient pas ?

- Y'en a qui vont», j'ai répliqué en appuyant sur la détente, ajoutant un gros flocon rouge sur le mur blanc qui se trouvait derrière le père Noël. «Le flingue, je crois que je vais le garder.»