Sur les hommes qui aiment les femmes qui ont été des hommes
Par Elly le mardi, juin 17 2008, 21:09 - Politique - Lien permanent
Je suis tombée sur un article en anglais (qu'on peut télécharger gratuitement en PDF ici) intitulé « Men Who Have Sex with Transgender Women: Challenges to Category-based HIV Prevention».
Comme son nom l'indique, il est consacré aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des femmes trans', dans une optique de lutte contre le Sida. Les chercheurs ont interrogé 46 hommes «transphiles» de San Francisco.
Je trouve que certains résultats sont intéressants:
- 23 disaient avoir eu des relations avec des femmes bio, des femmes trans' et des hommes ; 22 avoir eu des relations sexuelles avec des femmes trans' et des femmes bio ; 1 n'avoir eu des relations sexuelles qu'avec des femmes trans'.
J'avoue que je suis un peu étonnée de ne voir aucune personne n'ayant eu de relation sexuelle qu'avec des femmes trans' et des hommes.
- 20 se disaient hétérosexuels, dont dix sans hésitation, alors que d'autres semblent se dirent hétérosexuels mais se rendre compte que ça sort un peu des catégories conventionnelles.
- 14 se disaient bisexuels, là encore avec un clivage entre ceux qui répondent sans hésitation et ceux qui hésitent : «Je ne pense pas en ce terme... Ce serait bisexuel parce que ma copine est trans', alors je la vois comme une fille, donc d'une certaine façon je suis hétéro, mais en réalité je suppose que des gens me rangeraient chez les bisexuels.» Là encore, les auteurs de l'article pointent qu'il semble y avoir une contradiction entre l'orientation sexuelle qu'ils ressentent et celle avec laquelle ils savent être rattachés par un regard extérieur.
- 4 se disaient gay
- 8 refusaient de donner une orientation sexuelle
- Les auteurs dessinent 3 tendances chez ces hommes concernant les «motifs
d'attraction» :
- des hommes qui se décrivent attirés par des individus se trouvant être trans', mais pas par les trans' en général.
- à l'inverse, des hommes qui se sentent spécifiquement attirés aux trans' parce qu'elle remettent en cause la «dichotomie de genre traditionnelle» et «semblent attirés par l'exotisme entourant les femmes transgenres».
- un troisième groupe un peu semblable mais plus attiré par l'aspect physique du corps trans' que par «l'esprit». Un sous-groupe étant attiré par une sorte d'«hyper-féminité» : «les filles trans' sont ultra-sexy, beaucoup plus qu'une femme génétique» ; un autre plutôt par la partie vraiment anatomique : «j'aime les femmes avec des queues. J'aime les tétons et j'aime les queues.»
- Les auteur comparent ensuite ces 3 catégories par rapport aux orientations sexuelles, et ne trouvent pas de lien très forts. En revanche ils trouvent des corrélations entre les préférences sexuelles et l'orientation ressentie.
- Ainsi, 12(/20) des hommes hétérosexuels préfèrent être l'«insérant[1]», tandis que les autres n'émettent pas de préférence ; 12 disent se moquer que leur partenaire soit pré-op ou post-op, tandis que 4 préfèrent les pré-ops et 4 les post-ops
- Chez les bisexuels, 10(/14) préfèrent être l'insérant, tandis que deux n'ont pas de préférence et un préfère être le réceptif.
- Sur les 4 gays, un seul déclare une préférence pour êter l'insérant, les autres n'ayant pas de préférence.
Les auteurs concluent avec une partie plus spécifique sur la lutte contre le VIH et discutent la pertinence de mettre en place des modes de prévention selon les «identités» alors que les comportements ne correspondent pas forcément et que des communautés n'ont pas véritablement formé d'«identité» autour de leur sexualité ; par conséquent des approches ciblant les communautés pourraient ne pas atteindre des groupes à haut risque.
Notes
[1] C'est à dire celui qui pénètre. Le texte anglais parle d'«insertive partner» et j'aime bien ce terme, alors je l'utilise :p