Tanz den feminismus
Par Elly le vendredi, juin 27 2008, 18:57 - Politique - Lien permanent
Note préliminaire
Ce texte est un projet d'intervention dans le cadre de la réunion du Nouveau Parti Anticapitaliste de ce week-end. J'ai décidé de le publier sur ce blog car il donne mon opinion mais ne concerne pas uniquement la LCR ou le NPA. Je parle certes de la LCR, mais je pense que j'aurais pu remplacer par «l'extrême-gauche» sans trop me mouiller.
Le sexisme, je ne crois pas dire une nouveauté, est intimement lié au capitalisme. En effet, si ce dernier n'a pas inventé le premier, il a su le récupérer et l'instrumentaliser à ses fins.
La répartition inégale des salaires, du travail précaire et à temps partiel, ainsi que des tâches ménagères sont des exemples concrets et bien connus qui montrent le lien entre ces deux oppressions. Ce ne sont pas les seuls: les couples lesbiens sont encore plus particulièrement touchés par la précarité salariale (sans compter les discriminations spécifiques supplémentaires), tandis que nombre de trans' sont dans l'impossibilité de trouver un emploi correct à cause de papiers ne correspondant pas à leur genre. Le sexisme touche même certains hommes puisque eux aussi sont contraints à un rôle genré en fonction de ce qu'ils ont entre les jambes et peuvent être opprimés s'ils en sortent (c'est le cas notamment, mais pas uniquement, des homosexuels).
Bien sûr, les situations sont très différentes entre un homme hétérosexuel qui vit peut-être mal certains aspects de son genre mais conserve une place relativement «privilégiée» du point de vue sexiste, une femme contrainte à un travail précaire et à un surplus de tâches ménagères, un/e homosexuel/le harcelé/e parce qu'il/elle n'est pas un/e «vrai/e» homme/femme, un/e trans' dans l'impossibilité de trouver un travail à cause de papiers dans le mauvais genre, etc. Cependant toutes ces situations ont un point commun, c'est leur cause, c'est-à-dire le sexisme.
Malgré cela, nous avons une certaine tendance à séparer le féminisme des questions LGBTI[1]. Le fait d'avoir des commissions séparées peut se justifier selon le contexte, les traditions de luttes différentes, etc., mais le problème concerne la façon de présenter ces questions.
Une lacune importante du féminisme tel qu'il est porté globalement par la LCR (c'est à dire en particulier en dehors des productions des commissions spécialisées) concerne la notion large de genre ; à la place, on se contente bien souvent de «l'égalité hommes/femmes» (tandis que, de la même manière, les questions LGBTI sont souvent réduites à une question de droits humains).
Or, je pense que l'égalité hommes/femmes est un oxymore. S'il y a une vraie égalité, il n'y a plus de nécessité d'imposer une division hommes/femmes. Dans l'autre sens, tant qu'il y aura une division hommes/femmes, une égalité me paraît impossible.
Je ne remets pas en cause la nécessité de dénoncer et de lutter contre l'opression d'une catégorie de la population ; je ne remets pas non plus en cause la nécessité de s'organiser en tant que groupe opprimé, à condition évidemment que cela se fasse de manière ouverte et pas de manière fermée, en imposant une oppression sur d'autres axes (par exemple en excluant, de manière assumée ou de fait, les femmes non-blanches, trans' ou non-hétérosexuelles).
Cela dit, je pense que cela doit être articulé avec le fait, qu'à terme, on ne veut plus classer les gens selon leur genre. Ce qui ne revient pas uniquement à parler de l'après-révolution et de lendemains qui chantent ; au contraire, cela revient à dire que le féminisme doit se préoccuper aussi, dès maintenant, des personnes «mal genrées», c'est à dire considérées comme n'étant pas de vrais hommes ou de vraies femmes, que ce soit à cause de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur façon de s'habiller, de leur sexe biologique ou de n'importe quoi d'autre. Cela revient aussi à reconnaître dès à présent la légitimité des personnes qui ne se sentent «bien» ni dans le genre masculin, ni dans le genre féminin.
Or, si ce soutien est présent dans la ou les commissions spécialisées, il y a un problème de transmission lorsque cela passe au reste de l'organisation : le droit des LGBTI se réduit alors souvent au mariage et à l'adoption pour les homosexuels, tandis que le droit des femmes devient le droit des femmes cisgenres1 hétérosexuelles. Pire, la LCR (et, même s'il n'a pas encore d'existence réelle, le NPA aussi) reproduit de fait une injonction à être soit «homme» soit «femme», que ce soit via les cartes de membre, nombre de formulaires, etc, mais aussi le fait de s'adresser régulièrement «aux hommes et aux femmes qui...»[2]
Cette question ne concerne pas que certains travelos, camionneuses, folles et autres queers. Il est nécessaire de remettre en cause les arguments essentialistes type «les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus» et, plus largemement, l'assignation à un genre rigide en fonction d'un sexe biologique, bref, la dichotomie homme/femme = mâle/femelle = bleu/rose = attiré par les femmes/attirée par les hommes.
Cela doit être pris en compte par l'ensemble de l'organisation et non pas uniquement par une ou deux commissions spécialisées sur le sujet. Il me semble de plus qu'il faut décloisonner les combats «féministe» et «LGBTI» et essayer d'élaborer une fusion réelle et par le haut de ces luttes (c'est-à-dire, pas juste un phagocytage d'une thématique par l'autre).[3]
Car il ne s'agit pas simplement de défendre le droit des femmes, des gays, des bis, des lesbiennes des trans' et des intersexes, mais aussi d'articuler ces thématiques avec un changement révolutionnaire de la société, qui concerne aussi, par conséquent, les hommes, les hétéros et les cisgenres.
On a beaucoup parlé du «socialisme du 21ème siècle» ; il me semble que, de la même manière, le nouveau parti devra contribuer à la construction du féminisme du 21ème siècle ; un féminisme qui prend en compte toutes les oppressions liées au genre et qui, plutôt que de se construire sur une image fermée et essentialiste de la femme, cherche à instaurer une nouvelle société sans classes, sans genres et sans frontières.
Notes
[1] Lesbiennes, gays, bis, trans' et intersexes.
[2] Je ne remets pas, là non plus, en cause le fait que la composition du Parti doive être sur certains points à l'image de la société, notamment concernant le genre, et qu'il peut être utile d'avoir des statistiques là-dessus (cela dit, il paraît aussi important d'avoir un parti qui ne soit pas constitué uniquement de blancs, et pourtant il serait inconcevable d'avoir une case «race» dans un formulaire...). Mais cela ne doit pas avoir pour conséquence de nier l'existence même, au sein de l'organisation comme dans la société, des personnes «ni hommes ni femmes» et de les «forcer» à choisir entre le rose et le bleu.
[3] Là encore, il ne s'agit pas forcément de préjuger de l'organisation des commissions dans le Nouveau Parti Anticapitaliste, qui ne s'organiseront pas forcément de la même manière que dans la LCR et dépendront de la forme que prendra le parti. Cependant, une forme d'apparition «antisexiste» large, regroupant thématiques fémistes classiques, LGBTI, et tout ce qui pourrait s'y greffer, me semblerait plus pertinente qu'une séparation bien précise des thèmes entre «femmes» et «LGBTI», où de fait les Lesbiennes et les Trans' (au moins en partie) se retrouvent un peu «au milieu», puisqu'appartenant censément aux deux groupes.