Prostitution
Par Elly le samedi, décembre 22 2007, 13:38 - Politique - Lien permanent
Je suis allée jeudi à un débat sur la prostitution. C'était assez... tendu, on va dire.
De manière assez peu étonnante (enfin en tout cas ça m'a pas surprise on va dire), la présentation était abolitionniste et présentait comme la panacée de condamner le client. Le topo était présenté de manière très déconnectée de la réalité, avec des approches philosophiques, psychologiques ou morales mais assez peu centré à mon avis sur des trucs précis.
Il y avait aussi une poignée d'autres personne pour s'étonner de parler aux noms des prostituées sans les inviter, etc. et pour présenter une vision un peu différente: notamment proposer déjà que les prostituées aient des droits minimum, comme la sécurité sociale, la retrait e ou le chomage.
Personnellement c'est un sujet sur lequel j'ai du mal à avoir un avis figé et à rentrer dans les cases «réglementaristes/abolitionnistes/je ne sais quoi». J'avais tendance à me dire abolitionniste, dans le sens où je serais pour que la prostitution disparaisse. Par contrte je pense que s'attaquer à la prostitution sans s'attaquer aux causes (c'est à dire la misère, l'infériorisation des femmes, mais aussi pour les étrangères la situation dans laquelle l'absence de papiers peut plonger) ce serait faire plus de mal que de bien.
Et il y a la question : est-ce que c'est un travail ? Est-ce que c'est un métier comme un autre ?Est-ce qu'il faut que ce soit reconnu ou pas ?
Et j'avoue que je ne sais toujours pas trop.
J'étais allée voir sur le site Les Putes pour avoir un peu l'avis, ben, de putes, en l'occurrence de prostituées qui considèrent que c'est un choix et qui sont indépendantes (pas de proxo). Et à vrai dire j'ai aussi été un peu rebutée par un côté qui est aussi très présent chez les féministes abolitionnistes, le «tu es avec moi ou contre moi» : en l'occurrence les messages du genre «ABOLITIONNISME=RACISTE, ABOLITIONNISME=REVISIONNISME, ABOLITIONNISME=SEXISME» qui fait que ça rend pas forcément la discussion facile (du côté abolitionniste, le fait de dire «t'es reglementariste donc t'es du côté des proxos» ou «puisque cest un métier qu'est-ce que t'attends pour faire le trottoir» permettent aussi une discussion super sereine).
Par contre, ils ont une page avec des mesures concrètes, et là, je trouve ça vraiment bien, complet et radical et à mon avis on ferait vraiment mieux plutôt que de se jeter des anathèmes et de débattre jusqu'à plus soif sur «c'est un métier ou pas» de parler de mesures concrètes et de comment les imposer.
Je ne peux pas m'empêcher de les copier/coller (en les remettant en page)
Putophobie
Une lutte contre le proxénétisme crédible ne peut se faire qu’AVEC les travailleuSEs du sexe et non contre elles ni leurs clients ce qui revient à les pénaliser également. Il s’agit donc avant tout de :
Mettre fin à la répression des premières concernées et de leurs clients.
Reconnaître les réalités du travail sexuel et donc accorder les droits sociaux auxquels ont droit tout travailleur.
Abrogation des lois maintenant les prostituées comme inadaptées sociales.
Intégrer les travailleuSEs du sexe aux prises de décisions politiques, judicières et policières qui les concernent.
Racisme
L’entrave à la liberté de circulation des travailleuSEs du sexe est la principale raison d’endettement pour payer des passeurs, et pire se retrouver piégéEs par des trafiquants.
Régularisation de touTEs les sans-papièrEs.
Droit d’asile pour les femmes et LGBT persécutéEs.
Permis de travail inclus avec le titre de séjour pour conserver le choix de son métier.
Transphobie
Droit au changement d’état civil selon le genre revendiqué afin d’avoir des papiers conformes à son apparence et donc entre autres se présenter sans crainte de discrimination à l’embauche.
La dépsychiatrisation de la transidentité.
L’intégration de la transphobie dans les lois anti-discriminations.
Toxiphobie
Les alcooliques n’ont pas besoin de se fournir auprès de dealers proxénètes. Les autres usagerEs de drogues sont elles réprimées par la loi de 1970.
Légalisation de toutes les drogues.
Libre délivrance pour les personnes dépendantes des produits consommés et dont la qualité est assurée afin d’éviter les risques sanitaires actuels.
Sexisme
Certains proxénètes peuvent être des conjoints violents.
Une loi contre les violences sexistes et conjugales sur le modèle de la loi espagnole.
Lutter contre les inégalités économiques dans le monde du travail en pénalisant fortement toutes les entreprises qui n’appliquent ni la parité au sein de leur conseil d’administration ni l’égalité salariale.
Homophobie
Beaucoup de jeunes Lesbiennes Gays Bis et Trans’ sont chasséEs du domicile de leur famille et se prostituent sans volonté personnelle réelle car n’ayant pas d’autres solutions de ressources.
L’égalité des droits.
Des lieux d’accueil communautaires pour les LGBT SDF.
La possibilité de choisir une nouvelle famille d’accueil homoparentale.
L’éducation contre les discriminations à l’école.
Âgisme
Le droit à la retraite pour les travailleuSEs du sexe.
La création de maisons de retraite pour les prostituées âgées souvent n’ayant plus de revenus car n’ayant aucun droit et exclues par leur entourage et les personnes de leur âge.
le droit de cotiser auprès d'organismes de retraite complémentaire sans aucune forme de discrimination
Pauvreté
Le travail ne relève souvent pas d’une volonté propre mais d’une violence subie au profit d’un patron. Il faut donc protéger et améliorer les quelques droits sociaux permettant de survivre sans travailler.
Augmentation de tous les minimas sociaux.
Pas d’imposition des revenus du travail clandestin qui ne bénéficie d’aucune couverture sociale. Pas de devoirs sans droits !
Droit à l'assurance chômage en cas d'arrêt de son travail.
Logement
Quand il faut payer une nouvelle chambre d’hôtel toutes les nuits la contrainte économique au travail s’en trouve considérablement augmentée.
Suppression de toutes les clauses de bonne moralité dans l’accès au logement.
Application de la loi de réquisition des logements vides.
Reconnaissance du travail sexuel et de ses revenus dans l’acquisition d’un logement.
Suppression des clauses sur le proxénétisme hôtelier qui renvoie les prostituées à la clandestinité et les obligent à payer des chambres à des logeuses pour des prix 3 à 5 fois supérieurs à ceux du marché.
Insécurité
Quand la police insulte, raffle, humilie et tabasse il faut trouver d’autres protecteurs.
Abrogation de la LSI excepté l’article pénalisant les violences homophobes.
Formation des services de police et de justice par des travailleuSEs du sexe quant aux réalités du travail sexuel.
Instauration d’un numéro vert spécial relié à la police pour les putes, pédés et salopes en cas de violences ou de craintes de violences lors de rencontres sexuelles et permettant des interventions directes contre nos agresseurs.
Mise en place de systèmes d’alarme reliant les travailleuSEs du sexe au commissariat le plus proche du lieu de travail.
Embauche de femmes, LGBT et minorités au sein de la police.
Protection des lieux de dragues et de sexualité en plein air.
Santé
Tous les autres travailleurs peuvent bénéficier de congès durant les périodes où ils sont malades. Beaucoup trop d'entre nous préfèrent continuer à travailler pour ne pas perdre de revenus.
Accès gratuit à tous soins sanitaires, gynécologiques, psychologiques et de prévention vih/sida.
Mise à disposition gratuite de matériel de prévention.
Programmes de prévention en direction des travailleuses du sexe et de leurs clients donc via les médias généralistes et grands publics car c'est le seul moyen d'accéder aux clients qui ne se reconnaissent pas dans des identités minoritaires, et réalisés par des travailleuses du sexe.
Droit de souscrire à une complémentaire santé à tarif raisonnable sans aucune discrimination par rapport à notre métier ou notre statut sérologique.
Droit au congès maladie.
Application des lois sur la sécurité et contre la mise en danger des employés sur leur lieu de travail concernant le les tournages de films pornographiques et donc obligation du port du casque comme pour tous les métiers dangereux.
Personnellement je trouve ces propositions dans l'ensemble vraiment bien (ça fait un peu programme d'urgence :p) et en partant de là il me semble qu'on pourrait vraiment avoir des discussions constructives sur le sujet pour pouvoir ensuite passer à la question concrète : se mobiliser pour faire bouger les choses.
Parce que les discussions philosophiques jamais suivies d'aucune mobilisation concrète, perso, ça me broute.