Mon approche de l'écriture
Par Elly le mercredi, janvier 30 2008, 11:36 - Littérature - Lien permanent
Je n'ai pas trop développé dans le passé l'aspect «écriture» sur ce blog ; c'est quelque chose que j'ai l'intention d'essayer de faire un peu plus dans l'avenir.
Pour commencer, voici un petit billet qui résume un peu ma théorisation (politique) sur ma façon d'écrire.
Ce que j'écris
J'écris avant tout dans le domaine dit des «littératures de l'imaginaire», ce qui regroupe en gros le fantastique, la science-fiction et la fantasy. Pour l'essentiel mes textes se déroulent soit :
- directement dans un monde imaginaire de «fantasy», avec dragons, etc.
- dans un monde qui ressemble au nôtre mais avec des élements irréels dont l'existence est parfois ambigue (on ne sait pas si c'est vrai ou une hallucination d'un personnage, par exemple) et parfois pas.
Je distinguerais principalement trois points «d'impact» entre écriture et politique dans mes textes, que je développerai ci-dessous : la parodie, la visibilité des LGBTI et, évidemment la lutte de classe.
Parodie
Il y a souvent un aspect humoristique dans mes textes parce que j'aime bien parodier des choses existantes. C'est particulièrement vrai dans les textes de «fantasy», comme «Elfe noire & démon rouge». Cela peut ne pas paraître vraiment politique à prime abord mais cela peut le devenir.
Cela pour la simple raison qu'un certain nombre de clichés et de stéréotypes me semblent réactionnaires. La fantasy en regorge particulièrement, entre les rois forts et héroïques, les peuples de monstres dégénérés inhumains qui veulent détruire les belles civilisations blanches, l'aspect très manichéen...
En ce sens la parodie peut être un moyen de dénoncer ces stéréotypes et de les détourner pour proposer autre chose à la place. Je vois donc là un aspect politique non négligeable.
Il ne faut cependant pas ignorer les limites de ce procédé. D'abord, le fonctionnement par parodie n'est pas toujours compatible avec le fait de garder une histoire un minimum sérieuse pour que le lecteur se sente plongé dedans.
Accessoirement, je me demande finalement si la parodie n'est pas qu'un moyen de faire semblant de faire du neuf avec du vieux... certes, on retourne certains clichés et on en détourne d'autres, mais à l'arrivée il y a un risque, si on se contente de ça, que le fond de l'histoire reste finalement le même.
Je ne me verrais pas écrire de longs textes entièrement parodiques. En revanche en avoir quelques éléments me semblent être un moyen agréable de se moquer ou de critiquer certaines choses tout en allégeant l'atmosphère.
Visibilité des lesbiennes-gays-bis-trans-intersexes
Un nombre non-négligeable de mes personnages sont lesbiennes, gay, bi, trans et/ou intersexes (bon, techniquement il n'y a pas encore d'intersexe visble). Cela n'est pas anodin et, il y a là encore, un aspect politique.
Cela pour la simple et bonne raison que l'identification à des personnages, notamment de fiction, me paraît être un aspect important de la construction d'un indvididu. Le fait de ne pas avoir de modèle auquel s'identifier est embêtant.
Par conséquent il me paraît important qu'il y ait des protagonistes qui soient autre chose que l'homme blanc cisgenre hétérosexuel. Pour les LGBTI cela me semble encore plus nécessaire parce que c'est une identité qui se «découvre» et où on n'a pas forcément de modèle de proches dans la famille : contrairement par exemple à un enfant noir, pusque ses parents sont a priori noirs aussi, sa famille, etc. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas nécessaire que les noirs et toutes les soi-disant «minorités» soient eux aussi représentés dans la fiction (et, là dessus, je pense que j'aurais beaucoup à revoir au niveau de la diversité dans mes textes). Simplement, pour avoir vécu une période de doute concernant mon identité trans', il me semble qu'avoir une référence, un personnage auquel m'identifier (qu'il soit fictif importe peu) m'aurait aidée.
En particulier, il me semble important de ne pas présenter, comme c'est trop souvent le cas, ces personnes comme uniquement définis par leur identité homosexuelle, trans', etc., mais au contraire de montrer qu'on est aussi et sans doute avant tout autre chose et que c'est finalement normal.
Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faut tomber dans l'excès inverse et ne pas parler du tout d''homophobie, de racisme ou de sexisme et faire comme si cela n'existait pas, que les personnages étaient parfaitement acceptés.
Lutte de classe
Pour finir, la façon d'analyser le monde joue aussi un rôle évident lorsqu'on écrit. Je n'enlève pas mon étiquette de «marxiste» lorsque je commence à écrire. Mon analyse, ma façon de voir les choses reste la mienne et cela se traduit forcément dans mes nouvelles ou romans : ainsi la lutte de classe ou l'impérialisme seront en général plus présentés comme source de conflit que les guerres de civilisation ou le fait que telle race soit belliqueuse.
Je ne cherche pas forcément spécifiquement à faire passer telle ou telle idée politique, mais le fait de «baigner» d'être militante fait aussi que lorsque je lis, vis ou entends un truc intéressant sur telle grève ou telle révolte je vais parfois m'en inspirer pour un roman.
J'ai parfois tendance à un peu trop en mettre et j'ai conscience que cela peut être indigeste, surtout que je ne suis pas Ken Loach. En général j'épure pas mal à la relecture, notamment les débats politiques directs entre personnages (dans la version initiale du roman de fantasy que je suis en train de terminer de relire, un personnage citait directement Trotsky ; même si je trouve que c'était amusant et que la citation était bien, je l'ai supprimée par la suite).
Conclusion
Voilà, j'ai expliqué un peu comment je voyais l'articulation entre la poltique et l'écriture. C'est évidemment très personnel et pas nécessairement généralisable à d'autres personnes.
Au final, j'estime que je ne peux pas séparer l'écriture de fiction d'un militantisme politique et donc mes textes contiennent forcément un minimum cet aspect. Il y a un risque, évidemment, c'est qu'il devienne plus important que l'histoire et la phagocyte en la rendant inintéressante ; mais je pense qu'il peut aussi la nourrir et l'améliorer.
En tout cas, j'espère :o