À l'extrême-gauche, quand on s'implique un peu dans les questions féministes, on est souvent confronté, à un moment ou à un autre, à la non-mixité.

Voire, je serais tentée de dire, LA non-mixité.

En effet il n'est en général pas jugé nécessaire de préciser de quelle non-mixité il s'agit, vu qu'il est bien connu qu'il n'y a pas d'autres critères pertinents qui pourraient mériter une non-mixité.

Cette non-mixité, c'est la non-mixité «femmes».

Du point de vue politique, je suis tout à fait pour cette non-mixité. Je pense effectivement qu'il est pertinent qu'un groupe opprimé puisse se regrouper sans individus du groupe opresseur, quand bien même ces individus jurent qu'ils ne peuvent pas être sexistes.

Je trouve que les arguments donnés pour combattre cette non-mixité sont souvent nuls, voire parfois problématiques (par exemple, nier qu'il y ait toujours une oppression sexiste, y compris dans les groupes d'extreme-gauche, je trouve ça problématique).

Ceci étant dit, du point de vue personnel, j'ai toujours très mal vécu cette non-mixité.

Déjà parce que, comme je l'ai dit plus haut, il n'est jamais précisé de quelle non-mixité il peut bien s'agir et je trouve que ça revient à enlever la légitimité des autres formes de réunion en non-mixité, qui pourtant existent parfois sans être assumées (par exemple si on fait un truc spécifique «jeunes» c'est de fait très souvent une réunion non-mixte jeunes.)

Mais ce n'est pas ce qui me gêne le plus, parce qu'on pourrait arguer du fait que le mot de «mixte/non-mixte» renvoie à la question du genre et que par conséquent pour d'autres critères il faudrait d'autres termes. À la limite, peu importe.

Ce qui me gêne surtout, c'est que ce n'est pas précisé comment ça s'applique.

Concrètement, est-ce que c'est une réunion sans hommes ? ou une réunion avec que des femmes ?

Et c'est là qu'on touche à un problème : y compris à l'extreme-gauche, il est très très très très très très très dur de faire admettre qu'il peut y avoir autre chose qu'homme et femme.

Ou plutôt, plus exactement, il est très facile de faire admettre qu'il peut y avoir autre chose qu'homme et femme au moment de signer un texte LGBTI ; le problème est l'application en pratique.

Et accessoirement, se pose une autre question : pour moi, une réunion non-mixte femmes c'est une réunion non-mixte de TOUTES les femmes, y compris les femmes transsexuelles.

Cependant, je sais que ce n'est pas toujours évident pour les personnes qui organisent la réunion. Donc concrètement s'il n'y a pas plus de précision, voir «réunion on-mixte» ou «groupe non-mixte» ça veut dire concrètement angoisser parce qu'on ne sait pas si on va être rejetée ou pas.

Et du coup, en général ça veut dire ne pas prendre le risque et s'abstenir.

Donc voilà, pour moi LA non-mixité à l'heure actuelle c'est nécessaire, mais c'est douloureux.

Sauf parfois, il faut le signaler, les groupes qui disent explicitement que les trans sont acceptées (ou acceptés[1]), ce qui fait du bien.

J'espère qu'à l'avenir ça se generalisera ou que, mieux, il n'y aura plus à se poser la question, mais en attendant, c'est pas toujours évident d'être trans' et féministe.

Notes

[1] L'idée lorsque c'est le cas c'est de dire que les hommes trans, quoique honmes, sont aussi victimes de par leur statut trans' de l'oppression masculine