Red is still undead

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vendredi, juillet 11 2008

Qu'un sang impur n'abreuve pas nos perfusions

Aujourd'hui, j'ai eu le droit à mon premier refus de me prendre mon sang.

(... Ou pas. En fait, je m'étais déjà fait éjecter parce que je venais d'être malade).

Je leur ai demandé directement, histoire de ne pas perdre de temps (je veux bien arriver en retard au boulot pour donner mon sang, mais quitte à ne pas le donner, autant le savoir tout de suite. Ou alors qu'ils me fassent au moins la piqure, histoire qu'on voit la marque et que ça me donne une excuse) : est-ce que vous acceptez les transsexuels ?

La réponse est : non.

Sur ce, l'infirmière a voulu me convaincre de rester pour avoir les explications du médecin, mais comme je devais aller bosser et qu'il fallait attendre, j'ai refusé. Je me disais aussi que je n'aurais qu'à chercher un peu sur Internet pour trouver la raison.

En fait, non. En cherchant "don du sang transsexuel" sur google, on ne trouve que des pages parlant de l'exclusion... des homos. Discrimination d'un côté, invisibilité de l'autre. (MàJ du 11 juillet : et ce billet. Aha !)

Enfin, discrimination... bon, moi en soi je m'en fous quand même un peu de pas pouvoir donner mon sang. Je veux dire, c'est pas dramatique. Maintenant, bon, vu qu'on est en manque de sang, je me dis que c'est con de se baser sur des préjugés pour ça.

Cela dit, je vais essayer de repasser discuter ce soir, parce qu'il y a peut-être des bonnes raisons, pour le coup. Je prends un traitement hormonal et c'est peut-être gênant pour le don du sang ; je le comprendrais tout à fait.

Par contre ça me ferait chier qu'on me considère comme «à risque» du point de vue du Sida parce que je suis trans', alors que, bon, faut être honnête, niveau risque de ce côté là, il n'y en a vraiment pas beaucoup, vu comment ma sexualité est à peu près aussi vive qu'un zombie (et je parle des vrais zombies tout morts et qui avancent pas vite, pas de ceux qui courent, hein).

Post-scriptum: après un coup d'oeil rapide sur les conditions pour donner son sang, il semblerait que certains anti-androgènes posent problème :

Par exemple, le délai d'attente après arrêt de Roaccutane (Acné), de Chibroproscar (Prostate), de Propétia ( repousse des cheveux), peut atteindre 1 mois.

Le Chibroposcar, c'est de la finastéride, et j'ai l'impression que le Propétia aussi (même si je l'ai vu sous le nom de «Propecia»), c'est-à-dire un anti-androgène assez léger. Du coup j'ai du mal à imaginer que l'acétate de cyprotérone (Androcur), qui est beaucoup plus lourd (c'est un castrateur chimique, quoi) ne me vaille pas une exclusion pour le coup assez légitime.

Post-post-scriptum (mise à jour du 11 juillet 2008): après être retournée dans un camion à sang et avoir discuté un peu, la réponse est : non, ça ne vient pas des médicaments, c'est parce qu'on est une population à risques.

Je lui ai demandé si moi, du coup, je pouvais quand même donner vu que, niveau rapport sexuel, ben voilà, euh, on va dire que y'a pas beaucoup de risque : nein.

Du coup, ce que j'en pense :

  • l'idée de population à risque, plutôt que de pratique à risque, je trouve ça idiot. Il me semble que ça manque complètement de finesse.
  • si les trans' sont une population à risque, est-ce qu'il ne faudrait pas axer plus de prévention vers ces personnes plutôt que de laisser quelques associations faire comme elles peuvent ? La seule étude sur la prévalence du Sida chez les trans' en France doit avoir une semaine et a été l'oeuvre d'associations et non pas du ministère de la santé. Donc d'un côté on se sert de la prévalence pour éjecter du don du sang mais de l'autre côté on ne fait rien pour réduire ce taux. Ça me fout un peu en rogne.
  • s'il y a un rejet de la population "trans'", je me demande sur quelle base ça se fait : autant pour les homos il y a un acte clair "relation sexuelle avec une personne de même sexe", autant pour les trans', euh... Si je retourne dans le même camion et que j'explique que je suis juste un mec qui s'habille en jupe parce qu'il a du sang écossais, je peux donner ? (Ah non, le sang du Royaume-Uni n'est pas trop apprécié non plus). Si je rejette l'appellation "transsexuelle", est-ce que je peux donner ? Ou alors c'est le simple fait de porter une jupe ou de parler au féminin quand on a un zizi qui fait rentrer dans une «population à risque» ?
  • ils m'ont quand même proposé une boisson, ce qui prouve qu'ils ne sont pas si méchants que ça, mais tout de même, ça n'empêche pas.

Post-post-post-scriptum (mise à jour du 18 juillet 2008): j'ai eu un témoignage d'au moins une personne trans' ayant pu donner son sang sans problème. Apparemment, il faut juste ne pas y aller avec ses gros sabots et demander «vous prenez les trans' ?». Si on remplit juste le formulaire, ça passe. (Ça dépend peut-être des médecins, aussi.)

jeudi, juillet 10 2008

Pourquoi je ne suis pas agenre (ou peut-être que si, un peu, après reflexion)

(Billet mis à jour le 10 juillet 2008)

Ce billet poursuit un peu, et contredit peut-être partiellement, ma réflexion commencée dans Pourquoi je suis trans'.

De la définition de «agenre»

Avant de commencer, je voudrais préciser quelques petites choses, pour ne pas être mal comprise. D'abord, je ne suis pas très intellectuelle. Je lis peu de textes vraiment politiques ou philosophiques fondamentaux. J'ai une idée très floue de ce qu'est la théorie queer ainsi que, pour être honnête, de la plupart des théories.

C'est pourquoi j'éviterai ici de parler de queer, parce que j'ai peur de ne pas vraiment maîtriser le terme.

Je me contenterai du terme «agenre», qui est simplement le fait de ne se retrouver ni dans un genre ni dans l'autre.

De la destruction des genres

Comme je l'ai dit, je ne suis pas énormément versée en théorie. Mais, tout de même, je pense que le système de genre est un système oppressant, aliénant et totalitaire qui dicte la façon dont on doit se comporter selon qu'on ait un pénis ou un vagin (et qui mutile ceux qui ont quelque chose entre un pénis et un vagin).

Je suis pour la destruction complète des genres. Pas immédiatement, parce que ce n'est pas vraiment envisageable, mais à terme je ne pense pas qu'on devrait avoir de rôle lié au fait qu'on soit un mâle, une femelle ou un intersexe.

Et c'est pour cela que j'ai souvent été tentée de m'identifier comme trans agenre : ni homme, ni femme, autre chose[1].

Du côté fluctuant de la subversion

Seulement, je pense maintenant que j'ai tort. Si j'étais identifiée comme une femme grâce à un traitement hormonal, une épilation définitive et/ou une corpulence moins importante, les choses seraient peut-être différentes. Et je pense que dans, mettons, cinq ans, les choses seront effectivement peut-être différentes.

Là, dire que je ne suis ni homme ni femme serait le plus subversif, du moins c'est ce qu'il me semble, parce que ça me paraît être dans l'absolu le plus subversif : dire «je n'ai pas de genre, je n'en ai pas besoin», c'est attaquer le système de genre.

Mais en tant que trans' en transition, et même en début de transition, puisque je n'ai encore eu droit ni à des hormones ni une épilation laser ni évidemment à de la chirurgie, les choses sont différentes. Les gens me voient comme ni l'un ni l'autre, plus ou moins. Parfois avec un côté méprisant, parfois non. En revanche beaucoup, y compris pas forcément censés être les pires réactionnaires, refusent de me voir comme une femme, parce que autant ils pourraient accepter de voir une trans' hormonée et opérée comme une femme, autant là ce n'est pas le cas.

Et du coup, il me semble que dans ces circonstances, dire «je suis une femme» est plus subversif que dire «je n'ai pas de genre».

Là, si j'étais une marxiste compétente, il me semble que je devrais insérer le mot «dialectique». Seulement, j'ai déjà dit que j'étais nulle en théorie ? Il se trouve que je n'ai jamais compris non plus le sens exact de ce mot. Il me semble juste qu'il y a une incohérence entre le genre dans lequel je suis vue et celui dans lequel je me ressens. Cet écart qui peut être dur à vivre quotidiennement a néanmoins, à mon avis, un intérêt : c'est qu'il remet en cause le système de genre.

De mon identité

Bien sûr je ne choisis pas mon identité de genre uniquement en fonction de mes convictions politiques et de ce qui est le plus efficace à un instant t pour essayer de les faire avancer un peu (sinon, je ne devrais logiquement pas prendre d'hormones ; pourtant si je n'en prends pas c'est uniquement parce que l'équipe officielle me fait poireauter).

Mais, ça joue. Et la réflexion politique me fait aussi remettre en question ce qui a fait que je me considérais de telle ou telle identité.

Le fait de se définir «ni homme ni femme» me semble ainsi partiellement être dû au fait qu'il est pour moi plus facile à l'heure actuelle de l'accepter comme ça. Par exemple il est plus glorifiant de me dire «je n'ai pas envie d'aller dans une réunion non-mixte femme car je ne me considère pas comme une femme, ah ah, je suis agenre, queer» que «j'ai envie d'aller dans une ag non-mixte femme, mais je n'ose pas y aller car j'ai peur qu'on me rejette car je suis trans'».

Donc voilà, je considère non seulement (comme c'était déjà le cas avant) que j'ai autant le droit d'être considérée comme une «vraie» femme qu'une femme bio ; mais maintenant, en plus, je décide de l'appliquer [2].

Je suis une femme, et cela implique le fait d'être reconnue comme une femme même quand je n'ai pas de maquillage, de jupe ou de tee-shirt dit «féminin».


Mise à jour du 10 juillet 2008 : après quelques mois «outée», je ne ressens plus les choses de la même manière. J'ai trouvé que beaucoup de personnes m'ont «acceptée» avec une certaine facilité, que ce soit pour parler de moi au féminin ou pour mon changement de prénom. Mais en même temps, j'ai l'impression que s'il y a un système assez tolérant au fait que je puisse devenir une «femme» (je pense qu'avec quelques milliers de dollars, je n'aurais pas trop de mal à me faire opérer et à changer d'état-civil), le fait que je sois trans' est beaucoup moins accepté.

Un exemple concret, c'est les formulaires, dont l'apogée est ce qui est au final marqué sur la carte d'identité. Il y a masculin, il y a féminin. Il y a homme, il y a femme. Or, autant je ressens le besoin de parler de moi au féminin, etc., j'ai l'impression que rentrer dans la catégorie «femme» revient à nier complètement mon identité trans'. Or, elle est importante pour moi : ce n'est pas juste une transition d'un état à un autre, c'est bien plus que ça.

Et je ressens comme une énorme violence de devoir choisir entre «homme» et «femme» sur un formulaire, même si j'ai le droit de mettre la case «femme».

Du coup, à la réflexion, je ne suis pas une femme. Ce qui ne veut pas dire que je sois sans genre : je parle au féminin, je m'habille de fait avec des vêtements plutôt associés à la féminité (sauf pour les chaussures), et si je dois le faire, je me définirais de genre «féminoïde», comme «une trans'» ou «une pasfemme». Si on prend le cliché un peu pourri comme quoi les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, alors je serais sur un satellite de Vénus (sauf que autant cette jolie métaphore marcherait bien dans l'autre sens, en satellite de Mars, puisque je pourrais dire que je suis sur Phobos ou Deimos, autant là, vu que techniquement Venus a pas de satellite connu, ça tombe un peu à plat).

Voilà, petite mise à jour pour ceux que mes tergiversations transidentitaires intéressent.

Notes

[1] Pas «entre les deux», parce qu'«entre les deux», ça fait quand même très bayrouiste. Ni l'un ni l'autre, plutôt.

[2] Ou, en tout cas, d'essayer. Le fait que je considère que j'ai le droit de vivre d'une telle manière ne veut malheureusement pas dire que tout le monde va l'accepter.

lundi, juin 23 2008

Petits conseils destinés aux personnes trans-friendly (ou qui veulent l'être)

(Billet mis à jour le 23 juin 2008)

Avant-propos

J'avais écrit il y a déjà quelques temps cette liste de conseils, intitulés «Petits conseils destinés aux militant-e-s trans-friendly (ou qui croient l'être)» car il me semblait, vu mon expérience personnelle, qu'il y avait souvent des lacunes sur la façon de s'exprimer face à des trans' et pour parler des trans'.

J'ai décidé de l'étendre au milieu non-militant, puisqu'il me semble que tout le monde peut être intéressé par le sujet. Les trans' ne sont pas si rares et sont de moins en moins invisibles, et il n'est pas nécessaire d'être un activiste LGBTI pour en croiser.

Ces conseils peuvent paraître un brin professoraux, voire moralisateurs. Je m'en excuse par avance. Cependant, ma petite expérience m'a montrée que même les personnes qui ne pensaient pas à mal pouvaient faire preuve d'indélicatesse.

Ce n'est en général pas par transphobie, mais simplement par ignorance. Donc voici quelques pistes pour éviter de paraître impoli. Ces conseils ne sont pas une référence. Certain/e/s trans' ne seraient peut-être pas d'accord avec eux ; ils sont certainements discutables. Ils ne sont pas non plus une nouveauté : pour beaucoup, ils relèvent d'un certain bon sens, et il y a déjà des pages similaires existantes [1] Seulement ces conseils ne sont pas forcément très diffusés en dehors des milieux «trans'» ; et quand bien même, un peu de répétition sur le sujet ne ferait pas de mal.

Définitions

Le milieu trans' utilise un certain nombre de termes spécifiques ; voici une petite liste de ceux que j'emploie.

  • Trans' : le terme «trans'» est un terme large qui regroupe à la fois «transgenre», «transsexuel» et, parfois (selon la personne qui l'emploie), «travesti». C'est le terme que j'emploie principalement, puisque la définition exacte de la personne a généralement assez peu d'importance et que le sens précis de «transsexuel» et «transgenre» est aussi soumis à des variations selon les individus.
  • Cisgenre : le terme «cisgenre» est le contraire de «trans'». Par exemple, une femme cisgenre est une femme qui n'est pas trans'[2].
  • MtF : male-to-female, homme-vers-femme. Une femme trans'.
  • FtM : female-to-male, femme-vers-homme. Un homme trans'.

Parlez à la personne dans le bon genre

Ça, c'est vraiment la base, qui semble tellement évidente qu'on ne devrait pas avoir à dire. Pourtant, même cela ne va pas de soi pour tout le monde. Donc puisqu'il faut le dire : si on a un minimum de respect pour une personne, on lui parle (et on parle d'elle) dans le genre désiré. Même si vous savez que cette personne qui parle au féminin a un pénis. Même si vous trouvez qu'elle ne ressemble pas à une femme du tout.

Si vous avez un doute, demandez

Si vous ne savez pas comment désigner une personne, il y a deux solutions possibles : éviter d'avoir recours à des mots genrés (ce qui est faisable si on parle à cette personne, puisqu'on dit «tu», mais qui peut être plus dur si on parle d'elle à quelqu'un d'autre), ou alors lui demander.

Ou alors on prend le risque de se tromper, mais c'est dommage, non ?

Du bon emploi de «un» et «une» transsexuel/le

Le mot «transsexuel» suit les même règles d'accord que les autres mots ; par conséquent, un transsexuel désigne un homme transsexuel (FtM) ou, le masculin l'emportant dans notre langue, un transsexuel en général.

Pour parler d'une femme trans' (MtF) on dit «une transsexuelle».

Ne jouez pas avec le genre des autres

Certaines personnes aiment bien jouer avec le genre, en utilisant des néologismes comme «il/elle», «ille», «el», etc. Il n'y a rien de mal à ça. C'est plutôt bien.

Oh, à un détail près : quand la personne le choisit.

Si vous voulez qu'on vous appelle «ille», faites-vous plaisir. Mais par pitié, ne l'utilisez pas pour parler d'une personne qui, elle, veut clairement qu'on la désigne comme «elle» (ou «lui»).

«Il/elle» est un peu différent, dans le sens où c'est un terme qui peut être utilisé si vous avez un doute sur le genre d'une personne. Mais continuer à utiliser «Il/elle» alors que vous savez comment la personne veut qu'on la désigne, c'est renvoyer le message que vous refusez toujours de considérer cette personne dans le genre dans lequel elle se définit.

Ça n'est pas une option

«Ça» est un pronom neutre. C'est aussi et surtout un pronom utilisé pour désigner les objets, les choses, bref, pas les humains. S'il vous venait l'idée bizarre d'utiliser ce terme pour caractériser un/e trans', oubliez-la. Vraiment.

Sur quelques aspects «médicaux»

Ne posez pas l'équation «trans = opération»

L'opération de «Chirurgie de Réassignation de Sexe» (CRS pour les intimes), consistant à modifier chirurgicalement les parties génitales d'une personne, est souvent la première chose à laquelle on pense quand on parle de trans'.

Pourtant, certain/e/s trans' n'ont pas envie de passer par là. Certain/e/s passent par là mais n'en font pas LA chose qui leur permettra de se considérer dans le genre désiré. Évitez de faire comme si la vie de la personne que vous avez en face de vous tournait autour d'un acte chirurgical.

Ne demandez pas à un/e trans' des détails intimes. À moins, évidemment, d'être intime.

Le fait qu'une personne soit manifestement trans' ne vous autorise pas, après cinq minutes de conversation, à lui demander ce qu'elle a entre les jambes, si elle compte se faire opérer, ou si elle prend des hormones.

Sauf peut-être si vous êtes aussi du genre, après avoir échangé trois phrases, à demander à un homme cisgenre la taille de son pénis, ou à une femme cisgenre si elle prend la pilule.

Sinon, considérez que ce que la personne a entre les jambes ne concerne qu'elle.

Bien sûr, cela peut dépendre du contexte, mais en général demander cela a pour effet de faire ressentir à la personne trans' qu'elle est une sorte d'animal exotique.

Ne faites pas sentir aux trans' qu'ils n'existent pas

Voilà un conseil assez vague, alors je vais donner quelques pistes. Toutes ne sont pas forcément faciles à appliquer, mais je pense qu'elles constituent une base de réflexion intéressante.

Il n'y a pas que des MtF

Même si, heureusement, les trans' FtM sont de plus en plus visibles et que de moins en moins de gens pensent que «des femmes qui veulent devenir des hommes, ça n'existe pas», il n'en reste pas moins qu'il y a une certaine tendance à assimiler «trans'» à «trans' homme-vers-femme».

Pourtant, la plupart des études montrent qu'actuellement, les personnes qui entament une transition «femme-vers-homme» représentent à peu près le même nombre que celles qui entament une transition «homme-vers-femme». Évitez donc de réduire «les trans'» aux femmes trans'.

Ne dites pas «moi, je suis un mec/une femme»

Si vous êtes en présence d'un homme trans', ne dites pas quelque chose comme «bon c'est vrai, moi, je suis un mec». Lui aussi.

Il n'y a pas que des hommes et des femmes

Si la majorité des trans' se définissent homme ou femme, certains se définissent aussi entre les deux genres, ou ni l'un ni l'autre ; c'est aussi le cas de certaines personnes qui ne se considèrent pas «trans'» pour autant.

Essayez donc dans la mesure du possible d'éviter de parler «des hommes et des femmes» et préférez le terme «personne».

De la non-mixité

Afin de permettre aux femmes de se retrouver l'espace d'un moment pour discuter sans oppression masculine, certaines structures militantes (ou pas) utilisent, de manière occasionnelle ou permanente, une non-mixité des femmes (il doit y avoir aussi des cas de non-mixité des hommes ; cependant, le cas étant beaucoup plus rare, dans la suite de cette section, je parlerai uniquement de la non-mixité des femmes. Évidemment, la même chose peut s'appliquer aux hommes de la même manière, juste en remplaçant «femme» par «homme» et vice-versa).

Le lien entre les trans' et cette non-mixité a souvent été l'objet de débats houleux, parfois révélateurs d'une certaine transphobie. Pour autant il me semble qu'il ne faut pas «jeter le bébé avec l'eau du bain» et qu'il est possible d'avoir une non-mixité qui permette d'avoir des discussions qui n'auraient pas forcément pu être tenues ailleurs sans rejeter les personnes dont le genre n'est pas «casher».

La base, là encore, est de considérer les femmes trans' comme des femmes et les hommes trans' comme des hommes. Cependant, il me semble nécessaire d'aller un peu plus loin.

Faites savoir aux femmes trans' qu'elles peuvent entrer

Dire que les trans' ne sont pas exclues, c'est une chose. Leur faire savoir qu'elles sont incluses, c'en est une autre. Je sais que, dans le doute, j'ai tendance à éviter ce genre de réunion, par crainte d'être exclue ou de lancer un débat houleux.

Le plus simple me semble donc encore de dire explicitement aux trans' qu'elles sont les bienvenues.

N'insistez pas pour que les hommes trans' entrent (... ou sortent)

Une insistance à vouloir inclure quelqu'un peut être aussi mal pris qu'une insistance à l'exclure. N'expliquez pas à un FtM qui explique qu'il n'est pas une femme que, vu qu'il a un vagin, il devrait rentrer.

Ou alors, parlez de «non-mixité femmes/trans'/lesbiennes[3]», «non-mixité sans hommes cisgenres», bref de quelque chose qui est élargi et dans lequel il peut se sentir appartenir.

À l'inverse, certains hommes trans' peuvent ressentir le besoin de participer à cette structure non-mixte, puisque, même sans se définir «femmes», ils peuvent être confrontés au même sexisme. Il me semble que, globalement, la non-mixité devrait conserver une certaine souplesse à ce niveau en assumant une certaine ambiguité dans la «frontière».

N'utilisez pas «Sexe: m/f»

Le sexe désigne le sexe biologique. Le genre désigne le genre social. En général il est plus approprié de savoir si une personne se définit comme un homme ou une femme que de savoir ce qu'elle a entre les jambes. Donc déjà il est plus sympathique d'employer le terme genre.

Ne considérez pas non plus que toutes les personnes sont m/f. Que ce soit pour le sexe biologique — les intersexes existent — ou pour le genre (cf la partie «Il n'y a pas que des hommes et des femmes»). Même si ces personnes sont minoritaires, cela ne coûte pas grand-chose de leur faire sentir qu'ils ont aussi le droit d'exister.

Ne partez pas du principe que tout le monde est cisgenre

Plus généralement, tout comme il faudrait éviter de partir du principe que tout le monde est hétérosexuel, il serait bon de ne pas partir du principe que tout le monde est cisgenre, même si cela peut paraître compliqué, surtout que la proportion de trans' est encore plus faible que celle d'homosexuel/les.

En particulier lorsqu'on fait références à des aspects biologiques ou anatomiques du corps, il me semble préferable d'utiliser des expressions comme «personne de sexe masculin/féminin» (ou éventuellement de «mâle/femelle», mais c'est en général mal vu pour parler d'êtres humains) plutôt que «homme/femme». Si ce n'est évidemment pas vital lorsqu'on parle de généralités (dire «les femmes ont un vagin» ne prend pas en compte l'existence de trans', mais n'a pas de conséquence dramatique), cela peut avoir une grande importance suivant le domaine (cela me semble notamment prioritaire dans la santé, par exemple pour le dépistage de certains cancers).

Errare humanum est ; persevere diabolicum

On peut se tromper. Il n'y a pas vraiment de mal. Parfois on ne peut pas savoir qu'une personne ne se définit pas comme «lui» ou «elle». Et parfois on peut le savoir mais, parce que la personne a une apparence associée à l'autre genre, ou simplement parce qu'on a été habitué à parler de cette personne dans l'autre genre, on peut se tromper quand même. Ce n'est pas dramatique.

C'est, en revanche, plus gênant quand c'est fait de manière répétée. Par exemple, si une personne vous reprend trois fois de suite pour corriger votre «elle» en «lui» ou vice-versa, essayez de faire un minimum attention pour la quatrième.

Ces conseils ont pour but de sensibiliser une population pas forcément formée aux questions trans' ; Ils n'ont pas pour but de vous terroriser à l'idée de parler à une (ou d'une) personne trans'. Globalement, personne ne va vous pendre pour une petite erreur, surtout si vous êtes de bonne foi et reconnaissez avoir employé un mauvais terme.

Licence

Ces conseils ont été écrits intialement par Élisabeth Henry sur son blog «Red is undead» (http://red.reveries.info). Ils sont diffusés sous licence Creative Commons - By - ShareAlike.

Autrement dit, vous avez la permission de rediffuser et de modifier sous texte comme vous le souhaitez à condition de citer le nom de l'auteure originale et de le distribuer sous les mêmes conditions.

Notes

[1] On citera notamment en français la page écrite par Lazz, plus centrée FTM, ainsi qu'en anglais : Trans Respect/Support Etiquette 101, More Light on Transgender, ou (que je trouve plus intéressant) Proper Etiquette when dealing with the Transgendered. Toujours en anglais, il y a aussi How to Be Sensitive to Pronouns and Gender Issues When Talking to a Transgendered Person ou encore un petit pdf qui résume bien.

[2] On emploie aussi souvent en France le terme de «femme biologique», ou «femme bio».

[3] Certaines lesbiennes ne se définissant pas comme des femmes non plus, en accord avec l'énoncé de Wittig : «les lesbiennes ne sont pas des femmes».

lundi, mai 26 2008

Adresse de la LCR concernant les luttes LGBTI et le nouveau parti anticapitaliste

Je ne le fais pas trop d'habitude mais, exceptionnelement, je vais profiter de ce blog pour relayer un texte adopté il y a une ou deux semaines par la Direction Nationale de la LCR. Il concerne les luttes des lesbiennes-gays-bis-trans-intersexes et le nouveau parti ; il peut aussi être consulté sur le blog de la commission LGBTI de la LCR.


En 2007, la LCR a initié un projet de nouveau parti anticapitaliste. Cela n'est pas le projet d'une LCR élargie, mais l'ambition de se doter d'un nouvel instrument, utile pour les luttes et pour révolutionner la société. Ce nouveau parti anticapitaliste est porteur d'un projet d'émancipation. La lutte contre les oppressions hétéro-patriarcales fait partie intégrante de ce projet et ce nouveau parti sera ce que nous en ferons ! Ce texte entend être un base de discussion autour des luttes pour l'émancipation des personnes L.G.B.T.I.

Pourquoi des luttes LGBTI?

L'histoire des LGBTI est une histoire politique, celle de leur oppression et celle de leurs luttes. Il n’y a pas de « nature » homosexuelle ou trans, ni de « gène » de l’homosexualité, mais des catégories historiquement construites et socialement définies, tant au travers des représentations hétérosexuelles et patriarcales dominantes, que des oppositions et à ces formes d'oppression pour les personnes s'écartant de la norme. Plutôt qu'une « nature » clairement définie, c'est une multitude d'identités qui existe, elles sont fruits de la contradiction entre poids de l'oppression et possibilités d'émancipation.

Dans le sillage de mai 68 et de la révolte de Stonewall en 1969 au États-Unis, une contestation significative de l'ordre hétéro-patriarcal vue le jour, articulant émancipations personnelles et collectives. Le développement de l’État-providence et des solidarités collectives, l’accès à des emplois correctement rémunérés et l'apparition de mouvements de lutte, ont créé les conditions d'une autonomie affective et sexuelle des individu-e-s, favorisant notamment l’affirmation des gays et des lesbiennes. Dans les années 1980, l’épidémie de Sida oblige à redéfinir les revendications LGBTI. Ainsi l'émergence de la question de l’égalité des droits correspond au refus d'être traité comme des sous-citoyens.

Aujourd’hui, quel bilan ? Des droits ont été gagnés et la situation des LGBTI en France a profondément changé depuis que l'homosexualité n'est plus considérée comme « fléau social ». Affirmer son orientation sexuelle est à présent plus simple pour certain-e-s, même si l’hétérosexualité reste la norme dominante et en tant que telle une source de violence et d'oppression. Cependant, cette nouvelle « tolérance » a des contreparties économiques et politiques. Les personnes LGBTI sont devenues un électorat à conquérir; les partis politiques institutionnels, homophobes aux pouvoirs, les courtisent pendant les campagnes électorales. Elles sont aussi conçu-e-s comme une clientèle, ce qui génère une marchandisation excluante et discriminante et uniformise les désirs, les corps et les sexualités.

Les oppressions vécues par les personnes LGBTI sont multiples et diverses. Elles ont toutes cependant pour point commun d’être politiques, de s’appuyer sur des systèmes de domination dont elles sont tout à la fois les conséquences et les instruments. Ces oppressions n’ont rien d’inéluctables. Elles appellent la construction de résistances et de luttes collectives. Il est urgent et nécessaire de s'atteler à la construction de nouveaux rapports de force pour conquérir de nouveaux droits pour enfin changer ce monde injuste. D'ores et déjà nous proposons cinq pistes d'élaboration et des revendications pour un nouveau parti, parce que la LGBTI-phobie opprime, discrimine et tue.

Un plan d'urgence

1) L'égalité est un principe fondamental.

Le vote du PaCS, en 1999, a constitué une étape dans cette direction, mais demeure largement insuffisant. En voulant créer un contrat spécifique, la gauche plurielle a institué l'inégalité dans la loi. C'est le même type de logique avec le contrat civil que Sarkozy prépare. Ce qui est inacceptable pour les gardiens de l'ordre moral, c'est que le mariage ouvre le droit à la filiation!

  • Égalité des droits entre homos et hétéros: mariage, filiation, Procréation Médicalement Assistée
  • Égalité des droits entre les différents statuts fiscaux: couples mariés, pacsés, concubins ou célibats

Le refus d'autoriser le changement du sexe sur l'état-civil pour les trans, à moins d'avoir subi une chirurgie génitale, est l'instrument d'une vision essentialiste et binaire du genre qui vise à n'accepter les personnes trans que si elles sont stérilisées. Cette même logique, conduit à la négation des personnes intersexes par leur mutilation pour rentrer dans la norme.

  • Facilitation du changement d'état-civil (nom et prénom), suppression de la mention de sexe
  • Arrêt des mutilations des enfants intersexes.
  • Droit à disposer de son corps et autodétermination

2) L'internationalisme est une nécessité dans un monde LGBTI-phobe.

Être internationaliste c'est refuser les rhétoriques racistes du choc des civilisations. Dans le contexte international de guerre impérialiste et d'opposition idéologique entre «Civilisations», les questions LGBTI se retrouvent parfois bien malgré elles être un enjeu politique, dans lequel certains États se réclamant de valeurs libérales instrumentalisent hypocritement l'homosexualité comme symbole des valeurs occidentales. Pourtant, l'homophobie n'a ni frontières ni religion favorite : de la Pologne aux États-Unis, de l'Iran au Zimbabwe, les LGBTI et leurs mouvements ne sont bien souvent que les boucs-émissaires de politiques réactionnaires. Être internationaliste c'est penser le soutien avec ceux et celles qui luttent dans leurs pays, c'est combattre les politiques impérialistes de nos États, qui maintiennent une partie de l'humanité dans la pauvreté et la misère et soutiennent les pires dictatures quand leurs intérêts sont en jeu. Pour nous, lutter contre la LGBTI-phobie et construire une véritable solidarité internationale consiste à prendre en compte les situations locales. Il ne s'agit pas d'imposer un modèle d'émancipation «occidental», mais de soutenir les formes de luttes et d'affirmation dans leur diversité. Être internationaliste c'est exiger la liberté de circulation des personnes et lutter contre les politiques racistes d'immigration et d'asile dont le durcissement démagogique privent les LGBTI d'un repli vital en cas de répression.

  • Application du droit d'asile pour les personnes victimes de LGBTI-phobie
  • Régularisation de tous les sans-papiers, en couple ou célibataires
  • Abrogation des lois racistes sur l'immigration et l'asile

3) Le droit à la santé et l'accès aux soins est non-négociable.

L'épidémie du Sida démontre à nouveau combien la santé est une arme au service d'une projet inégalitaire et hétéro-patriarcale. La santé est une arme géo-politique, elle permet de maintenir des populations entières dans un état de dépendance, et de soumission vis-à-vis des pays dits du « Nord ». La santé est une arme politique qui fait le tri entre les « bons » et les « mauvais » malades en fonction de critères racistes, sexistes, classistes et LGBTI-phobes. Elle ne leur donne pas le même accès aux soins et à la prévention et révèle combien l'universalisme affiché ne bénéficie en réalité qu'à quelques-uns. Ces politiques inspirées et/ou secondées par les religions jettent l'anathème sur des groupes ciblés (trans, toxicomanes, prostitué-e-s, prisonniers) et des populations entières. La santé est une arme économique, car la logique du profit l'emporte toujours sur la vie des personnes. Cette logique est rendue possible par la propriété privée des brevets médicaux, et induit la privatisation toujours plus grande des services publics de santé. La politique de santé est une arme hétéro-patriarcale, qui assigne les identités de sexes et de genres, qui pathologise, psychiatrise, généticise ceux et celles qui se retrouvent hors des normes.

  • Dépathologisation des trans et accès libre aux traitements médicaux
  • Arrêt des mutilations des enfants intersexes et autodétermination
  • Santé gratuite pour tous et toutes
  • Développement et financement public de la recherche sur la prévention et les traitements
  • Production et distribution de médicaments génériques contre le sida à travers l'abolition de la propriété privée des brevets médicaux

4) Le droit à disposer de son corps et de son existence est un droit imprescriptible.

Le droit à disposer de son existence, c'est avoir la possibilité de s'assumer en dehors du cadre familial, car cela peut être l'un des premiers vecteurs de l'oppression. Lorsque leur entourage n'accepte pas leur identité et/ou leur sexualité, les individu-e-s sont contraint-e-s à l'enfermement dans la sphère familiale, à l'invisibilité, ou à des situations de précarité parfois dramatiques.

  • Droit au logement
  • Allocation d'autonomie
  • Droit à une protection sociale

Le droit à disposer de son existence, c'est le droit à assumer son identité, à changer de genre et/ou de sexe.

  • Dépathologisation des trans.

Le droit à disposer de son existence, c'est lutter contre les oppressions spécifiques des femmes et des lesbiennes. Moins payées, plus précaires, plus touchées par le chômages, elles sont soumises à la violence des normes patriarcales, mais aussi à la violences des normes hétérosexuelles qui assujettissent les corps et les vies des femmes aux désirs des hommes.

  • A travail égal, salaire égal
  • Droit à disposer de son corps et de sa sexualité

Le droit à disposer de son existence suppose de vivre dans une société affranchie des diktats religieux et moralistes.

5) La fin de l'homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie implique une transformation radicale de la société.

Pour nous, l'homo/lesbo/trans/bi/intersexo-phobie comporte deux facettes indissociables: c'est aussi la haine des sexualités non hétéronormées, tout un ensemble de violences verbales et/ou physiques que subissent les LGBTI et les personnes considérées comme tel-le-s, car pas assez « viriles » ou pas assez « féminines »; c'est enfin un outil de la police des genres, servant à maintenir une prétendue frontière naturelle et hiérarchique entre les sexes. Articuler ces deux dimensions, concrètes et symboliques, est essentiel pour mieux combattre la LGBTI-phobie, à travers un travail d'éducation et de prévention.

  • Mise en œuvre d’une éducation non homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobe. Il faut interroger les représentations et les stéréotypes, informer les jeunes en questionnement leur identité, mener des actions collectives au sein des établissements scolaires, et plus largement sur les lieux de travail et de vie. Il convient aussi de former les personnels et de dégager les moyens pour le faire.
  • Création de structures d'accueil, d'écoute, d'assistance des victimes de l'homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie avec un financement public, incluant la participation des associations LGBTI.
  • Application des lois contre les discriminations au travail, en soutenant le travail des syndicats et des associations engagées dans ce combat.

S'organiser pour lutter

Cependant, si ces mesures sont urgentes et nécessaires, elles ne régleront pas en profondeur la question des oppressions que subissent les LGBT. Celles ci trouvent leurs racines dans les structures du système hétéropatriarcal et capitaliste qui se fonde sur des principes inégalitaires : normes de genre, sexisme, violences dans la sphère privée, violences au travail, précarité, destruction des solidarités collectives, marchandisation des existences et des corps, mise en concurrence de tous avec tous... Ce système inégalitaire structure et traverse tous les pans de la société. A l’échelle de l’histoire, la division originelle et inégalitaire de la société entre deux sexes, fondée sur la famille, offre une assise idéologique et socio-économique fondamentale pour le capitalisme. « Homme » et « femme » sont présenté-e-s comme des catégories stables, complémentaires, indépassables … et forcément inégales. Derrière ces fausses évidences qui cachent de profonds préjugés, les normes de genre réduisent la complexité des êtres humains à des catégories binaires et assurent la reproduction des dominations. Cette division sexiste a contribué à justifier l’oppression des formes de vie, de sociabilité et d’érotisme non « hétérosexuels ». Ce sexisme structurel a des conséquences très directes pour les personnes intersexes et trans : l’existence des premières est niée, les secondes sont pathologisées.

Remettre en cause l'hétéropatriarcat implique de l'attaquer de manière globale, en articulant les luttes contre les oppressions et les luttes contre l'exploitation. Notre émancipation exige la destruction du patriarcat et du capitalisme !

Un nouveau parti !

Nous ne devons pas être dépossédés du débats sur nos devenirs. Deux logiques incompatibles s'affrontent : la nôtre qui s'appuient sur l'égalité et l'émancipation; la leur, celle inégalitaire et criminelle du capitalisme et de l'hétéropatriarcat. Il faut organiser une réponse collective à l'oppression et construire un rapport de force pour faire valoir nos existences et nos revendications, résister à la logique de l'isolement et de la fatalité, et imposer de nouveaux droits et de nouvelles conquêtes politiques. Créer un rapport de force, c'est considérer que nous n'avons pas à être dépossédé du débat sur nos propres existences, c'est commencer à expérimenter avec d'autres le combat pour l'émancipation. Aujourd'hui, la LCR s'est engagée dans un processus de construction d'un nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Pourquoi un nouveau parti ?

Le 6 mai 2007, l’échec de la gauche gouvernementale a laissé le champ libre à la droite la plus réactionnaire et homophobe incarnée par Sarkozy, ami des patrons et des milliardaires. La guerre sociale qu’ils mènent, c’est la violence quotidienne et la répression, la casse des acquis sociaux. La politique de la gauche gouvernementale est impuissante parce qu’elle accepte la logique du profit, de la concurrence et la remise en cause des services publics. Pour mener son offensive en rafale contre la majorité de la population, Sarkozy a le pouvoir, les patrons ont le MEDEF. Et nous, qu’avons-nous d’efficace pour porter nos aspirations sur le terrain politique ? Qu’avons-nous pour construire les mobilisations capables de remettre en cause la logique du profit ? Comment imposer l’égalité des droits entre homos et hétéros ? Comment refaire du droit à disposer de son existence un droit imprescriptible ? Comment débarrasser la société de l’oppression des LGBTI ?

Nous l’avons vu, ces oppressions sont ancrées en profondeur dans les structures du système hétéropatriarcal et capitaliste. S’attaquer aux racines de ce système inégalitaire nécessite de mener un combat global : seul un parti, une organisation politique regroupant des militants impliqués sur différents terrains de lutte, permet de mener ce combat de manière conséquente.

Aujourd’hui, il manque cruellement un outil qui aide à la convergence des luttes en un mouvement d’ensemble capable de faire reculer le pouvoir et de changer le rapport de force. L’espoir a aussi besoin d’imaginer qu’un autre monde est possible. Nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir cet outil : un parti utile aux mobilisations d’aujourd’hui. Un parti pour préparer un changement radical, révolutionnaire de la société c’est-à-dire la fin du capitalisme, de la propriété privée des principaux moyens de production, la fin de l’oppression des femmes et des LGBTI, du pillage de la planète et de la destruction de la nature.

Quelle place pour les LGBTI dans le NPA ?

Un parti anticapitaliste, internationaliste et féministe conséquent doit être porteur des combats contre toutes les oppressions. Mais ce parti ne se substitue évidemment pas aux associations LGBTI : leur mobilisation est essentielle pour construire des revendications, créer des espaces de solidarité, mener les luttes au quotidien ! Ce que nous proposons, c’est un outil collectif et démocratique, qui permette de s’attaquer aux racines des problèmes et des oppressions. Un parti qui n’abandonne aucune lutte, qui soit toujours aux côtés des opprimé-e-s et des exploité-e-s. Car nous voulons une société capable de satisfaire les besoins sociaux, débarrassée de toutes les formes d’exploitation et d’oppression de classe, de genre, d’orientation sexuelle, d’âge ou d’origine. Une société où la démocratie ne s’arrête pas au droit de vote et permette à toutes et tous de décider.

Le congrès national de la LCR s’est adressé à toutes celles et tous ceux, individu-e-s, militant-e-s associatifs, équipes syndicales, courants politiques, qui veulent se regrouper dans un cadre politique organisé, militant, national et démocratique, un parti tissant des liens internationaux avec les forces qui défendent une telle perspective. Ce parti appartiendra à toutes celles et ceux qui s’y engageront. C’est maintenant à celles et ceux qui veulent « prendre parti » de décider ensemble, de construire ensemble !

vendredi, mai 16 2008

DSM-V

Prélude : ceci est un simple copier/coller d'un post écrit sur le forum de l'association trans' Sans Contrefaçon, ce qui explique le style moins travaillé que les autres billets :p

Pour donner un peu de contexte, le DSM (Diagnostic and Statistics Manual) est un outil de classification américain des maladies mentales. La version actuelle est la quatrième (DSM-IV). Parmi les maladies mentales se trouvent le «trouble de l'identité sexuelle» concernant les transsexuels, et le «transvestisme fétichiste» pour les travestis. On aurait pu espérer qu'une réforme de ce système améliorerait les choses de ce côté ; mais c'est mal barré.)


Bon si j'ai bien compris le DSM-IV devrait être révisé dans pas trop longtemps.

J'ai vu un billet ricain comme quoi l'assoce des psychiatres américains (APA) avait choisi des représentants on ne peut plus réacs poaur discuter là-dessus (j'ai trouvé ça via le blog Questioning Transphobia que je trouve intéressant pour suivre un peu ce qui se passe sur les questions trans' outre-atlantique)

Je copie/colle/traduis qu'une partie du post parce que j'ai la flemme, le reste est en anglais mais je vous encourage à lire.

Dans la "Task Force", nommé en tant que "chair" (responsable?) des Troubles Sexuels et d'Identité de genre, nous trouvons le Dr. Kenneth Zucker, du fameux Centre for Addictions and Mental Health (CAMH, auparavant le Clarke Institute) de Toronto. Dr. Zucker est connu pour utiliser des thérapies réparatives (i.e. "ex-gay") pour "guérir" les enfants gender-variant. Nommés dasn son groupe de travail, nous trouvons le mentor de Zucker, le Dr. Ray Blanchard, Chef des services de sexologie clinique au CAMH et createur de la théorie de autogynephilie, categorisée comme paraphilie et définie comme "la tendance paraphile d'un homme à être sexuellement excité par la pensée ou l'image de lui en femme".

Les Drs. Blanchard, Zucker, J. Michael Bailey (dont les traveaux ont même été jusqu'à toucher à l'eugénisme) et un petit cadre d'autres sont les «proposeurs» de diviser la population transsexuelle par l'orientation sexuelle ("transsexuels homosexuels" vs "autogynophiles") et se sont, de manière répété, opposées à la World Professional Association for Transgender Health (WPATH, auparavant HBIGDA), et ont de manière ouvertes «défiés» les Standards de Soins que maintient WPATH (modelé d'après les Standards de Soins originels développés par le Dr. Harry Benjamin) en faveur de techniques de conversion. Les «supporters» de Blanchard et Bailey incluent aussi le Dr. Alice Dreger, qui a re-stigmatisé le traitement des intersexes, le sexologue controversé Dr. Anne Lawrence, et le Dr. Paul McHugh, qui avait commencé sa carrière en lançant une croisade pour fermer la Clinique de Genre à Johns Hopkins University et en étant un de nos plus fervenst détracteurs.

Un danger additionnel dont les communautés gay et lesbienne doivent être informées est que si Zucker et compagnie fixent la thérapie de conversion dans le DSM-V, alors c'est une aussi étape claire et dangereuse vers une légitimisation des thérapies "ex-gay" et de re-stigmatisation de l'homosexualité.

(en m'excusant pour les anglicismes et les erreurs. Le terme "thérapie ex-gay" telle que je l'ai compris désigne une thérapie qui "guérirait" les homos en les rendant hétéros.)

Si je comprends bien le DSM n'est fait que par les psychiatres ricains, contrairement au CIM (classification internationale des maladies) qui vient de l'OMS. Cependant je pense qu'un changement, positif comme négatif, aurait des repercussions qui se limiteraient pas aux states.

Mise à jour du 15 Mai : il y a maintenant une pétition à signer !

Mise à jour du 16 mai: il y a aussi une page avec plus d'infos en français.

mercredi, avril 16 2008

Pourritures

Alors en vrac, les news du moment: Croix gammée façon John Heartfield

D'ores et déjà, les préfectures piègent les sans-papiers. Certes, ce n'est pas une nouveauté.

On va précariser encore plus les chômeurs..

Et puis, cerise sur le gâteau, Bachelot qui explique que quand même, les lunettes, c'est pas à la sécu de le prendre en charge (le peu qui l'était, en tout cas). Les pauvres n'ont pas besoin de voir, de toutes façons ils ne peuvent pas se payer de bouquins ou de dvd.

Et, pour finir la journée, le collectif contre l'homophobie qui saisit la Halde parce que le ministère de l'Intérieur compte mettre en place chez les keufs un nouveau logiciel, nommé Ardoise, pour remplir plein d'informations sur non seulement les «suspects» mais aussi les témoins et les gens qui viennet porter plainte. Comme genre d'information ? Si quelqu'un est permanent syndical, homosexuel, ou transsexuel.

Hé, les gars, vous faites les choses à moitié, ou quoi ?

Vous avez oublié la case «juif»...


(Mise à jour du 16/04/08: pour compléter mon point Godwin - que j'assume pleinement)

Par contre, je sais pas si les cases disponibles seront vraiment utilisées dans toute leur dimension sur leur terrain... ça existe vraiment, des flics qui savent faire la différente entre les pédés, les travelos et les trans' ?

dimanche, mars 30 2008

Binarité, déconstruction, etc.

Dans un certain milieu «lgbt» radical il me semble qu'on parle beaucoup de déconstruction ; en particulier de déconstruction de genre. Je n'ai pas grand-chose contre. Personnellement, je trouve que ça a des limites et que c'est quand même beaucoup parler pour ne pas faire grand-chose, mais comme on dit, chacun fait ce qu'il veut, ou en tout cas se pose les questions qu'il veut et se définit comme il veut.

Par contre, à la longue, ça m'énerve un peu qu'on m'explique que je suis dans cette approche.

Prenons un exemple concret.

Je porte des jupes. C'est un fait.

Il y a des raisons pour lesquelles je porte des jupes ; ou en tout cas on essaie parfois d'en trouver. Et les raisons que l'on me prête en disent souvent plus sur la personne qui formule l'hypothèse que sur moi. Dans le milieu «hétéro» pas conscient des problématiques de genre, par exemple, on m' a souvent sorti que c'était parce que je viendrais d'Écosse[1], pour faire samouraï ou parce que je serais «excentrique» ; dans le milieu «trans», l'hypothèse est souvent que c'est parce que je suis trans', ce qui me paraît la raison la plus plausible [2]; et enfin dans le milieu dont je parlais ci-dessus on avance que ce serait par déconstruction de genre.

Je peux comprendre qu'il y ait confusion entre une trans mtf en début de transition, pas super visible et un homo au look «folle» qui porte des jupes aussi. La différence n'est pas super visible. (Elle est, cependant, perceptible ; il est significatif qu'aux UEEH par exemple 100% des trans' m'aient adressée la parole en me parlant dans le bon genre et 98% des non-trans' dans le mauvais).

Cependant, quand je parle de manière répétée au féminin, que j'essaie de corriger quand les interlocuteurs se trompent (pas assez fort, parce que je suis timide), ou que je dis clairement que je suis trans', la persistance dans les erreurs et à parler de déconstruction de genre me pèse un peu.

Du point de vue du genre, je me considère un peu comme le chat de Schrödinger.

C'est-à-dire que certaines personnes (notamment, donc, le milieu gay radical) me prennent pratiquement comme un exemple vivant de personne à la fois masculin et féminin, tout comme le chat de Schrödinger est pris comme exemple de la théorie quantique pour dire qu'un truc peut s'être s'être produit et ne pas s'être produit en même temps, tant qu'on n'a pas regardé.

Comme pour le chat de Schrödinger, schrodinger_s-lolcat.jpgc'est simplement que les gens n'ont pas compris.

Schrödinger prend l'exemple de ce chat parce qu'il ne croit pas en la théorie quantique. C'est une démonstration par l'absurde : un chat est mort ou il est vivant, ce n'est pas décidé au moment où on regarde dans la boîte ; c'est juste qu'on ne sait pas. (Il se trouve que Schrödinger avait tort, mais ce n'est pas le débat.)

De même ce n'est pas parce qu'une personne ne sait pas quel est mon genre que ce genre n'est pas défini et que je serais les deux en même temps.

Je suis de genre féminin. Point.

Il n'y a pas de déconstruction de genre là dedans ; puisqu'au contraire toute la difficulté pour moi a été d'accepter ce fait. Il y a déconstruction éventuelle de certaines habitudes que l'on m'a fait prendre, mais pas de mon genre. Quand je porte une jupe je ne «déconstruis» pas mon genre : je l'affirme.

Après on pourrait se poser la question de pourquoi je me suis construite comme ça ; je ne crois pas que ce soit de naissance, mais je ne saurais pas expliquer dans le détail comment ça s'est fait.

Dans l'ensemble, je vois à peu près, mais dans le détail non. Dans l'ensemble, c'est le résultat complet du système binaire de genre : on est un homme ou une femme. Je ne rentre pas dans le modèle masculin, ergo je suis une femme. Le côté subversif, déconstruction, queer, là-dedans, on repassera.

La déconstruction, pour moi, ce n'est pas l'utopie tant vantée par ceux qui ont ce mot à la bouche. C'est la proposition, voire l'imposition, implicite ou explicite, de me «déconstruire» pour être peut-être un homme «marginal», «bizarre», «pédé», «qui se travestit chez lui» ou je ne sais quoi ; mais en tout cas pour ne pas être une femme.

Parce que finalement, maintenant, on arrive à tolérer assez facilement (en particulier dans le milieu gay) un type marginal, bizarre, pédé ou qui se travestit chez lui : après tout, chacun fait ce qu'il veut, tout le monde est gentil, tout le monde est tolérant. Par contre, lorsque cette personne prétend être une femme, la tolérance abstraite devient plus compliquée et c'est, pour le coup, très binaire : soit on accepte et on fait l'effort de parler de cette personne dans le bon genre et de la considérer comme une femme ; soit on refuse et il n'y a plus d'hypocrisie possible, on ne peut plus se cacher derrière la troisième voie de la «tolérance» qui ne demande aucun effort.

Autrement dit : je n'ai absolument rien qu'on m'explique que je fais de la déconstruction de genre parce que je ne porte pas de maquillage, ou parce que je ne me rase pas les jambes ; en revanche, si c'est parce que je porte une jupe ou des bas, j'ai du mal à ne pas trouver ça insultant, parce que ça veut dire qu'au final, on me considère toujours comme un mec.

Notes

[1] J'ai des origines lointaines écossaises, cela dit, mais à moins que ça ne soit génétique, ça ne vient pas de la.

[2] Même si on pourrait se demander si je porte des jupes parce que je suis trans' ou si je suis trans' parce que je porte des jupes ; mais en tout cas je pense que si je n'étais pas trans, je n'aurais jamais porté de jupe.

mercredi, janvier 30 2008

Mon approche de l'écriture

Je n'ai pas trop développé dans le passé l'aspect «écriture» sur ce blog ; c'est quelque chose que j'ai l'intention d'essayer de faire un peu plus dans l'avenir.

Pour commencer, voici un petit billet qui résume un peu ma théorisation (politique) sur ma façon d'écrire.

Ce que j'écris

J'écris avant tout dans le domaine dit des «littératures de l'imaginaire», ce qui regroupe en gros le fantastique, la science-fiction et la fantasy. Pour l'essentiel mes textes se déroulent soit :

  • directement dans un monde imaginaire de «fantasy», avec dragons, etc.
  • dans un monde qui ressemble au nôtre mais avec des élements irréels dont l'existence est parfois ambigue (on ne sait pas si c'est vrai ou une hallucination d'un personnage, par exemple) et parfois pas.

Je distinguerais principalement trois points «d'impact» entre écriture et politique dans mes textes, que je développerai ci-dessous : la parodie, la visibilité des LGBTI et, évidemment la lutte de classe.

Parodie

Il y a souvent un aspect humoristique dans mes textes parce que j'aime bien parodier des choses existantes. C'est particulièrement vrai dans les textes de «fantasy», comme «Elfe noire & démon rouge». Cela peut ne pas paraître vraiment politique à prime abord mais cela peut le devenir.

Cela pour la simple raison qu'un certain nombre de clichés et de stéréotypes me semblent réactionnaires. La fantasy en regorge particulièrement, entre les rois forts et héroïques, les peuples de monstres dégénérés inhumains qui veulent détruire les belles civilisations blanches, l'aspect très manichéen...

En ce sens la parodie peut être un moyen de dénoncer ces stéréotypes et de les détourner pour proposer autre chose à la place. Je vois donc là un aspect politique non négligeable.

Il ne faut cependant pas ignorer les limites de ce procédé. D'abord, le fonctionnement par parodie n'est pas toujours compatible avec le fait de garder une histoire un minimum sérieuse pour que le lecteur se sente plongé dedans.

Accessoirement, je me demande finalement si la parodie n'est pas qu'un moyen de faire semblant de faire du neuf avec du vieux... certes, on retourne certains clichés et on en détourne d'autres, mais à l'arrivée il y a un risque, si on se contente de ça, que le fond de l'histoire reste finalement le même.

Je ne me verrais pas écrire de longs textes entièrement parodiques. En revanche en avoir quelques éléments me semblent être un moyen agréable de se moquer ou de critiquer certaines choses tout en allégeant l'atmosphère.

Visibilité des lesbiennes-gays-bis-trans-intersexes

Un nombre non-négligeable de mes personnages sont lesbiennes, gay, bi, trans et/ou intersexes (bon, techniquement il n'y a pas encore d'intersexe visble). Cela n'est pas anodin et, il y a là encore, un aspect politique.

Cela pour la simple et bonne raison que l'identification à des personnages, notamment de fiction, me paraît être un aspect important de la construction d'un indvididu. Le fait de ne pas avoir de modèle auquel s'identifier est embêtant.

Par conséquent il me paraît important qu'il y ait des protagonistes qui soient autre chose que l'homme blanc cisgenre hétérosexuel. Pour les LGBTI cela me semble encore plus nécessaire parce que c'est une identité qui se «découvre» et où on n'a pas forcément de modèle de proches dans la famille : contrairement par exemple à un enfant noir, pusque ses parents sont a priori noirs aussi, sa famille, etc. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas nécessaire que les noirs et toutes les soi-disant «minorités» soient eux aussi représentés dans la fiction (et, là dessus, je pense que j'aurais beaucoup à revoir au niveau de la diversité dans mes textes). Simplement, pour avoir vécu une période de doute concernant mon identité trans', il me semble qu'avoir une référence, un personnage auquel m'identifier (qu'il soit fictif importe peu) m'aurait aidée.

En particulier, il me semble important de ne pas présenter, comme c'est trop souvent le cas, ces personnes comme uniquement définis par leur identité homosexuelle, trans', etc., mais au contraire de montrer qu'on est aussi et sans doute avant tout autre chose et que c'est finalement normal.

Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faut tomber dans l'excès inverse et ne pas parler du tout d''homophobie, de racisme ou de sexisme et faire comme si cela n'existait pas, que les personnages étaient parfaitement acceptés.

Lutte de classe

Pour finir, la façon d'analyser le monde joue aussi un rôle évident lorsqu'on écrit. Je n'enlève pas mon étiquette de «marxiste» lorsque je commence à écrire. Mon analyse, ma façon de voir les choses reste la mienne et cela se traduit forcément dans mes nouvelles ou romans : ainsi la lutte de classe ou l'impérialisme seront en général plus présentés comme source de conflit que les guerres de civilisation ou le fait que telle race soit belliqueuse.

Je ne cherche pas forcément spécifiquement à faire passer telle ou telle idée politique, mais le fait de «baigner» d'être militante fait aussi que lorsque je lis, vis ou entends un truc intéressant sur telle grève ou telle révolte je vais parfois m'en inspirer pour un roman.

J'ai parfois tendance à un peu trop en mettre et j'ai conscience que cela peut être indigeste, surtout que je ne suis pas Ken Loach. En général j'épure pas mal à la relecture, notamment les débats politiques directs entre personnages (dans la version initiale du roman de fantasy que je suis en train de terminer de relire, un personnage citait directement Trotsky ; même si je trouve que c'était amusant et que la citation était bien, je l'ai supprimée par la suite).

Conclusion

Voilà, j'ai expliqué un peu comment je voyais l'articulation entre la poltique et l'écriture. C'est évidemment très personnel et pas nécessairement généralisable à d'autres personnes.

Au final, j'estime que je ne peux pas séparer l'écriture de fiction d'un militantisme politique et donc mes textes contiennent forcément un minimum cet aspect. Il y a un risque, évidemment, c'est qu'il devienne plus important que l'histoire et la phagocyte en la rendant inintéressante ; mais je pense qu'il peut aussi la nourrir et l'améliorer.

En tout cas, j'espère :o

jeudi, novembre 29 2007

Exhibitionnisme

Je réagis avec une semaine de retard, mais bon, tant pis.

Aujourd'hui, on va parler de seins nus. D'abord dans le cas d'[une militante transsexuelle et UMP poursuivie pour avoir montré ses seins pendant Paris Plage].

L'idée de départ est assez intéressante : une femme trans qui exhibe sa poitrine, provoquant les contradictions du système qui la considère comme un homme ou comme une femme selon que ça l'arrange:

Face à son refus, Roger La Baronne est placé en garde à vue. Le délit : "exhibition de poitrine, par personne de sexe masculin présentant une poitrine féminine".

Cela dit, il y a aussi quelques petits détails qui, personnellement, me posent un peu problème. En effet, «La Baronne» dit :

Je suis prête à une condamnation - et je l'espère - pour exhibition sexuelle. Si le procureur pense que le sexe, c'est la poitrine alors faisons mon changement de sexe puisque j'ai fait mon changement de poitrine. L'Espagne par exemple a rayé le problème : dès que vous avez l'apparence féminine, vous obtenez les papiers de femmes.

Déja, il me semble que concernant l'Espagne ce n'est pas aussi simple tout de même (si j'ai bien suivi, il faut avoir la nationalité espagnole, être reconnu malade mental (dysphorie de genre) et avoir suivi deux ans de traitement hormonal).

Mais surtout, et là ça ne concerne plus vraiment les questions trans' mais le sexisme, le problème que j'ai avec ça vient de l'idée finalement que, si elle était considérée complètement comme une femme, ou qu'elle était une femme cisgenre, se faire condamner pour exhibition sexuelle serait quelque chose de positif.

Autrement dit : un mec a le droit de se mettre torse poil, mais pas une nana, parce qu'elle a «des seins» et que c'est forcément sexuel.

On ne demande pas son avis à la femme, si elle pense que ses seins sont une zone érotique ou si elle préfère ses oreilles ou ses pieds. C'est une vérité absolue. Les seins font partie du sexe. Je n'ai jamais été trop douée en anatomie, mais il me semblait, à moi, que le sexe c'était environ 50 cm plus bas.

Bien sûr, je ne vais pas remettre en cause le fait que les seins féminins sont vus comme quelque chose de très érotisés. Mais c'est culturel, il ne me semble pas que ça devrait être dans la loi.

Parce qu'après la loi, elle fait carrément hypocrite.

D'un côté, on a des femmes qu'on empêche de montrer une partie de leur corps parce que c'est sexuel : ça risque d'emoustiller les mecs, et ça n'est pas bien. Il faut absolument que les femmes se cachent les seins.

De l'autre côté, on empêche des filles de cacher une partie de leur corps à l'école, parce que cacher une partie de son corps parce que ça risque d'emoustiller les mecs, c'est mal, c'est sexiste. Il ne faut absolument pas que les femmes cachent leurs cheveux.

Alors d'accord, la comparaison a des limites, et comparer le voile islamique et les soutiens-gorges ce n'est pas forcément très approprié. Mais je trouve quand même que sur ce coup-là, la loi, elle a pas de figure.

Ce serait trop demander de laisser aux gens le soin de décider eux-même comment ils veulent s'habiller ?

Si montrer sa poitrine est un tel trouble à l'ordre public, ce serait trop demander qu'au moins les lois s'appliquent de la même manière aux hommes et aux femmes ? Du genre, à la plage, les hommes comme les femmes auraient le droit de se mettre torse nu ; en ville, les hommes comme les femmes n'auraient pas le droit de le faire ?

Ce qui m'amène à ajouter deux autres liens.

D'abord, le premier vers un article parlant de commandos seins nus en Suède. L'initiative me semble intéressante et j'espère que ces lois que je trouve discriminatoires finiront par sauter. (Je me demande d'ailleurs comment ça se passe pour les femmes qui ont peu de poitrine. Ou pour les hommes un peu enrobés.)

Le second vers la constitution française, juste pour citer un morceau du premier article :

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.

Sans distinction d'origine.

Sans distinction de race.

Sans distinction de religion.

Un jour, peut-être, que ce sera aussi sans distinction de sexe...

mercredi, novembre 21 2007

ENDA

J'avais suivi vaguement, uniquement par blogs interposés, le périple de l'ENDA aux états-unis. L'ENDA c'est une proposition de loi nommée «Employment Non-Discrimination Act» (que je traduirais par loi de non-discrimination à l'emploi), et qui a pour objectif de protéger les personnes LGB(T) dans l'entreprise.

Un débat houleux concernait l'inclusion, ou pas, des personnes trans' dans la formulation de la proposition. Si j'ai bien compris, au départ la proposition incluait les trans', puis les a exclus, puis a nouveau inclus, avant de les exclure finalement juste avant le vote.

(Si j'ai bien compris aussi l'état de cette loi, elle a été approuvée par le congrès, mais il est probable que Bush y mettra son véto.)

Le débat concernant les personnes trans' peut être résumée de manière assez simple : est-ce qu'il faut les exclure pour avoir une mauvaise loi qui ait une chance de passer, ou une bonne loi qui n'en ait presque aucune ? Je vais être radine en liens et me contenter d'un point de vue pro-inclusion des trans' et d'un anti sur l'état actuel des choses.

En gros le débat que j'avais suivi, on peut résumer les arguments suivants de cette façon :

Contre l'inclusion des trans' :

  • inclure les trans' réduit les chances de faire passer la loi ;
  • les trans' n'ont pas vraiment de rapport avec les homos, on sait pas trop pourquoi on se mélange avec eux. En plus eux ils peuvent se marier des fois alors qu'ils fassent pas chier.

Pour l'inclusion des trans' :

  • cette loi sera de toute façon «vétoée» par Bush ;
  • les trans' méritent autant d'être protégés que les homos ;
  • protéger les trans' protège aussi les homos, puisque la non-protection de l'identité de genre pourrait permettre d'exclure un gay effeminé ou une lesbienne butch non pas parce qu'il ou elle couche avec des personnes du même sexe mais parce qu'il n'est pas assez masculin et elle pas assez féminine.

Ce que je trouve intéressant dans ces débats, vu de ce côté de l'atlantique, ce n'est pas de savoir si le congrès avait ou pas une chance de voter cette loi et qui soutient quoi (en particulier il me semble quand même y avoir des enjeux politiciens que j'arrive difficilement à cerner), mais c'est que ça pose la question de la place des trans' dans les luttes LGBT. Même si ce n'est peut-être pas la meilleure manière de l'aborder je trouve que ça a le mérite de parler un peu de la quatrième lettre qu'on oublie la plupart du temps. Pour comparer à la situation française, je n'ai pas l'impression que l'exclusion des trans' de la loi anti-discrimination (qui pénalise les propos homophobes et considère l'homophobie comme circonstance aggravante dans les agressions, mais ne parle absolument pas ni de transphobie ni d'identité de genre) ait suscité autant de polémique en France. Ça ne veut pas dire que les associations prennent moins en compte les droits des trans'. De fait, pas mal d'associations relativement importantes comme Act-up, Sos-homophobie ou l'inter-lgbt ont pris position contre cette exclusion ; et je n'en ai vu aucune s'en féliciter. Cela dit ça reste des communiqués et l'avantage de cette polémique c'est d'exprimer ouvertement un point de vue qui n'est peut-être pas complètement absent chez les militant-e-s gay et lesbiennes et de forcer à ce que le débat ait lieu. Cela dit c'est peut-être aussi une façon de diviser le mouvement (même si j'ai plus l'impression que le clivage est surtout un clivage politique assez classique que l'on pourrait résumer sommairement par «jusqu'au-boutiste versus capitulard» plutôt que trans versus homo), et le fait que finalement les trans n'aient pas été couverts par la loi proposée est évidemment une mauvaise nouvelle.

Vu de France, j'avoue que je ne comprends pas trop ces histoires de congrès et d'amendements de dernière minute. Si j'ai bien compris il n'y a pas l'air d'avoir de mécanisme comme en France où une loi qui passe à l'assemblée peut être amendée par les députés et où du coup cette question serait forcément moins pregnante dans le mouvement LGBT. Pour être clair, il me semble que si ça devait se passer en France, les associations LGBT pourraient toutes soutenir la loi avec l'inclusion des trans', parce que comme elle n'est pas votée en bloc mais éventuellement amendée, des députés gay-friendly mais transphobes pourraient voter uniquement pour tels ou tels articles, ou encore proposer des amendemenst excluant les trans'. Autrement dit, la question de l'inclusion ou pas des trans' serait (et a été concernant la loi française dont j'ai parlé ci-dessus) uniquement dans les mains des députés et pas dans les associations.

Il y a autre chose qui m'interroge, c'est la question basique de la non-discrimination à l'emploi. je ne sais pas du tout comment fonctionne le droit du travail américain, mais il me semble bien préférable pour les travailleurs LGBT comme pour les autres d'avoir une loi cadrant précisément comment un licenciement peut avoir lieu, ce qu'est censé faire le code du travail en France, malgré le travail de la droite pour le démanteler. Laisser la liberté aux patrons de faire ce qu'ils veulent avec leurs employés (notamment avec le CPE/CNE, dont l'un a été refusé par la rue et l'autre par l'OIT) c'est évidemment leur permettre d'exprimer toute leur homophobie, leur transphobie, leur racisme, etc. Empêcher les discriminations au travail est évidemment nécessaire (notamment parce qu'il n'y a pas que les licenciements) mais, comme il est souvent difficile de prouver une discrimination (à moins que le patron soit très con et sorte ce pretexte), le meilleur moyen de protéger les travailleurs les plus vulnérables me semble être de protéger l'ensemble des travailleurs.

Évidemment lutter pour l'intégration d'une loi protégant les personnes homosexuelles est plus facile que de lutter pour avoir une meilleure protection du travail, mais personnellement ça m'a convaincue, si j'avais encore besoin de l'être, des liens entre la lutte de classe et les luttes LGBT.

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