Red is still undead

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vendredi, juin 27 2008

Tanz den feminismus

Note préliminaire

Ce texte est un projet d'intervention dans le cadre de la réunion du Nouveau Parti Anticapitaliste de ce week-end. J'ai décidé de le publier sur ce blog car il donne mon opinion mais ne concerne pas uniquement la LCR ou le NPA. Je parle certes de la LCR, mais je pense que j'aurais pu remplacer par «l'extrême-gauche» sans trop me mouiller.


Le sexisme, je ne crois pas dire une nouveauté, est intimement lié au capitalisme. En effet, si ce dernier n'a pas inventé le premier, il a su le récupérer et l'instrumentaliser à ses fins.

La répartition inégale des salaires, du travail précaire et à temps partiel, ainsi que des tâches ménagères sont des exemples concrets et bien connus qui montrent le lien entre ces deux oppressions. Ce ne sont pas les seuls: les couples lesbiens sont encore plus particulièrement touchés par la précarité salariale (sans compter les discriminations spécifiques supplémentaires), tandis que nombre de trans' sont dans l'impossibilité de trouver un emploi correct à cause de papiers ne correspondant pas à leur genre. Le sexisme touche même certains hommes puisque eux aussi sont contraints à un rôle genré en fonction de ce qu'ils ont entre les jambes et peuvent être opprimés s'ils en sortent (c'est le cas notamment, mais pas uniquement, des homosexuels).

Bien sûr, les situations sont très différentes entre un homme hétérosexuel qui vit peut-être mal certains aspects de son genre mais conserve une place relativement «privilégiée» du point de vue sexiste, une femme contrainte à un travail précaire et à un surplus de tâches ménagères, un/e homosexuel/le harcelé/e parce qu'il/elle n'est pas un/e «vrai/e» homme/femme, un/e trans' dans l'impossibilité de trouver un travail à cause de papiers dans le mauvais genre, etc. Cependant toutes ces situations ont un point commun, c'est leur cause, c'est-à-dire le sexisme.

Malgré cela, nous avons une certaine tendance à séparer le féminisme des questions LGBTI[1]. Le fait d'avoir des commissions séparées peut se justifier selon le contexte, les traditions de luttes différentes, etc., mais le problème concerne la façon de présenter ces questions.

Une lacune importante du féminisme tel qu'il est porté globalement par la LCR (c'est à dire en particulier en dehors des productions des commissions spécialisées) concerne la notion large de genre ; à la place, on se contente bien souvent de «l'égalité hommes/femmes» (tandis que, de la même manière, les questions LGBTI sont souvent réduites à une question de droits humains).

Or, je pense que l'égalité hommes/femmes est un oxymore. S'il y a une vraie égalité, il n'y a plus de nécessité d'imposer une division hommes/femmes. Dans l'autre sens, tant qu'il y aura une division hommes/femmes, une égalité me paraît impossible.

Je ne remets pas en cause la nécessité de dénoncer et de lutter contre l'opression d'une catégorie de la population ; je ne remets pas non plus en cause la nécessité de s'organiser en tant que groupe opprimé, à condition évidemment que cela se fasse de manière ouverte et pas de manière fermée, en imposant une oppression sur d'autres axes (par exemple en excluant, de manière assumée ou de fait, les femmes non-blanches, trans' ou non-hétérosexuelles).

Cela dit, je pense que cela doit être articulé avec le fait, qu'à terme, on ne veut plus classer les gens selon leur genre. Ce qui ne revient pas uniquement à parler de l'après-révolution et de lendemains qui chantent ; au contraire, cela revient à dire que le féminisme doit se préoccuper aussi, dès maintenant, des personnes «mal genrées», c'est à dire considérées comme n'étant pas de vrais hommes ou de vraies femmes, que ce soit à cause de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur façon de s'habiller, de leur sexe biologique ou de n'importe quoi d'autre. Cela revient aussi à reconnaître dès à présent la légitimité des personnes qui ne se sentent «bien» ni dans le genre masculin, ni dans le genre féminin.

Or, si ce soutien est présent dans la ou les commissions spécialisées, il y a un problème de transmission lorsque cela passe au reste de l'organisation : le droit des LGBTI se réduit alors souvent au mariage et à l'adoption pour les homosexuels, tandis que le droit des femmes devient le droit des femmes cisgenres1 hétérosexuelles. Pire, la LCR (et, même s'il n'a pas encore d'existence réelle, le NPA aussi) reproduit de fait une injonction à être soit «homme» soit «femme», que ce soit via les cartes de membre, nombre de formulaires, etc, mais aussi le fait de s'adresser régulièrement «aux hommes et aux femmes qui...»[2]

Cette question ne concerne pas que certains travelos, camionneuses, folles et autres queers. Il est nécessaire de remettre en cause les arguments essentialistes type «les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus» et, plus largemement, l'assignation à un genre rigide en fonction d'un sexe biologique, bref, la dichotomie homme/femme = mâle/femelle = bleu/rose = attiré par les femmes/attirée par les hommes.

Cela doit être pris en compte par l'ensemble de l'organisation et non pas uniquement par une ou deux commissions spécialisées sur le sujet. Il me semble de plus qu'il faut décloisonner les combats «féministe» et «LGBTI» et essayer d'élaborer une fusion réelle et par le haut de ces luttes (c'est-à-dire, pas juste un phagocytage d'une thématique par l'autre).[3]

Car il ne s'agit pas simplement de défendre le droit des femmes, des gays, des bis, des lesbiennes des trans' et des intersexes, mais aussi d'articuler ces thématiques avec un changement révolutionnaire de la société, qui concerne aussi, par conséquent, les hommes, les hétéros et les cisgenres.

On a beaucoup parlé du «socialisme du 21ème siècle» ; il me semble que, de la même manière, le nouveau parti devra contribuer à la construction du féminisme du 21ème siècle ; un féminisme qui prend en compte toutes les oppressions liées au genre et qui, plutôt que de se construire sur une image fermée et essentialiste de la femme, cherche à instaurer une nouvelle société sans classes, sans genres et sans frontières.

Notes

[1] Lesbiennes, gays, bis, trans' et intersexes.

[2] Je ne remets pas, là non plus, en cause le fait que la composition du Parti doive être sur certains points à l'image de la société, notamment concernant le genre, et qu'il peut être utile d'avoir des statistiques là-dessus (cela dit, il paraît aussi important d'avoir un parti qui ne soit pas constitué uniquement de blancs, et pourtant il serait inconcevable d'avoir une case «race» dans un formulaire...). Mais cela ne doit pas avoir pour conséquence de nier l'existence même, au sein de l'organisation comme dans la société, des personnes «ni hommes ni femmes» et de les «forcer» à choisir entre le rose et le bleu.

[3] Là encore, il ne s'agit pas forcément de préjuger de l'organisation des commissions dans le Nouveau Parti Anticapitaliste, qui ne s'organiseront pas forcément de la même manière que dans la LCR et dépendront de la forme que prendra le parti. Cependant, une forme d'apparition «antisexiste» large, regroupant thématiques fémistes classiques, LGBTI, et tout ce qui pourrait s'y greffer, me semblerait plus pertinente qu'une séparation bien précise des thèmes entre «femmes» et «LGBTI», où de fait les Lesbiennes et les Trans' (au moins en partie) se retrouvent un peu «au milieu», puisqu'appartenant censément aux deux groupes.

jeudi, juin 26 2008

Le privilège des trans

La realité souhaite être complexe

Qui vous permet découvrir le monde sous une forme

...

Quel est le privilège des morts?

L'amour, la vérité, les nuits en lumière ?

Mais je ne sais pas encore

Capital de la douleur

Laibach, Le privilège des morts (Kapital)

De la transphobie féministe...

La relation entre certains milieux féministes et les trans' n'est pas toujours au beau fixe. En France, je n'ai pas trop entendu parler de «gros clash», bien qu'occasionnellement la transidendité d'une personne puisse être une bonne façon de s'attaquer à elle plutôt qu'aux idées défendues — c'est surtout dans des débats sur la prostitution, toujours plutôt tendus, que j'ai vu ce type de comportement, du genre «unetelle qui est prostituée et réglementariste oublie de préciser qu'elle est un homme» — ou qu'il me semble avoir déjà eu des échos sur l'exclusion d'un ou une trans' dans un évènement non-mixte.

En lisant des blogs et quelques forums américains, j'ai pu me rendre compte que la situation là-bas semblait beaucoup plus clivée. Un nombre important de femmes se revendiquent «womyn-born-womyn»[1], c'est-à-dire des femmes nées femmes. L'évènement qui suscite le plus de controverse est un festival annuel, le Michigan Womyn's Music Festival, qui est non-mixte et n'accueille pas les femmes trans'[2]. Cela dure depuis des années, et cela a suscité beaucoup de controverses, notamment des protestations de trans' (mais pas que de trans'), qui ont organisé un Camp Trans[3] à côté.

Bien entendu, si les arguments pour exclure les trans' sont parfois compréhensibles, c'est quand même très souvent de la transphobie à peine masquée derrière une petite couche de féminisme radical.

Les rapport houleux entre certaines féministes et le mouvement trans' (et, de fait, d'autres féministes, il convient le préciser) n'est pas limité à cela ; il y a une rhétorique assez présente à laquelle on a échappée ici qui explique que les trans' sont des agents du patriarcat infiltrés chez les femmes. La figure la plus emblématique à ce niveau me semble être Janice Raymond, auteure de The Transsexual Empire: the making of the she-male. Je ne résiste pas au plaisir malsain d'en citer un court extrait :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la forme féminine réelle à un artefact, s'appropriant ce corps pour eux...

... à la transphobie transsexuelle...

Face à cela, un certain nombre de trans' ont des réactions avec lesquelles je suis en total désaccord. La première est d'expliquer que, d'accord, le festival devrait être interdit aux transsexuelles non opérées parce qu'elles ont un pénis et que c'est oppressant en tant que tel ; par contre que les transsexuelles opérées devraient avoir le droit d'entrer.

Autrement dit, la transphobie, d'accord, tant que ça ne cible qu'une partie des trans' ; et puis de toutes façons, ce sont des fausses trans', des hommes en jupe.

D'autres réponses de trans', sans être aussi gênantes, me paraissent incorrectes ; notamment le fait de dire que les trans' devraient avoir accès au festival parce qu'elles sont une âme de femme dans un corps d'homme et finalement ont toujours été des femmes.

Bref, ça reste très essentialiste.

... au transféminisme

Tout cela ne me semblait pas très enthousiasmant, jusqu'à ce que je tombe sur un texte d'Emi Koyama sobrement intitulé The Transfeminist Manifesto.

En plus de répondre à certains reproches concernant les trans', par exemple le fait de chercher à être un modèle de féminité pour les femmes trans' (ce qui peut être vrai, mais est souvent dû à un besoin de «passer» pour ne pas être en danger, harcelée, etc.) et de rappeler des choses qui ne concernent pas que les trans' (par exemple, pour rester sur la féminité, qu'il n'est pas nécessaire pour être féministe de chercher à se débarasser totalement de toute ressemblance avec le modèle de la femme, même s'il est effectivement bien de remettre ce modèle en question), ce que j'ai bien aimé dans ce texte est qu'il aborde la question du «privilège masculin» des trans' d'une façon intelligente.

En effet, des féministes reprochent aux femmes trans' d'avoir été élevées comme des garçons et donc d'avoir «hérité» de privilèges masculins.. Face à cela, une réponse facile des trans' est de nier en bloc, car la masculinité n'était pas vue comme quelque chose de positif. Là dessus, Emi Koyama réplique que même si le privilège lié à la masculinité affecte les gens différement, il est peu probable que les femmes trans' soient complètement passées à travers les mailles du filet.

Qu'est-ce que c'est que ce genre de privilèges ? Par exemple, le fait d'être éduqué pour avoir plus confiance en soi, être moins soumis, plus «agressif», etc. Évidemment cela impacte tous les individus différemment ; pour prendre mon exemple personnel, j'ai moins confiance en moi que la plupart des femmes que je connais et je suis assez peu aggressive. Pour autant, je ne prétends pas avoir été éduquée sans retirer aucun bénéfice de mon rôle de garçon : par exemple, mes compétences en informatique dépendent du fait que j'ai eu accès à un ordinateur très tôt, et il n'est pas forcément évident que cela aurait été la même chose si j'avais été une fille à l'époque.

Plutôt que de nier le fait d'avoir reçu une éducation de garçon, le manifeste transféministe part du principe qu'il faut avoir le courage de reconnaître ce fait et de chercher à remettre en cause cette éducation et ce «privilège».

Le manifeste transféministe traite d'autres sujets non moins intéressants, comme le rapport au corps (opérations, hormones, etc.), les problèmes de violence, etc., et propose une approche à mon avis intéressante de la participation des trans' dans le mouvement féministe ; mais c'est sur cette notion de privilège masculin que j'aimerais m'attarder un peu.

Privilège, privilège... Où est le problème ?

Sans vouloir retomber dans la méthode du déni que le manifeste dénonce, on peut se demander : où est le problème ? Je pense qu'il est important de questionner la notion de «privilège», même si c'est quelque chose que j'ai surtout vu sur des blogs et sites anglais. Pour moi, il est très important de faire la différence entre un privilège et une oppression.

Pour reprendre les exemples que j'ai donnés ci-dessus, le fait de savoir me servir d'un ordinateur est sans doute pour partie le résultat d'un «privilège masculin». Est-ce un problème ? Je ne pense pas[4], car le fait que je sache me servir d'un ordinateur ne fait a priori de mal à personne.

À l'inverse, le fait d'être agressif, le fait de couper facilement la parole aux autres, etc. peut rapidement en être un.

La différence entre les deux cas me semblent être que le second n'est pas juste un «privilège» : c'est une oppression. Non seulement il y a un gain personnel, mais surtout il y a un rabaissement des autres.

C'est la même chose pour, mettons, les «privilèges cisgenres» : avoir des papiers d'identité dont le genre correspond au sien en est sans doute un. Pour autant, c'est uniquement si quelqu'un refuse de reconnaître le genre d'une personne trans' qu'il y aura une véritable oppression.

Je pense qu'il faut avoir une conscience des deux, ne serait-ce que pour se rappeler que des groupes moins privilégiés existent ; ainsi, je suis consciente que si je ne me fais jamais demander mes papiers d'identité, c'est en bonne partie parce que je suis blanche. J'ai conscience que si j'ai des chances de trouver un emploi sans trop de difficultés c'est parce que j'ai des parents qui ont pu me payer des études.

Seulement, quand c'est une oppression, il faut aller plus loin : il faut faire le maximum pour ne plus mettre ce comportement en jeu. Que ce comportement ait été acquis par une éducation masculine ou pas ne change au final rien à l'affaire. Si une femme cisgenre monopolise la parole, ce ne sera pas mieux pour les personnes qui doivent se taire que si c'était un homme ; même si, statistiquement, c'est plus souvent les hommes. C'est pourquoi j'aurais tendance à penser qu'il faut remettre en cause ses comportements en cherchant à savoir s'ils sont oppressifs plutôt que s'ils sont masculins ou pas.

C'est peut-être un désaccord que j'ai avec ce que j'ai perçu chez certaines personnes se disant «queer» — même s'il serait hâtif de généraliser étant donné la diversité de choses que peut représenter le terme «queer». En effet il m'a semblé que la remise en cause, la «déconstruction» se portait finalement principalement sur les critères genrés «évidents», du genre les jupes, le maquillage, la coiffure, les gestes, et pas assez sur ce qui est vraiment problématique, c'est-à-dire ce qui est oppressif.

Au contraire, le mot «queer», «déconstruction» ou «réappropriation» peut servir d'excuse à des comportements que j'estime oppressifs. Par exemple le fait de réussir à être extraverti et à proclamer son identité est évidemment une bonne chose ; mais cela ne peut pas servir d'excuse à une monopolisation de la parole. Le fait de déconstruire son aspect soumis et de se réapproprier une certaine agressivité est sans doute positif pour la personne, mais cela ne peut en aucun cas servir d'excuse lorsque l'agressivité est tournée non pas vers l'oppresseur mais vers d'autres opprimés.

Je pense qu'il est nécessaire de lutter contre toute, absolument toute, forme d'oppression ; cela doit bien entendu se faire en respectant l'identité de la personne et non pas en répliquant par une autre forme d'oppression ; par exemple, si une femme trans' monopolise la parole, il me semble qu'il faut le dénoncer ; en revanche s'exclamer que la femme trans' montre en réalité qu'elle est un homme est une autre oppression qui ne vaut pas mieux que la première.

La situation des femmes trans' est sans doute un peu particulière à ce sujet, puisqu'il y a toujours la crainte, l'épée de Damoclès que le moindre comportement un tout petit peu oppressif (ou parfois, même pas) soit immédiatement sanctionné par un verdict de masculinité. Il me semble important de proclamer que nous, femmes trans', avons aussi le droit à l'erreur. Nous pouvons être agressives alors que cela n'est pas nécessaire. Nous pouvons monopoliser la parole. Nous pouvons avoir une réaction sexiste. Nous avons, comme tout le monde, le droit de ne pas être parfait sans voir immédiatement notre identité niée.

Et, comme tout le monde, nous avons le devoir d'apprendre de nos erreurs et de chercher à ne plus les commettre.

Post-scriptum : et les hommes trans', alors ?

Ce texte ne parle pour ainsi dire pas des hommes trans'. Je m'en excuse platement. La première raison est que ce texte est inspiré par d'autres et qu'eux-mêmes parlent en généralent très peu des FtM ; ce n'est pas une bonne excuse.

En dehors de leur invisibilité, c'est peut-être aussi dû au fait que la situation est très différente vis à vis des «privilèges» : un trans' n'a pas eu une éducation avec un privilège masculin ; du coup la question se pose différemment, puisqu'il ne s'agit pas de reconnaître ce privilège mais d'aller à l'encontre de ce qui est la norme pour son genre en refusant de profiter de l'oppression masculine.

Je serais preneuse de plus de lecture sur la façon d'aborder cette question par les FtM, mais il me semble que, dans les deux cas, il s'agit de ne pas prétendre oublier complètement le passé «dans l'autre genre» : dans le cas des MtF, pour affronter lucidement les comportements oppresseurs qui ont pu être issus de l'éducation sexiste ; dans le cas des FtM, pour rester solidaires des femmes, même en n'étant plus identifiés ni reconnus comme tels.

Notes

[1] En tant que française pas très cultivée niveau anglais, je ne connais pas trop la raison du y au lieu du «women» classique ; j'ai cru comprendre que c'était pour que cela ressemble moins à «men», mais je ne suis pas sûre que ce soit l'explication.

[2] Je ne suis pas trop au fait des dernières évolutions, il n'est pas totalement impossible que cela ait changé cette année. De plus, il faut sans doute ajouter un bémol puisque la politique est d'exclure les trans' mais de ne pas chercher à vérifier si une femme est trans' (ce qui pourrait effectivement être humiliant, à la fois pour les personnes trans'... et soupçonnées de l'être).

[3] Le mot «camp» est lié en anglais au camping, il ne s'agit pas d'un camp d'entraînement paramilitaire trans'.

[4] Mon but n'est pas de dire que je n'ai reçu que des «privilèges masculins» qui ne sont pas un problème ; mon éducation de garçon ne m'a certainement pas léguée qu'une attirance pour les ordinateurs ou les jeux vidéos.

jeudi, avril 3 2008

Non mixité

À l'extrême-gauche, quand on s'implique un peu dans les questions féministes, on est souvent confronté, à un moment ou à un autre, à la non-mixité.

Voire, je serais tentée de dire, LA non-mixité.

En effet il n'est en général pas jugé nécessaire de préciser de quelle non-mixité il s'agit, vu qu'il est bien connu qu'il n'y a pas d'autres critères pertinents qui pourraient mériter une non-mixité.

Cette non-mixité, c'est la non-mixité «femmes».

Du point de vue politique, je suis tout à fait pour cette non-mixité. Je pense effectivement qu'il est pertinent qu'un groupe opprimé puisse se regrouper sans individus du groupe opresseur, quand bien même ces individus jurent qu'ils ne peuvent pas être sexistes.

Je trouve que les arguments donnés pour combattre cette non-mixité sont souvent nuls, voire parfois problématiques (par exemple, nier qu'il y ait toujours une oppression sexiste, y compris dans les groupes d'extreme-gauche, je trouve ça problématique).

Ceci étant dit, du point de vue personnel, j'ai toujours très mal vécu cette non-mixité.

Déjà parce que, comme je l'ai dit plus haut, il n'est jamais précisé de quelle non-mixité il peut bien s'agir et je trouve que ça revient à enlever la légitimité des autres formes de réunion en non-mixité, qui pourtant existent parfois sans être assumées (par exemple si on fait un truc spécifique «jeunes» c'est de fait très souvent une réunion non-mixte jeunes.)

Mais ce n'est pas ce qui me gêne le plus, parce qu'on pourrait arguer du fait que le mot de «mixte/non-mixte» renvoie à la question du genre et que par conséquent pour d'autres critères il faudrait d'autres termes. À la limite, peu importe.

Ce qui me gêne surtout, c'est que ce n'est pas précisé comment ça s'applique.

Concrètement, est-ce que c'est une réunion sans hommes ? ou une réunion avec que des femmes ?

Et c'est là qu'on touche à un problème : y compris à l'extreme-gauche, il est très très très très très très très dur de faire admettre qu'il peut y avoir autre chose qu'homme et femme.

Ou plutôt, plus exactement, il est très facile de faire admettre qu'il peut y avoir autre chose qu'homme et femme au moment de signer un texte LGBTI ; le problème est l'application en pratique.

Et accessoirement, se pose une autre question : pour moi, une réunion non-mixte femmes c'est une réunion non-mixte de TOUTES les femmes, y compris les femmes transsexuelles.

Cependant, je sais que ce n'est pas toujours évident pour les personnes qui organisent la réunion. Donc concrètement s'il n'y a pas plus de précision, voir «réunion on-mixte» ou «groupe non-mixte» ça veut dire concrètement angoisser parce qu'on ne sait pas si on va être rejetée ou pas.

Et du coup, en général ça veut dire ne pas prendre le risque et s'abstenir.

Donc voilà, pour moi LA non-mixité à l'heure actuelle c'est nécessaire, mais c'est douloureux.

Sauf parfois, il faut le signaler, les groupes qui disent explicitement que les trans sont acceptées (ou acceptés[1]), ce qui fait du bien.

J'espère qu'à l'avenir ça se generalisera ou que, mieux, il n'y aura plus à se poser la question, mais en attendant, c'est pas toujours évident d'être trans' et féministe.

Notes

[1] L'idée lorsque c'est le cas c'est de dire que les hommes trans, quoique honmes, sont aussi victimes de par leur statut trans' de l'oppression masculine