La LCR, la démocratie et les médias
Par Elly le vendredi, mars 28 2008, 18:14 - Politique - Lien permanent
C'est Le Monde, via un article de Sylvia Zappi, qui a (à ma connaissance) tiré en premier : la direction de la LCR licencie son principal opposant. L'express a repris en le modifiant un peu : la LCR licencie le principal opposant de Besancenot, histoire de «personnaliser» un peu le débat[1]. Libération suit et relance : Soupçons de purge à la LCR après un licenciement.
La LCR a apporté un communiqué de précision, bon voilà.
En gros, récapitulons les faits, que les fidèles lectrices/eurs de ce blog n'ont peut-être pas suivi, ce qui n'est pas un gros manque :
- Picquet était permanent depuis 28 ans.
- Il est aussi membre du bureau politique de la LCR. Il y reste.
- Il animait parallèlement la «minorité» de la ligue. Depuis 2 ans, cette tendance se comportait en fraction publique ; elle l'a assumé véritablement depuis peu.
- La LCR a un nombre faramineux de permanents qui se compte sur les doigts d'une main.
- Comme Picquet ne faisait plus le travail pour lequel il était permanent mais à la place uniquement celui de la fraction «UNIR», la décision a effectivement été prise de revenir sur son statut (tout en faisant en sorte qu'il ne se retrouve pas «à la rue»).
- Parallèlement, afin de clarifier le rapport entre la LCR et sa fraction publique, il a été proposée à cette fraction un poste de demi-permanent, un budget pour permettre les déplacements et un espace hebdomadaire dans le journal «Rouge».
Je trouve l'argument selon lequel c'est une «purge» politique assez faiblard, aussi je ne reviendrais pas dessus. Cependant il y a une question qui peut être intéressante, c'est la comparaison qui a été faite avec une entreprise.
Autrement dit : le pauvre Picquet se fait licencier, alors qu'on est contre les licenciements. Quid ?
Cependant je pense que ce genre de remarque se base sur un présupposé faux, qui est qu'un parti est comparable à une entreprise.
Et si je pense que c'est faux, c'est parce que la décision de «licencier» un permanent après 28 ans me pose aussi problème.
28 ans.
Vingt-huit ans.
Je pense que c'est un problème, et pas qu'il soit licencié : qu'il soit resté près de trois décennies permanent.
Pour moi, pour être vraiment démocratique, il faudrait faire en sorte que les roles de permanent, mais aussi de direction, soit limités dans le temps à quelques années au maximum. Et quand je dis «quelques», ça veut dire largement moins de 28 ans.
On n'est pas des professionnels de la politique ; ou en tout cas, on ne devrait pas l'être. Je ne suis pas fondamentalement contre l'utilisation de permanents, qui me parait plus ou moins nécessaire dans certains cas, Mais il faut mettre des limites.
(Même si, par ailleurs, j'aimerais beaucoup être permanente à vie.)
Et là on voit bien qu'un parti n'a pas grand-chose à voir avec une entreprise : parce qu'évidemment, dans l'entreprise, je ne suis pas pour qu'il y ait des contrats limités à 4 ans au maximum. Ce n'est pas le seul point qui ne correspond pas : je suis contre travailler bénévolement pour une entreprise, alors que je pense évidemment que le militantisme doit être bénévole.
Il y a aussi une bête différence de classe. La grande majorité des militant/e/s de la LCR sont des travailleur/se/s ; c'est nous qui payons, par nos cotisations, les postes de permanents.
Et là-dessus, je trouve que tout le bruit qui se fait (notamment en parlant de purge) pour ce «licenciement» est plutôt insultant pour tous/tes les militants/es qui ne sont pas payé/e/s pour militer et ne le seront pour la plupart jamais.
Notes
[1] Qui devient du coup un peu absurde, puisque Besancenot, lui n'est pas permanent.