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  <title>Red is still undead - Tag - fantastique</title>
  <link>http://red.reveries.info/</link>
  <description>Und34d Sovi3tic Tranny !

Notes politiques ou non d'une militante trans' de la LCR.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 28 Aug 2008 00:11:52 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Mes écrits : créatures de rêve</title>
    <link>http://red.reveries.info/post/2008/06/17/Mes-ecrits-%3A-creatures-de-reve</link>
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    <pubDate>Tue, 17 Jun 2008 00:26:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Elly</dc:creator>
        <category>Littérature</category>
        <category>alys</category><category>fantastique</category><category>nouvelle</category><category>trans</category><category>écriture</category>    
    <description>&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;http://red.reveries.info/tag/nouvelle&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;texte&lt;/a&gt; que je voudrais présenter
aujourd'hui s'appelle &lt;a href=&quot;http://reveries.info/courtes/creatures_de_reve/dl/html/creatures_de_reve.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Créatures de rêve&lt;/a&gt;. Il reprend le personnage d'Alys que vous
avez déjà pu croiser dans &lt;a href=&quot;http://red.reveries.info/post/2008/05/20/Mes-ecrits-%3A-Dehors&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;une nouvelle précédente&lt;/a&gt;. Elle est aussi disponible en
&lt;a href=&quot;http://reveries.info/courtes/creatures_de_reve/dl/creatures_de_reve.pdf&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;PDF&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois dire que, pour l'instant, c'est ma nouvelle que je préfère
personnellement, à la fois parce qu'elle parle de sujets que j'aime bien, avec
un personnage avec lequel j'étais à l'aise pour l'écrire (contrairement à
Dehors où je n'étais pas encore très rôdée) et avec une structure scénaristique
que je trouve pas trop mauvaise, alors qu'a posteriori en général je trouve la
structure de mes textes longs un peu faibles.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’Alys entra dans le PMU, tous les regards se tournèrent immédiatement
vers elle. Il faut dire que la clientèle était essentiellement masculine et
qu’elle attirait un peu l’attention, avec ses longs cheveux blonds, son mètre
quatre-vingt, sa petite jupe en treillis noir, ses bas résille et ses rangers
aux lacets rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les regards jugèrent bon de revenir là où ils étaient quelques
secondes plus tôt, parce que la jeune femme avait une façon de vous regarder
dans les yeux qui mettait mal à l’aise la plupart des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys alla près du bar, laissa tomber à terre un gros sac de voyage et
s’assit sur un tabouret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous faites quoi, à bouffer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pas grand chose, répondit le barman. Il me reste des sandwiches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Un jambon-beurre, alors. Et puis une bière. Et un paquet de clopes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— On vous a pas appris à dire « s’il vous plaît », d’où vous
venez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Nan. On m’a pas appris grand-chose, à vrai dire », répliqua Alys en
souriant. « Désolée. Alors... S’il vous plaît ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quelle marque, pour les cigarettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Les moins chères. S’il vous plaît. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que le barman lui eut apporté ses cigarettes, sa bière et son
sandwich, Alys se mit à manger. Le pain était un peu rassis et la bière était
tout juste buvable, mais ça remplissait l’estomac. Un type à côté d’elle tenta
péniblement de la draguer pendant qu’elle avalait son repas, mais elle lui
prêta à peine attention, concentrée qu’elle était sur sa tâche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, elle alluma une cigarette et demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dites, ça fait un bail que je ne suis pas venue dans ce coin... pour
aller vers Longsil, c’est par où, déjà ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques secondes, le silence se fit. Alys souriait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ne répondez pas tous en même temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Qu’est-ce que vous voulez aller faire là-bas ? » demanda le type qui
avait essayé laborieusement de lui faire la cour. « Vous êtes
journaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pas franchement. Je veux juste aller faire un tour dans ce bled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il n’y a plus personne, à Longsil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je sais. Et alors ? Ça ne me fera pas de mal, d’être seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— La ville hantée », répliqua mystérieusement un vieil homme assis près
d’elle, le regard dans le vide. « Il y en a qui n’en sont jamais
revenus. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys souriait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il paraît, ouais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous êtes journaliste, hein ? reprit celui qui lui avait déjà posé la
question. Une fouille-merde qui espère pouvoir pondre un article dans une
feuille de choux de la capitale en exhumant un passé douloureux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— En même temps, soupira la jeune femme, quand bien même je serais une
chasseuse de fantômes attirée par le nouvel eldorado du paranormal, qu’est-ce
que ça peut vous foutre ? Vous espérez peut-être me vendre une
carte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je voudrais que vous évitiez d’aller là-bas. Vous n’y trouverez rien de
bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Franchement, j’y comptais pas trop. Malheureusement, il paraît que j’y
suis née. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys finit par trouver quelqu’un pour lui indiquer la route de Longsil. Par
contre, il n’y eut personne pour la prendre en stop. Alors, elle marcha durant
un peu plus de deux heures, son sac à dos sur les épaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement pour elle, le ciel était gris, mais il ne pleuvait pas. Elle
arriva enfin à l’embranchement qui menait vers son village natal. Il devait
encore lui rester trois kilomètres à parcourir : grosso-modo, une rivière
à traverser et une colline à gravir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait de rivière, il ne s’agissait que d’un ruisseau. Il devait y avoir eu
plus d’eau dans le passé : le pont qui l’enjambait paraissait ridiculement
surdimensionné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des barrières étaient censées empêcher les gens de le traverser, mais elles
avaient été déplacées pour permettre à une voiture de passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys se demanda une fraction de seconde qui pouvait bien vouloir aller
là-bas, puis elle haussa les épaules et continua son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu’un, à cet instant, avait disposé de pouvoirs surnaturels pour voir
le contenu du sac de la jeune femme – ou, plus simplement, si celle-ci avait
déballé tout ce qu’il contenait –, il aurait remarqué, entre un bâton de rouge
à lèvres et une console de jeux portable, une certaine quantité de photocopies
d’articles de journaux qui dataient des deux dernières années.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus anciens avaient des titres tels que « Catastrophe à
Longsil » ou « Effondrement de la dernière mine d’or de France ».
Ensuite, les titres étaient du genre « Une disparition mystérieuse »,
« Nouvelle disparition à Longsil » ou encore « Le nouveau
triangle des Bermudes », selon le type de journaux. Il y avait eu des titres
plus racoleurs, mais la jeune femme n’avaient pas conservé les articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait beaucoup de traces de stylo rouge sur les articles, mais elles
étaient pour la plupart peu pertinentes. La seule qui mérite vraiment d’être
mentionnée est un dessin de Jésus en bondage sur la Croix ; les autres
n’avaient comme unique intérêt que d’illustrer les difficultés de concentration
de la gribouilleuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’impression que quelqu’un d’autre s’était dirigé récemment vers le village
fut confirmée quand, un peu avant d’y arriver, Alys tomba sur une voiture
arrêtée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’intérieur, sur le siège du conducteur baissé au maximum, elle apercevait
quelqu’un qui semblait dormir. Elle jura. Il fallait tout de même être
complètement débile pour s’endormir dans un bled que tous les ploucs du coin
qualifiaient de « ville hantée ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys ne savait pas si le patelin était rempli de fantômes, mais en tout cas
parler de ville lui paraissait exagéré. Déja, « village », c’était assez
généreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dévissa l’antenne de la voiture et s’en servit, en la passant entre la
vitre et le caoutchouc du joint, pour ouvrir la portière ; puis elle
s’assit du côté passager et vérifia que la personne qui se trouvait dans
l’autre siège vivait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dormait, simplement. Elle essaya de le secouer un peu pour le réveiller
et constata qu’elle n’y parvenait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne parut pas surprise outre mesure puisqu’elle se contenta de hausser
les épaules, de baisser son siège et de fermer les yeux à son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’elle se réveilla, il faisait nuit, il pleuvait des cordes et l’homme
à côté d’elle n’était plus là. Elle tourna la tête et l’aperçut alors grâce à
la lumière de la pleine lune. Il était à quelques dizaines de mètres de la
voiture, en train de courir vers elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrière lui, trois ombres le poursuivaient en aboyant. Alys espéra qu’il
s’agissait bien de chiens et pas... d’autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils gagnaient du terrain. L’homme eut dix mètres d’avance, puis cinq, puis
trois. Alys ouvrit la portière et il plongea à l’intérieur avant de la refermer
précipitamment. Le premier chien se cogna contre la carrosserie avec un choc
sourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Eh ben, constata la jeune femme, c’était chaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Qui vous êtes, vous ? demanda l’homme, haletant et trempé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et qu’est-ce que vous faites là ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pour l’instant, je me contente de te sauver la peau. Sacrés molosses,
hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais. Putain, je ne sais pas d’où ils sortent. Il n’y avait personne ce
matin. Je crois qu’il vaudrait mieux se tirer d’ici. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tourna la clé de contact, mais la voiture n’émit qu’un bruit pathétique
avant de caler. Il réessaya à trois reprises : ça ne fonctionnait pas
mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À mon avis », dit Alys, obligée de parler fort à cause du bruit de la
pluie sur la carrosserie, « on est coincés ici. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se retourna et entreprit de passer entre les deux sièges pour aller sur
la banquette arrière. Au bout de quelques contorsions, elle y parvint et se mit
à fouiller dans le coffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous cherchez quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je sais pas. Arrête de me vouvoyer, tu veux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— D’accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est quoi, ton nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Stéphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ah, super.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mon prénom ? demanda Stéphane, un brin étonné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, ça », expliqua la jeune femme en sortant la manivelle destinée au
cric.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et tu comptes faire quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, ça. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ouvrit la portière arrière droite et balança un coup de chaussure dans
la tête du premier chien à lui sauter dessus, ce qui lui donna assez de temps
pour se lever et envoyer un coup de manivelle dans le suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane entendit encore quelques coups, suivis de jappements pitoyables
venant des molosses qui l’avaient poursuivi. Puis Alys se rassit sur le siège
avec un large sourire sur le visage et du sang sur les vêtements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je crois que les toutous ne nous embêteront plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Euh... ouais », lâcha Stéphane, impressionné. « Je crois que tu as
raison, elle ne redémarrera pas. Qu’est-ce qu’on fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Toi, je sais pas. Moi, j’ai un truc à régler dans ce bled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— On devrait peut-être rester ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais. Si tu veux que je continue à te protéger, effectivement, il
vaudrait mieux que tu restes avec moi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys et Stéphane s’approchaient lentement du village, à cause de l’obscurité
et peut-être aussi de l’appréhension de ce qu’ils allaient y trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcher dans la boue, sous des trombes d’eau, n’est jamais quelque chose de
très agréable, mais c’était pire avec l’atmosphère oppressante. Stéphane avait
essayé de se protéger un peu en prenant un k-way dans la voiture, tandis
qu’Alys se moquait complètement d’être trempée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suis venu dans l’après-midi, expliqua le jeune homme. Il n’y avait
rien. Je ne vois pas d’où sortent ces chiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et tu venais faire quoi, ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mon frère est mort dans l’accident de la mine, il y a deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est juste que... je ne l’avais jamais connu. J’ai été adopté. J’ai
entendu dire que tout, là-bas était resté... comme avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— T’espérais quoi ? Fouiller son passé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne sais pas. Découvrir mes racines. Et toi ? Qu’est-ce que tu
viens faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Un peu la même chose, mais dans l’autre sens. Mon psy m’a dit que je
devais tuer le père.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pardon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais. Il m’a dit : monsieur Vermont, parce que ce connard m’appelle
monsieur, vous êtes un homosexuel refoulé, selon Lacan et Freud, bla bla bla,
vous n’avez pas tué le père. Connard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hum, fit Stéphane sans trop comprendre. D’accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Parce que j’ai un pénis, expliqua Alys. Alors il croit qu’il peut
m’appeler monsieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Heu. Ah, fit le jeune homme. Tu es... transsexuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Nan. Je suis transgenre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est quoi la différence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Jamais trop su, mais au moins j’arrive à l’écrire. Transsexuel, j’ai
jamais su s’il fallait mettre un « s » ou deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ah. Et sinon, pourquoi tu continues à le voir, ce psy ? S’il
t’emmerde tant que ça ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne continue pas à le voir, en fait. Mais c’était le seul de l’endroit
où j’étais et il fallait que je le voie pour avoir mes médocs. Je ne pouvais
pas trop me tirer, de là où j’étais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Waw, lança Stéphane en rigolant. Ta façon de le dire, on croirait que
c’était une prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais, répliqua Alys. C’est peut-être parce que, techniquement, c’était
une prison. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane déglutit, réalisa qu’il avait commis une bourde et se demanda
comment la rattraper. Il décida de changer subtilement de sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et ton histoire de père à tuer...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je suis amnésique, en fait. J’ai appris que mon père vivait dans ce
bled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, fit le jeune homme. Je vois. En fait, tu es venue essayer de retrouver
la mé... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne termina pas sa phrase, car Alys lui avait attrapé le bras pour le
forcer à s’arrêter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ne bouge pas avant que je te le dise, chuchota-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Qu’est-ce qu’il y a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Regarde sur l’arbre. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme plissa les yeux et parvint à distinguer, malgré l’obscurité
et la pluie, une ombre à forme d’oiseau posée sur une branche. Une sorte de
corbeau, peut-être, sauf que c’était plus grand et que ça avait l’air plus
menaçant. La bête se tourna vers lui et le dévisagea avec des yeux rouges
brillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane sentit son cœur se glacer d’effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On va avancer doucement, fit Alys. En suivant le chemin. Si on ne
court pas, il ne nous fera pas de mal. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit un petit signe de tête, heureux que la personne avec qui il était s’y
connaisse autant en animaux. Puis ils avancèrent tous les deux en essayant de
se faire aussi petits que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d’une dizaine de mètres, l’oiseau hurla, quitta son perchoir et se
jeta sur eux, les serres en avant. Stéphane se protéga le visage avec le bras
et ferma les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’il les rouvrit, il aperçut le corbeau en train de toucher le sol sans
aucune grâce. Il avait rebondi contre la manivelle d’Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transgenre bloqua l’animal en l’écrasant avec le pied, puis lui planta
son outil dans le crâne avec un sourire vicieux. Stéphane avait envie de
vomir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu avais dit qu’il ne nous attaquerait pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne me souviens pas avoir dit ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu as dit qu’il ne nous ferait pas de mal, protesta le jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais. Je n’ai pas dit qu’il n’essaierait pas. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils finirent par arriver au village, sains et saufs quoique complètement
trempés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À partir de maintenant, chuchota Alys, il vaudrait peut-être mieux
éviter de faire du bruit. On a de la chance qu’il pleuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pourquoi ? demanda Stéphane. Il n’y a plus personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais, ouais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et quand bien même, répliqua le jeune homme. Si on pouvait trouver de
l’aide, pour la voiture... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys soupira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si tu veux aller demander de l’aide, vas-y seul. Moi, je préfère ne
pas être repérée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— N’empêche qu’il n’y a personne. Le village est interdit d’accès à cause
des risques d’effondrements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est ça. Suis-moi. Et silence. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane obéit, un peu piteusement. Il ne comprenait pas la paranoïa de la
jeune femme, mais il n’avait aucune envie de rester seul dans ces bois ;
surtout que c’est elle qui avait gardé la manivelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils tournèrent dans quelques rues et ne mirent pas énormément de temps pour
arriver à destination. Le village n’était vraiment pas grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys s’arrêta devant un bâtiment de quelques étages dont le rez-de-chaussée
avait brûlé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une moitié de porte en bois, noircie par le feu, bloquait toujours l’entrée.
Alys essaya de la pousser doucement, mais elle ne s’ouvrit qu’avec un
grincement bruyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme grimaça, puis fit signe à Stéphane de la suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Merde, chuchota-t-elle. Tout a brûlé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— On est où ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’était le syndicat des mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Comment tu sais ça, au fait ? Tu n’es pas censée être
amnésique ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transgenre lui jeta un regard mauvais destiné à lui faire comprendre que
ce n’était pas le genre de questions qu’on posait à une personne qui avait
perdu la mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je me suis un peu renseignée avant. Viens, on monte au premier. Ici,
on peut nous voir de la rue. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane suivit Alys à travers les détritus qui traînaient sur le sol du
local, content de ne plus être sous la pluie. Des escaliers en pierre avaient
été léchés par les flammes mais ils tenaient toujours et leur permirent
d’accéder au premier étage. Stéphane constata qu’une simple porte, juste après
les escaliers, séparait le local syndical d’un logement ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, il y avait quelque traces de brûlé sur les murs proches de l’escalier,
mais le reste paraissait intact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On peut parler normalement, maintenant ? demanda Stéphane après
qu’Alys eut refermé la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je pense, oui. Viens, on monte, on verra mieux là-haut. Et n’allume pas de
lumière. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane soupira, énervé par le comportement de la jeune femme. Cela dit il
était peu probable qu’il y eut encore du courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suivit Alys jusqu’à une chambre exiguë sous les toits. Elle s’agenouilla
à côté de la fenêtre et lui fit signe de venir le rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu vois l’église, là-bas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle était au bout d’une rue par laquelle ils n’étaient pas passés pour
venir, à une centaine de mètres de la maison, peut-être un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu vois la lumière ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane dut se concentrer pour apercevoir la faible lueur qui filtrait du
vitrail, mais il finit par acquiescer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alors, il n’y a personne, hein ? demanda Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne comprends pas. Tout à l’heure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tout à l’heure, tu n’es pas venu ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je suis allé à l’église, je n’ai...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pas tout à fait cette église.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quoi ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane ne comprenait pas. Alys soupira et chercha ses mots quelques
instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu es allé faire un tour dans le village. Et ensuite, tu t’es endormi
dans la voiture, n’est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui. Je me suis réveillé et j’ai voulu y retourner pour aller
chercher...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non. Tu ne t’es pas réveillé. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane fronça les sourcils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu veux dire qu’on est dans un rêve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Plus ou moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Alors, je vais me réveiller ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais. Il vaut mieux que tu croies ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Écoute, je... protesta le jeune homme. Ça ne tient pas debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Crois ce que tu veux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Cela dit, tu as raison, c’est flippant, cette ambiance. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys haussa les épaules, l’air manifestement assez peu flippée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je ne sais pas. Moi je trouve ça assez excitant, les ombres qui
rôdent dehors, la pluie qui tombe, et nous, à l’intérieur, finalement
relativement protégés... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle approcha son visage de Stéphane, qui était un peu étonné, et aussi
peut-être réticent à embrasser une femme qui risquait d’avoir un peu trop
d’attributs masculins à son goût.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys posa tout de même ses mains sur son cou. Le jeune homme allait dire
quelque chose, mais il perdit connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le rattrapa avant qu’il ne tombe et le traîna jusqu’au lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je te dirais bien de faire de beaux rêves, lâcha-t-elle, mais il
vaudrait peut-être mieux que tu te réveilles de celui-là d’abord. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle redescendit ensuite les escaliers et sortit de la maison. Il lui fallut
quelques fractions de seconde pour se réhabituer à la pluie glaciale. Son truc,
c’était d’imaginer qu’il faisait beau et chaud, mais ça n’était pas
terriblement efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fit une dizaine de mètres, tourna au coin de la rue, avança encore un
peu, et arriva là où elle le voulait, c’est-à-dire devant la maison de Bernard.
C’était un chasseur, alors il devait bien y avoir un fusil chez lui. Elle
savait qu’il s’était sorti vivant de l’accident de la mine, alors il n’y avait
pas trop de risque de tomber sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un observateur aurait pu s’étonner qu’Alys en sache autant tout en étant
amnésique. La jeune femme s’était vraiment bien renseignée avant de venir dans
ce village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver le fusil dans la maison ne fut pas bien difficile, car il était
exposé sur le mur du salon, à côté d’une tête de cerf empaillé très kitsch.
Trouver des munitions se révéla un peu plus dur : il fallut une dizaine de
minutes à Alys pour trouver le tiroir où elles étaient rangées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, elle repartit rapidement vers le logement où elle avait laissé
Stéphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu’elle allait tourner au coin de la rue, quelqu’un l’attrapa
vigoureusement par les épaules et la plaqua face au mur, en lui plaçant une
main sur la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys entendit des bruits de pas et vit trois ombres passer sans les voir à
côté d’elle et de la personne qui l’avait empêchée de se faire repérer
bêtement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis cette personne la relâcha et elle put se retourner. En face d’elle, il
y avait une jeune femme aux yeux verts brillants et aux cheveux longs, noirs
et, surtout, manifestement secs malgré la pluie torrentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu n’es pas réelle, hein ? constata Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tsss. Ce n’est pas très poli de dire ça. Est-ce que j’ai fait remarquer
que tu n’étais pas une vraie femme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— La vraie femme, moi j’y crois pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu crois que je crois en la réalité ? Bon, ça te dirait qu’on aille
causer de ça ailleurs ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je m’appelle Alys », expliqua Alys une fois qu’elles furent rentrées
et installées dans une chambre au chaud. « Enfin, c’est pas mon vrai nom,
mais j’ai oublié l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je m’appelle Laura. C’est pas non plus mon vrai nom. Le vrai, c’est pas
que je m’en souvienne pas, mais il est un peu imprononçable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et qu’est-ce que tu viens faire là ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je te sens un peu agressive. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys aussi se sentait un peu agressive. Elle avait prévu que les choses
seraient pénibles, mais elle avait en plus eu droit à un boulet dans les pattes
et rencontrait encore un autre élément qui allait sans doute perturber ses
plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant qu’elle ait jamais eu de plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pourtant, reprit Laura, si tu réfléchis, on devrait s’entendre. Toi,
t’es pas tout à fait réellement une femme. Moi, je suis une femme pas tout à
fait réelle. Autant dire qu’on est pareilles, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mouais. Moi je vois surtout que je suis une gauchiste matérialiste et que
t’es une flic onirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tsss, s’offusqua Laura. Je préfère définir ce que je fais comme de la
« dialectique onirique ». Mon travail, c’est de faire en sorte que les
choses ne se passent pas trop mal quand les rêves et la réalité se chevauchent
un peu. Dans la mythologie grecque, on nous appelait les Oneiroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hum, fit Alys qui n’avait jamais trop étudié la mythologie grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Étymologiquement, Oneir ça veut dire le rêve, et Oi, ben, la Oi !,
quoi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’étymologie approximative de la jeune femme onirique réussit à faire
sourire Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« D’accord. On va peut-être pouvoir s’entendre. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon, expliqua Laura. Qu’est-ce que je fais là, alors ? Tu auras,
je suppose, remarqué que cette ville est coincée quelque part entre le rêve et
la réalité, entre la vie et la mort...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est une ville trans’, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mouais », fit la jeune femme onirique qui ne paraissait pas très
convaincue par la pertinence de la remarque. « Le problème, c’est surtout
que des gens se retrouvent, ni morts, ni vivants, coincés dans ce
cauchemar. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un moment de silence. Laura paraissait réfléchir et Alys ne
l’interrompit pas. À la place, elle retira ses chaussures et son tee-shirt
trempé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le problème, reprit l’oneiroi, n’est pas que cette ville se trouve
entre le rêve et la réalité, même si en général on n’est pas censés tolérer ce
genre de cas. Le problème, c’est que c’est devenu un cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Des gens ont disparu, ajouta Alys. Ou ne se sont pas réveillés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Voilà. Tout ça pour dire que je veux faire arrêter ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tout ça pour ça, soupira Alys. Je me doutais que tu ne venais pas cueillir
des fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— D’accord, d’accord. Tu me laisses finir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Accouche, alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’ai vite compris que la source de ce cauchemar se trouvait dans la mine.
Nous, les rêves, on sent un peu ce genre de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’était pas non plus très dur à deviner, répliqua la transgenre. C’est
depuis l’accident de cette mine que ce village est désaffecté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— De là où je suis, expliqua Laura, je ne peux pas vraiment le savoir. En
tout cas, j’ai essayé d’y aller, seulement il y a quelque chose, ou quelqu’un,
qui m’empêche d’approcher. Quelque chose ou quelqu’un qui arrive à se protéger
des rêves... et au final, je ne suis que ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pas grave, fit Alys en allumant une cigarette avec son Zippo. Moi, je ne
suis pas un rêve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu serais prête à aller là-bas ? Je n’ai aucune idée de ce qu’il y
aura dessous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je n’ai pas peur des rêves. Et puis, je pense que mon père est
là-bas. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laura hocha la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Peut-être. J’ai cru comprendre que tu étais amnésique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ah, fit Alys. C’est donc toi qui nous espionnait. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oneiroi parut un peu désarçonnée et regarda son interlocutrice avec un air
dubitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu m’avais repérée ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, répliqua la jeune femme en souriant. Mais je peux prétendre que
si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh. Maligne, hein ? Je me disais, en tant qu’amnésique, tu dois
forcément avoir un tatouage ou une cicatrice qui te donne un indice sur ton
passé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’ai bien un tatouage, répliqua Alys, mais il n’est pas très
mystérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je peux le voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, il est pas super bien situé...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys haussa les épaules, se leva et tourna le dos à la jeune femme
onirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et puis, si tu en as envie... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle leva sa jupe et baissa un peu son slip pour montrer sa fesse droite à
Laura, qui la regarda d’un air curieux et gourmand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tatouage était une petite étoile à cinq branches dont la moitié gauche
était rouge et la moitié droite noire. Un symbole de l’anarchisme plus sexy sur
une fesse que le A dans un cercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Effectivement, constata l’oneiroi. Ce n’est pas très mystérieux. Mais
c’est mignon. Et je le trouve au contraire très bien situé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est bon ? Je peux me rhabiller ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hum », fit Laura en posant une main sur le tatouage et l’autre sur le
ventre nu d’Alys, en dessous de sa poitrine. « Je me disais que je n’avais
jamais fait ce que à quoi je pense avec une fille comme toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Si c’est ce que j’ai entre les jambes qui t’intéresse, tu vas être déçue.
Depuis que je suis sous hormones mes érections sont...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— On est un peu dans le monde des rêves. Même si t’avais quatre-vingt-dix
balais, ça ne serait pas un problème. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane mit un certain temps à émerger de son sommeil et plus encore à se
décider à se lever. Ce fut un affreux mal de crâne qui le motiva à essayer
d’aller chercher de l’aspirine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il descendit les escaliers en titubant, s’appuyant lourdement sur la rampe,
et aperçut un pied nu d’Alys par l’entrebâillement de la porte d’une chambre.
Voulant voir si la jeune femme était éveillée, il poussa le battant d’un
mouvement qui se voulait léger et réalisa, d’une part, qu’elle ne dormait plus
et, d’autre part, qu’elle n’était pas seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme aux cheveux sombres qui se tenait à côté d’elle semblait
assoupie, elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hum, fit Stéphane. Désolé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— ’Lut. Bien dormi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hum... Euh... Qu’est-ce qu’il s’est passé, en fait ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys se gratta les cheveux, se remémora les évènements de la veille et
arbora un sourire légèrement gêné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oh. Je t’ai mis K.O. Je pensais que tu te réveillerais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hummm ? fit Laura en se retournant, avant de se mettre la tête sous
un oreiller pour isoler un peu ses oreilles de la source de bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je veux dire, reprit Alys, te réveiller dans le monde réel. Mais
apparemment, tu es toujours là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Euh, fit Stéphane en décidant de ne plus chercher à comprendre. Ouais.
C’est qui, au fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle s’appelle Laura. C’est une flic onirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— ’Chui pas flic, marmonna l’oneiroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle va nous filer un coup de main pour sortir de ce cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne comprends pas trop de quoi tu parles... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys soupira et lui jeta un regard las.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu vas vraiment être le boulet de service, hein ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane sentait que le gramme de paracétamol que lui avait donné Alys
commençait à faire effet : il n’avait presque plus mal à la tête. Le fait
de prendre une douche chaude aidait peut-être aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait été surpris, puis enchanté, de voir que la maison abandonnée depuis
des années avait encore de l’eau chaude, surtout alors qu’il n’y avait pas
d’électricité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne chercha cependant pas à étudier en détail le fonctionnement de
l’installation, préférant se demander dans quel pétrin il s’était fourré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’abord, il y avait eu Alys. Ensuite, cette Laura. Qui était-elle
donc ? D’où sortait-elle ? Et pourquoi l’autre, qui lui avait fait
tous ces sermons paranoïaques pour ne pas qu’ils se fassent repérer, avait
ramené dans leur abri la première fille qu’elle avait croisée ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était un cauchemar, songea Stéphane. Il n’avait pas tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme retrouva les deux femmes dans le salon. Elles étaient assises
sur un canapé percé et étaient en train de manger des biscottes, sans se
préoccuper de savoir de quand elles dataient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane inspira et exposa le plan qu’il avait préparé devant le miroir, en
se rasant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je pense qu’il faudrait retourner à la voiture. Même si on n’arrive
pas à la faire redémarrer, on n’aura qu’à faire le chemin à pied jusqu’à la
départementale... Il y aura bien quelqu’un pour nous prendre en stop
après... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’était en fait pas véritablement motivé par son idée car, s’il faisait
maintenant jour, il pleuvait toujours des cordes dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes façons, la proposition n’avait pas l’air d’enchanter Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Non, répliqua-t-elle simplement. On va aller faire un tour à la
mine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quoi ? » s’exclama le jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois jeunes gens marchaient sous la pluie et Stéphane grelottait de
froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il trouvait un peu injuste d’être le seul à paraître ne pas se moquer de
l’eau qui leur tombait dessus. La pluie ne semblait effectivement pas déranger
Alys, qui ne cherchait même pas à éviter les flaques. Quant à Laura, elle était
toujours parfaitement sèche, ce qui n’aurait tout simplement pas dû être
possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme avait récupéré la manivelle, pour pouvoir se défendre en cas
d’attaque, tandis qu’Alys portait le fusil sur l’épaule. Comme s’ils allaient à
une étrange partie de chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Écoutez, fit Stéphane. La mine a été détruite il y a deux ans, dans
l’accident. Ça ne sert à rien de...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il y a eu une explosion. Tout s’est effondré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Dans la réalité, oui, répliqua Alys. Pas ici. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane soupira et se demanda si c’était la jeune femme qui était folle, ou
si c’était lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est normal de trouver ça bizarre, le réconforta Laura en posant une
main sur son épaule. La plupart du temps, les rêves sont moins...
réalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mouais, grommela le jeune homme sans paraître très convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et, accessoirement, la plupart du temps, on ne risque pas de ne jamais
s’en réveiller. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« On est arrivés », expliqua Laura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane s’approcha du rocher qui leur bouchait la vue. La jeune femme
onirique, tout comme Alys, avait insisté pour qu’ils fassent un détour afin de
ne pas se faire remarquer et, cette fois-ci, il n’avait pas protesté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oh, oh », chuchota Stéphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrebas, la mine était effectivement toujours présente, et des rails
s’engouffraient dans l’entrée. La veille, pourtant, il était venu et avait
observé l’éboulement qui bloquait la voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était à n’y rien comprendre. Ou alors, pire, il commençait à se demander
s’il ne comprenait pas de mieux en mieux ce qu’il se passait. Si c’était le
cas, ça ne lui plaisait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu vois, murmura Alys en se plaçant à côté de lui. La mine est
toujours là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je vois, répliqua un Stéphane lugubre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et ça, vous le voyez ? » demanda Laura en tendant un doigt vers
l’entrée de la grotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chariot en sortait, poussé sur les rails par deux hommes en habits de
mineurs : ils portaient une vieille tenue bleue noircie par la terre et un
casque muni d’une lampe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon, fit Laura. Je ne pourrai pas m’approcher beaucoup plus de la
mine. Vous allez devoir vous débrouiller sans moi à partir de maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mais comment on peut entrer ? demanda Stéphane, tandis que les
mineurs continuaient à pousser leur wagonnet. S’il ne faut pas qu’on se fasse
remarquer... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, effectivement, il ne tenait pas à se faire remarquer. Il y avait quelque
chose d’inhumain dans les deux hommes. Leurs vêtements avaient l’air de ne pas
avoir été lavés depuis des années et ils avaient un regard vide, presque
mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ben, fit Alys en attrapant son fusil, il y a une technique plutôt
rodée, pour ce genre de cas, non ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane regarda la jeune femme sortir de la cachette offerte par le rocher
et se diriger nonchalamment vers les deux mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oh non, souffla-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle ne va quand même pas faire ça ? demanda Laura. Remarque, ça
pourrait marcher. C’est dans les vieux pots...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je n’y crois pas, coupa Stéphane. Elle... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle venait d’assommer les deux hommes coup sur coup, avec la crosse de son
arme. Elle entreprit ensuite de les déshabiller et enfila une tenue bleue. Elle
conserva néanmoins ses rangers aux lacets rouges, espérant que dans l’obscurité
de la mine personne ne les remarquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon alors, tu viens ? » lança-t-elle à Stéphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu sais, expliqua Laura au jeune homme qui rechignait à enfiler une
veste bleue qui ne sentait pas très bon, tu n’es pas obligé d’y aller...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne suis pas très courageux, répliqua Stéphane, mais quand même. Je ne
vais pas la laisser y aller seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Comme tu veux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et puis, ce n’est qu’un rêve, si j’ai bien compris. Ce n’est pas comme si
je risquais quelque chose. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laura grimaça, et interrogea Alys du regard. Cette dernière se contenta de
hausser les épaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il vaut sans doute mieux que tu crois ça, ouais. Bon, il faut que
vous trouviez ce qui est à l’origine de ce cauchemar...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— ... et qu’on le détruise, compléta Alys. Pas compliqué.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Faites gaffe. Quand ce sera fait, sortez vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais, fit la transgenre en dissimulant son fusil à l’intérieur du
chariot. Je ne comptais pas m’éterniser, de toutes façons. Tu es
prêt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Autant qu’on puisse l’être, répliqua Stéphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bon, alors on y va. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laura regarda les deux apprentis mineurs pousser ensemble leur petit wagon
vers l’entrée de la mine et lâcha un soupir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s’en voulait un peu. Ce n’était pas très sérieux, de laisser les
rêveurs faire le boulot à sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu’il pénétrait dans la mine et que ses yeux essayaient de s’adapter à
l’obscurité — le bon côté, c’était qu’au moins il n’y avait plus de pluie —,
Stéphane, qui gardait la tête baissé, demanda à sa coéquipière, en
chuchotant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Au fait, tu as prévu un plan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, on suit les rails ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys et Stéphane avançaient depuis quelques minutes lorsqu’ils croisèrent un
chariot qui se dirigeait vers l’entrée. Ils baissèrent tous les deux la tête et
espérèrent que les deux autres mineurs ne leur adresseraient pas la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n’avaient pas vraiment l’air d’être en état de parler, songea la jeune
femme. S’il y avait eu une échelle de la vie et de la mort, avec tout en haut
le jeune humain en bonne santé et tout en bas le squelette décomposé, ils
auraient peut-être été légèrement au-dessus des zombies, mais ce n’était même
pas évident car, dans les derniers films du genre, ces derniers étaient un peu
moins crétins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon. Jusqu’ici, tout va bien. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys regretta instantanément d’avoir dit ça. Dans ce qui ressemblait à un
rêve de série B, c’était à peu près aussi malin que d’annoncer qu’on était à
deux jours de la retraite quand on était un policier qui s’apprêtait à
désarmorcer une bombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Eh, toi ! » lança une voix qui venait sur sa gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne se tourna pas, espérant que, par miracle, l’homme ne s’adressait pas
à elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Toi ! répéta l’homme. Viens voir par ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Moi ? demanda enfin Alys, toujours sans montrer son visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, toi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle obéit, à contrecœur, et s’approcha de l’homme. Il n’avait pas la peau
décharnée, un œil sans orbite ni même un teint spécialement livide, mais
l’ensemble lui donnait tout de même un air de parenté avec un cadavre ambulant.
Alys n’avait jamais lu Aristote, mais elle trouva tout de même que le tout
était plus mort que l’ensemble des parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je ne t’avais pas demandé d’aller me ramener..., commença l’homme
d’une voix traînante. Hé mais ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une rapidité surprenante vu son apathie quelques secondes plus tôt, le
contremaître attrapa Alys par le col et l’envoya contre un mur situé sur sa
droite. Le casque de la jeune femme tomba au sol, dévoilant ses cheveux
blonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une femme ? » s’étonna l’homme, puis il ne chercha plus à
comprendre et commença à l’étrangler avec une force surhumaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transgenre songea en essayant de se débattre que c’était bien une des
rares fois qu’elle aurait préféré qu’on la prenne pour un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu’elle se demandait — sans paniquer, parce qu’elle ne voyait pas
l’intérêt de paniquer pour des détails techniques — comment elle allait faire
pour sortir de ce mauvais pas alors que même les coups de genoux dans les
testicules semblaient sans effet, le contremaître s’effondra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la place de l’homme se tenait Stéphane avec la manivelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bien joué, fit simplement Alys en se dirigeant vers leur chariot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’ai eu un bon prof.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu sais, je crois qu’on ne va pas passer inaperçus longtemps », ajouta la
jeune femme en attrapant le fusil qui était resté dans le chariot. « Du
coup, on devrait peut-être passer au plan B ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il y avait un plan A ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, admit Alys. Donc, j’allais proposer qu’on fonce vers le Boss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Le Boss ? protesta Stéphane. On n’est pas dans un jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Le patron, quoi. Mon père.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Euh... Et tu veux qu’on fonce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vers où ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys prit un air pensif : ils se trouvaient effectivement dans une
grande salle où débouchaient trois tunnels en plus de celui par lequel ils
étaient venus. Ensuite, elle arbora un sourire joyeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Fastoche. Quand il y a un choix, ma politique c’est de prendre le
plus à gauche. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Écoute, fit un Stéphane essoufflé tandis qu’ils cavalaient dans le
couloir. Ça me... paraît quand même... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne termina pas sa phrase, car il vit un mineur de dos à quelques mètres
devant eux. L’homme devait les avoir entendu courir ou parler, car il
commençait à se retourner lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’il eut terminé sa manœuvre, il se retrouva nez à nez avec le fusil
d’Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À ta place, murmura cette dernière, je ne ferais pas trop de
bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Heu- eur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’ai juste une question à te poser. Si t’es capable de répondre. Où est
votre patron ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mineur eut l’air de se concentrer horriblement pour essayer de comprendre
la question, puis il arbora un sourire joyeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Derre... heuurr... vous... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys et Stéphane se retournèrent, d’un geste synchrone. Il y avait une
dizaine de mineurs derrière eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, surtout, il y avait un homme d’une cinquantaine d’années, peut-être
soixante, qui portait un superbe costume noir qui contrastait terriblement avec
les vêtements sales et usés de ses employés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mathieu, Mathieu, Mathieu... lâcha celui qui ne pouvait être que
monsieur Vermont. Je suis heureux de voir que mon fils daigne passer me voir
après toutes ces années, mais tout de même. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys leva le fusil vers son père d’une seule main et lui fit un sourire
malveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je ne suis plus ton fils. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, elle tira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tête de monsieur Vermont partit en arrière. Du sang gicla par terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le corps ne s’écroula pas. Au lieu de cela, lentement, le propriétaire de
la mine ramena la tête en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait un trou rouge en plein dans le front, mais il souriait comme si de
rien n’était.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Allons, allons. Tu croyais vraiment que ce serait si
facile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, je dois dire que j’espérais un peu. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Vermont claqua dans ses doigts et Alys comme Stéphane se
retrouvèrent immobilisés en quelques secondes. Le jeune homme eut les deux bras
bloqués par le mineur que la transgenre avait menacé plus tôt, tandis que deux
hommes arrachaient le fusil de cette dernière et la neutralisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son père s’approcha d’elle, lentement, ses chaussures brillantes grinçant
sur le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, une fois qu’il fut en face d’elle, il fit un signe aux hommes, qui la
lâchèrent. Et il lui envoya un coup de poing qui l’envoya au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Que tu abandonnes ta famille, c’était déjà méprisable », lâcha-t-il
tandis que les deux hommes la relevaient et l’immobilisaient à nouveau.
« Que tu te travestisses, c’est juste... ridicule. Mais que tu viennes
essayer de gâcher mon rêve...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ton rêve ? répliqua Alys. Le terme « cauchemar » serait
plus approprié.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quelle importance ? soupira le quinquagénaire. C’était la seule façon
de préserver ce village. La mine ne pouvait plus tenir... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il haussa les épaules et s’approcha d’un mineur auquel il fit un signe de la
tête. L’homme s’inclina respectueusement et sortit un couteau imposant de sous
sa veste bleue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sans la mine, continua, Vermont en revenant vers Alys, il n’y avait
plus de village. Mais ça, évidemment, tu t’en fous. Enfin, peu
importe... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il écarta la veste bleue et fit glisser son couteau sur le tee-shirt de
celle qui avait été son fils. Cette dernière baissa la tête pour suivre le
parcours de la lame, montrant plus de curiosité que de crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu sais, reprit le quinquagénaire, voir que son fils a des seins...
Quelle déchéance, pour un père. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys haussa les épaules. Elle n’avait en réalité qu’un début de poitrine et
espérait que les hormones féminines qu’elle prenait n’avait pas terminé de
faire leur effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cela n’a plus d’importance maintenant, reprit son père. Tu avais
raison. Tu n’es plus mon fils. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il lui planta le couteau en plein dans le cœur. Alys gémit un peu,
sans hurler, tandis qu’un filet de sang coulait de sa bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il n’y a pas que notre histoire personnelle, tu sais. Ce...
cauchemar, comme tu dis, a besoin de sang neuf. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il fit signe à ses hommes de lâcher la jeune femme, une fois
encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré le couteau dans le cœur, elle resta debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vermont lui jeta un regard surpris. Elle lui envoya un coup de tête et ce
fut lui qui tomba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane profita de la diversion pour se dégager d’un coup de coude et
plongea sur le fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patron de la mine essaya de se relever, mais reçut un coup de pied dans
l’estomac et retomba au sol, cette fois-ci sur le dos. Alys s’assit sur la cage
thoracique de son père pendant que le jeune homme tenait les mineurs en
respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quoi ? demanda la trans’ avec un sourire mauvais. Tu croyais que
tu étais le seul à pouvoir tirer avantage des rêves ? Crétin. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle retira le couteau de sa poitrine, envoyant un peu de sang sur le visage
de son père.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu croyais tirer avantage de ce rêve, hein ? Assouvir ton
appétit pour l’or, ta soif de pouvoir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’était le village, qui comptait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Conneries. Tu as vu ce que tu as fait du village. La vérité, c’est que tu
voulais te servir de ce cauchemar, alors que c’est lui qui se servait de toi.
Tout est fini. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’un geste sec, elle égorgea l’homme. Le sang coula, beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu sais quoi ? Je suis bien contente d’être amnésique. J’aurais
pas vu l’intérêt de me souvenir d’un type pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’était ton père, tout de même, protesta Stéphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— En fait, j’ai menti. Ce n’est... » commença la jeune femme avant de
s’arrêter en fronçant les sourcils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui semblait aussi qu’il faisait plus sombre que quelques secondes plus
tôt. Elle baissa les yeux et vit que le sang qui coulait de la gorge de son
père était maintenant noir profond et non plus rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu avais raison, gamine », fit une voix désincarnée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys vit une forme noire se dégager par la bouche, la gorge, le nez de celui
qui avait été son père.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je lui ai donné ce qu’il voulait et en échange j’ai utilisé sa foi.
Et maintenant, il y a toi. Toi, qu’est-ce que tu veux ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys ouvre les yeux. Elle est dans sa maison. Elle réalise que tout ce
qu’elle vient de vivre n’était qu’un rêve. Un rêve étrange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tourne la tête vers le réveil numérique. Il est un peu plus de neuf
heures. Elle décide qu’il est temps de se lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle commence par s’asseoir. Elle est nue, entièrement nue ; seul un
drap blanc couvre sa poitrine généreuse et son sexe. Elle a les cheveux longs,
qui lui descendent jusqu’au milieu du dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hum », fait-elle en se grattant la tête, parce qu’elle repense au
rêve qu’elle a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis elle se lève et va sous la douche. L’eau chaude coule sur sa peau. Elle
se sent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de la douche, elle se regarde quelques instants dans le miroir et
sourit, un beau sourire brillant qu’on pourrait utiliser pour vendre des
dentifrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis elle hausse les épaules et se brosse les cheveux en oubliant qu’elle a
rêvé qu’elle avait un pénis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys est en peignoir lorsqu’elle sort dans le jardin. Le soleil brille. Les
oiseaux chantent. Elle sent l’herbe sous ses pieds nus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est un beau jour. Elle se sent bien, heureuse, épanouie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une table en fer blanc, il y a un pichet de jus d’orange frais et
quelques croissants. Assis à cette table, un homme, beau et bien rasé. Il
l’attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle l’embrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu as bien dormi ? demande-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, mon amour. J’ai juste fait un rêve absurde. Enfin, je ne m’en
souviens déjà plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu veux un croissant ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys sourit et s’assoit en face de son mari. Elle attrapa une viennoiserie
et se sert un verre de jus d’orange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu es si attentionné...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est parce que je t’aime. Et puis... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il baisse son regard vers le ventre de sa femme. Elle sourit. Elle est
enceinte et cela commence à se voir un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Autant l’habituer à de bonnes choses... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tend la main vers son mari, qui pose la sienne dessus. Il lui caresse
un peu le pouce. Elle se sent heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je t’aime, chérie. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sourit. Il sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il ne sourit plus. Il faut dire qu’il se trouve face au canon d’un
pistolet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon », lâche Alys avec un sourire qui, utilisé dans une publicité
pour dentifrice, entraînerait probablement la démission immédiate du
responsable communication de la marque ainsi qu’une nouvelle jurisprudence sur
les images pouvant choquer les enfants. « On arrête les frais ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut brièvement une flamme jaune intense pendant qu’Alys s’allumait une
cigarette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu croire qu’elle était seule, dans l’obscurité. En réalité, bien
que le terme soit probablement mal choisi, elle était avec le cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je sais que ça peut paraître surprenant à des gens qui pensent que
mon seul but dans la vie devrait être d’obtenir un vagin, mais il se trouve que
je suis très bien comme je suis. Et puis, c’est quoi cette histoire d’être
enceinte ? J’ai jamais pu cadrer les gosses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je pourrais... commença le cauchemar d’une voix qui paraissait faible et
hésitante. Je pourrais te proposer tant d’autres choses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Va chier, répliqua simplement la jeune femme. Je ne crois pas aux
rêves. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys se retrouva à nouveau dans la mine, allongée par terre, à côté de son
père mort. Elle se releva et remarqua que tout le monde gisait au sol, inanimé.
Stéphane avait l’air de rêver ; il bougeait dans son sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme lui tapota la joue et essaya de le réveiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Stéphane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hummmm ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il faut qu’on y aille. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un grondement sourd et elle sentit la terre vibrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ouais, ajouta-t-elle en aidant Stéphane à se lever. Il faut vraiment
qu’on y aille. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils clopinèrent sur une dizaine de mètres, croisant quelques mineurs qui
semblaient se réveiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce que tu as dit, à propos de ton père... Que tu avais menti...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Le vrai Mathieu Vermont est mort, expliqua Alys. Son père ne pouvait pas
le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mais... pourquoi être venue ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme hausse les épaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La ville avait besoin de... », commença-t-elle, mais Stéphane ne
l’écoutait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’était précipité vers un mineur en s’exclamant « Antoine ?
Antoine ! ». Alys soupira, mais cette diversion l’arrangeait un peu. La
vérité, c’était qu’un détenu lui avait raconté une histoire avant de mourir et
qu’elle avait voulu voir le fond de la chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas par bonté d’âme. Pas par quête de la vérité. Uniquement parce qu’elle
s’ennuyait, qu’elle n’avait rien de mieux à faire et qu’une ville fantôme, ça
lui avait semblé cool. Elle sentait au fond d’elle-même que ça ne serait pas
forcément pris pour une raison très valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il faut y aller ! fit-t-elle. La mine va s’effondrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est mon frère ! répliqua le jeune homme en aidant un mineur à se
relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous discuterez dehors, alors, fit Alys en l’aidant à soutenir le mineur.
Il faut vraiment qu’on sorte. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys fut un peu déçue. Elle estimait qu’ils auraient dû sortir de la mine de
justesse, pendant qu’elle se serait effondrée au fur et à mesure de leur
avancement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En réalité, elle tenait toujours debout lorsqu’ils eurent atteint la sortie.
Laura les attendait, assise sur un rocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane s’écarta un peu et alla discuter avec son frère. Il n’avait pas
l’air d’aller très bien, constata Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évidemment, pour quelqu’un qui était mort deux ans plus tôt, c’était un peu
normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bravo, fit Laura tandis que les deux frères parlaient. Tu t’en es
bien sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— On s’en est bien sortis. Il n’a pas juste été le boulet de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Qu’est-ce qu’il va se passer, maintenant ? Pour eux deux ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme onirique haussa les épaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’un est vivant. L’autre est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est... triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne sais pas. Au moins, ça lui aura permis de connaître son frère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je suppose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Dis, fit Laura en caressant les cheveux d’Alys. La prochaine fois que tu
veux un rêve érotique... appelle-moi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transgenre sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’y penserai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Au fait, Alys...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il faudrait que je te présente un chat. Vous vous entendriez à
merveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Si tu le dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bon, fit Laura en tournant la tête vers la mine, qui commençait enfin à
s’effondrer sérieusement. Je crois que ça se termine. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle approcha ses lèvres de celles d’Alys. Et le rêve disparut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys ouvre les yeux. Elle écarte une mèche de cheveux qui lui était tombée
sur la bouche. À son côté, Stéphane bâille. Puis il tourne la tête vers elle,
surpris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’est-ce que vous faites là ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Arrête de me vouvoyer », répond simplement Alys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane hausse les épaules et décide que si la jeune femme a passé la nuit
à dormir à côté de lui, c’est qu’il est peu probable qu’elle soit une voleuse
ou une tueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est drôle, dit-il. Je sais que j’ai fait un rêve, mais je l’ai déjà
oublié. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alys lève les yeux au ciel et elle décide de s’allumer une cigarette, parce
que c’est ce qu’elle fait en général quand elle se réveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est drôle. Moi, je m’en souviens plutôt bien. »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Voilà voilà.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond de l'histoire, je dois admettre avoir été inspirée du film
«Silent Hill» ; même si le passage entre l'univers «réel» et «onirique»
n'est pas propre à ce film ou ce jeu et que j'ai déjà une nouvelle un peu du
même genre située peu ou prou dans le même univers, puisqu'elle implique elle
aussi Laura en tant que «flic onirique» qui devrait être publiée... un jour.
Peut-être.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu un peu de mal à bien sentir «l'univers», cela dit, et l'équilibre
entre le rêve et la réalité, quelle est la réalité du rêve, etc. Dans ce cadre,
le personnage d'Alys joue le role de médium puisqu'elle est capable
d'appréhender les deux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit j'ai lu pas mal de trucs sur le lien supposé ou avéré entre
shamanisme et transgenre (en bref, certaines tribus amérindiennes étaient plus
tolérantes vis à vis des écarts au bon genre quand il s'agissait de leurs
sorciers) et j'avoue que du coup ça me faisait un peu chier de donner
l'impression de jouer là-dessus. Ne serait-ce que parce que je ne vois pas Alys
comme une sorcière ou une shaman, au contraire : telles que je vois les
choses, elle est desespérement incrédule et bornée, et c'est bien parce qu'elle
a assez de force pour ne PAS croire au rêve qu'elle s'en sort indemne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon je suis vraiment contente du cauchemar qui propose à Alys un rêve où
elle est devenue «normale», et même enceinte, et où elle refuse complètement ça
en l'envoyant chier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en train de bosser sur un roman plus long avec Alys, mais
malheureusement 'jai un peu du mal. J'ai voulu faire un truc plus policier que
fantastique et je me rends compte maintenant que c'ets peut-être dommageable.
Je suis un peu tentée par tout jeter à la poubelle et repartir de zéro, mais
d'un autre côté j'ai déjà fait ça trois fois et je commence à en avoir
marre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il n'y a que cette nouvelle que j'ai vraiment réussi avec elle. Ça
doit être ça, d'écrire avec des caractérielles bornées.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://red.reveries.info/post/2008/06/17/Mes-ecrits-%3A-creatures-de-reve#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Mes écrits : la faux et le marteau</title>
    <link>http://red.reveries.info/post/2008/04/19/Mes-ecrits-%3A-la-faux-et-le-marteau</link>
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    <pubDate>Sat, 19 Apr 2008 20:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Elly</dc:creator>
        <category>Littérature</category>
        <category>fantastique</category><category>guerre</category><category>nouvelle</category><category>écriture</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Pour continuer &lt;a href=&quot;http://red.reveries.info/tag/nouvelle&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;sur les textes que j'ai
écrits&lt;/a&gt;, cette semaine ce sera &lt;a href=&quot;http://reveries.info/courtes/mort/html/mort.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;La faux et le
marteau&lt;/a&gt;, qui est une nouvelle assez courte, que je peux donc me permettre
de copier ici.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Colin regardait les déserteurs alignés contre le mur lorsqu’il
s’aperçut de la présence de la femme, au bord de son champ de vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du moins, il pensait que c’était une femme, mais elle avait un physique
plutôt androgyne. Si le colonel Colin ne l’avait jamais vue par le passé, il se
serait demandé ce qu’elle faisait là, mais il avait déjà eu l’occasion de la
croiser de nombreuses fois sur le champ de bataille. Quand bien même cela
n’aurait pas été le cas, le fait qu’elle était appuyée contre une faux dont la
lame était au sol aurait pu lui donner une idée de son identité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Colin se rappelait avec beaucoup de détails la première fois
qu’il avait vu la Mort. C’était pendant son service militaire, lorsqu’il avait
abattu un terroriste du coin qui voulait s’en prendre à son régiment avec un
cocktail molotov. Il n’avait aperçu la Faucheuse que pendant peut-être un quart
de seconde, mais l’image s’était gravée sur sa rétine à vie, et il n’avait
jamais douté de ce qu’il avait vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa carrière militaire, il l’avait recroisée à de nombreuses
reprises. Pour ce qu’il en savait, il était le seul à être capable de la voir.
Il considérait cela comme une sorte de privilège, et aimait à penser qu’il
avait une sorte de lien avec elle, peut-être en raison du nombre importants
d’ennemis qu’il lui avait envoyés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, le colonel sourit brièvement en voyant la Faucheuse
assister à l’exécution, puis il se mit à lister les noms des déserteurs et les
raisons de leur condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils étaient environ une vingtaine. Non seulement ils avaient refusé de se
battre, mais avaient carrément sympathisé avec les soldats ennemis. Le colonel
prononça quelques phrases dont il fut assez fier pour humilier les traîtres à
leur patrie, puis il donna l’ordre d’exécution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des condamnés, plus brave ou plus illuminé que les autres, commença à
répondre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je pisse sur la patrie ! Tous les hommes sont... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase car une balle l’atteignit
entre les deux yeux, et il s’écroula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel jeta un coup d’œil satisfait et s’apprêtait à donner l’ordre de
ramasser les cadavres lorsqu’il entendit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« ... frères. Si les voleurs qui sont au pouvoir... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut de nouvelles détonations et le condamné qui avait manifestement du
mal à mourir se tut à nouveau. Avant de reprendre, en commençant à se
relever :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« ... veulent piller un autre pays, qu’ils le fassent... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle salve. Le colonel constata avec horreur que l’homme n’était pas le
seul à se relever, mais que tous les fusillés semblaient encore en vie, malgré
les trous dans leur peau et le sang qui coulait de partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« ... eux même », termina l’homme, non sans difficulté, car une balle
lui avait perforé la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était maintenant debout, tandis que les autres condamnés finissaient de
se relever. Un certain nombre des soldats qui avaient assisté au spectacle
avaient déjà lâché leur arme et pris leurs jambes à leur cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Colin alla se planter en face de la Mort, qui était toujours
appuyée contre sa faux, et lui demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon sang ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi ils ne
meurent pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous pouvez me voir ? demanda la Mort, manifestement étonnée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Évidemment, sinon je ne vous parlerais pas ! s’emporta le colonel.
Qu’est-ce qu’il se passe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il se passe, expliqua calmement la Mort, que je suis en grève.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quoi ? demanda le colonel. Vous ne pouvez pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Si, je peux. Vous savez combien de morts vous m’avez envoyés depuis les
cinq dernières années ? Vous avez idée du travail que ça demande ?
Alors, voilà. Je suis en grève. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les morts, ou en tout cas ceux qui auraient dû l’être, s’approchaient
lentement du colonel, mais celui-ci ne leur prêta pas attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous n’avez pas le droit ! s’emporta le colonel alors qu’un
non-mort posait sa main sur son épaule. Je vous ordonne de reprendre le
travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh ? fit la Mort. Vous m’ordonnez ? Dans ce cas,
d’accord. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s’empara de sa faux au moment précis ou un non-mort mordait le colonel
au cou.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;A noter que c'est une version légèrement raccourcie du texte initiale, qui
concluait une conclusion supplémentaire qui ne rajoutait pas grand-chose. Je
voulais le mettre aussii mais manque de pot, je ne le retrouve plus /o\&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte date un peu (bon le précédent aussi, soyons honnête), et je l'avais
écrit un peu comme ça, sans trop me prendre la tête. Bizarrement, j'ai eu pas
mal de retours positifs dessus quand je l'ai posté sur &lt;a href=&quot;http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre16853.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;InLibroVeritas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul je pense que l'aspect intéressant c'est justement qu'il est
court et basé sur une idée (la Mort qui fait grève), contrairement à beaucoup
d'autres de mes nouvelles qui servent finalement plus à &amp;quot;tester&amp;quot; si un
personnage peut faire des histoires intéressantes et pour commencer à m'y
familiariser. Du coup fatalement en général en tant que nouvelles elles sont
pas forcément géniales. Bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon sur ce texte je vois pas trop commenter étant donné que l'interprétation
est assez directe. La seule chose que je peux dire c'est que j'ai été inspirée
par un couplet de l'Internationale dont je suis vraiment fan :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les rois nous saoulaien de fumée, paix entre nous, guerre aux tyrans.
Appliquons la grève aux armées, crosse en l'air et rompons les rangs. S'ils
s'obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros, ils sauront bientôt que
nos balles sont pour nos propres généraux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://red.reveries.info/post/2008/04/19/Mes-ecrits-%3A-la-faux-et-le-marteau#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Mes écrits : Impossible mission</title>
    <link>http://red.reveries.info/post/2008/04/08/Mes-ecrits-%3A-Impossible-mission</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:732ccd5039e0d37a91b3c5749a145e80</guid>
    <pubDate>Tue, 08 Apr 2008 18:21:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Elly</dc:creator>
        <category>Littérature</category>
        <category>fantastique</category><category>kalia</category><category>nouvelle</category><category>écriture</category>    
    <description>&lt;p&gt;Dorénavant, histoire que ce blog parle aussi un peu de littérature comme
c'était voulu au départ, je vais faire quelques billets sur les nouvelles et
romans que j'ai pu écrire. En plus l'intérêt c'est que c'est assez facile,
puisque c'est déjà écrit. J'essaierai de pondre un billet là-dessus
régulièrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, c'est à propos de &lt;a href=&quot;http://reveries.info/erekh/dragon/dragon.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Impossible
mission&lt;/a&gt;, qui est l'une des nouvelles courtes les plus anciennes que j'ai
écrites et pas jetées à la poubelle depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est un texte pas trop long, je vais le mettre en entier, et je
mettrai mes commentaires à la suite.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Le soleil venait de se lever sur la plaine boueuse lorsque le chevalier
descendit de sa monture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’agissait d’un homme imposant, pas tant par sa carrure — même s’il
mesurait facilement un mètre quatre-vingt dix, et avait les épaules bien larges
— que par son équipement : il portait en effet, en plus d’une longue
lance, une des armures les plus complètes et les plus solides qu’on pouvait
trouver sur Erekh, et qui le couvrait de la tête aux pieds. Pour couronner le
tout, elle était d’une blancheur étincelante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cheval était dans le même genre : il s’agissait d’une bête énorme,
entièrement blanche, et, elle aussi, équipée de protections
impressionantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chevalier se dirigea lentement — son armure n’était pas, à vrai dire,
conçue pour lui permettre de courir — vers une large entrée dans la paroi
rocheuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et se retrouva alors plongé dans une obscurité pratiquement totale. Il
tâtonna quelques instants contre le mur avant de sentir un bâton poisseux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une torche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chevalier soupira de soulagement — il avait bien cru qu’il allait devoir
faire tout le chemin dans le noir — et l’alluma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mètres plus loin dans la grotte, il y avait une énorme salle. À
l’intérieur se trouvait un dragon, énorme lui aussi — il fallait bien qu’il
occupe la place, après tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était en train de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lumière de la torche le réveilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut une énorme flamme, qui dura quelques secondes, puis plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement pour le chevalier, son armure ne protégeait pas de la
chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas, le capitaine de la garde, était bien embêté. Il était venu ce matin
au poste, comme tous les jours, et avait jeté un coup d’œil sur les quelques
papiers auxquels il devait jeter un coup d’œil. Comme tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, contrairement aux autres jours, il avait reçu la visite d’un des
membres du Conseil des Nobles d’Erekh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil, et bien, conseillait. Mais pas n’importe qui, puisqu’il
s’agissait de Conseiller la reine. La majuscule était donc de rigueur lorsque
l’on parlait du Conseil. Son importance avait un peu diminué avec son arrivée
au pouvoir, puisque la nouvelle reine aimait bien parfois réfléchir par
elle-même voire, pire, se faire Conseiller par autre chose que le Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Conseil restait prestigieux, et le Duc de Léhen l’était tout
autant ; il avait en effet dirigé un grand nombre de guerres importantes
et assuré la grandeur du royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il était allé voir Nicolas. Ce qui n’aurait pas été gênant s’il ne lui
avait pas donné une mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mission n’était pas très compliquée : la Princesse d’Arkor — un
minuscule royaume indépendant qui se trouvait à deux journée de marche au nord
de la capitale, et ne comprenait à vrai dire qu’une ville qui portait le même
nom — avait été enlevée par un dragon, et sa famille voulait qu’on la libère et
qu’on la lui ramène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cachette du dragon se trouvant dans le royaume d’Erekh, et Arkor ayant
plutôt de bonnes relation avec ce pays, le Roi leur avait demandé son aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque là, rien d’anormal. C’était une procédure courante. Un Héros
finissait par tuer le dragon, libérait la Princesse, et se mariait généralement
avec elle, et ils vivaient longtemps et avaient de nombreux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le capitaine ne comprenait pas, c’est pourquoi le Duc de Léhen lui
demandait d’envoyer un de ses hommes sur l’affaire. Apparemment, il y avait
déjà eu pas mal de héros qui avaient péri dans la tentative. C’était normal. Il
fallait un certain temps et un certain nombre de morts idiotes avant que les
grosses pointures, les Héros — la majuscule faisait, la aussi, toute la
différence — ne se mettent à trouver la mission intéressante et digne d’eux.
Bref, à la considérer comme une Mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’y avait pas de Héros parmi les agents de la garde, le capitaine en
était sûr. Et tout ce qu’il se passerait, c’est qu’il perdrait un homme. Et il
avait besoin de ses hommes, en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine eut un léger sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était obligé d’obéir au Duc de Léhen. Ce n’était pas le genre d’hommes à
qui on désobéissait, surtout si on tenait à la vie. Mais il n’était pas obligé
de perdre un homme. Il pouvait se contenter de perdre une elfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia entra dans le bureau du capitaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier la dévisagea.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était une elfe, même si ça ne sautait pas toujours aux yeux. Ce n’était ni
la taille (plutôt petite, en tout cas pour une elfe), ni le charme (surtout pas
avec ce plastron usé et trop grand), ni les oreilles pointues (elles l’était
effectivement, mais ses cheveux blonds et sales les cachaient en
quasi-totalité) qui permettaient de la différencier d’une humaine
ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous m’avez demandé ? demanda Kalia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, répondit le capitaine. J’ai une mission délicate pour vous. Je
pensais qu’une elfe serait sans doute la plus à-même de la mener.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia leva un sourcil. D’habitude, on ne lui proposait pas de missions
délicates. On ne lui proposait pas de missions, à vrai dire ; elle avait
déjà bien assez de problèmes à revenir vivante de rondes ou d’incidents
routiniers. Cela devait sans doute cacher quelque chose de louche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quelle genre de mission ? demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Libérer une princesse et la ramener à son père.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia hocha la tête, constatant qu’elle ne s’était pas trompée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Libérer ? demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle a été enlevée par un dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine dut réprimer un sourire. Oui, se dit-il, cela revenait à une
mort certaine. Ce qui voulait dire ne plus avoir à payer une incompétente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et, euh, demanda Kalia, je suis obligée ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui. C’est un ordre.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune elfe soupira. Les ordres étaient les ordres. Elle tenta néanmoins
d’argumenter un peu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais... vous pensez vraiment que c’est une mission... dans mes
cordes ? demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne vois personne de mieux qualifié que vous, rétorqua le capitaine. À
bientôt.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia repassa chez elle, enfourna quelques affaires dans son sac à dos, prit
l’énorme arbalète qui trainait sur sa table et partit dans la première
diligence qu’elle trouva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne se faisait pas beaucoup d’illusions. Elle se dirigeait vers une mort
certaine. Mais, sans savoir pourquoi, elle continuait. Peut-être simplement
qu’elle en avait assez de la vie, songea-t-elle, amère. Elle se sentait
inutile. Désespérement inutile. Toutes les fois où, en tant qu’agent de la
garde, elle aurait pu servir à quelque chose, comme arrêter des voleurs,
protéger une vieille dame ou n’importe quoi dans le genre, elle s’était montrée
ridicule et avait fini couvertes de bosses. Voilà tout ce dont elle était
capable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Kalia se trompait. Si elle n’avait, en effet, jamais réussi à
attraper le moindre criminel, elle avait, en revanche, aidé un nombre
considérable de personnes à retrouver leur chemin, à traverser la rue, à
rentrer chez eux lorsqu’ils étaient soûls, ou à récupérer un chat coincé dans
un arbre (même si les chats, comme les arbres, étaient plutôt rares à Nonry).
Elle était l’un des rares agents de la garde à ne jamais avoir passé quelqu’un
à tabac, ou à monnayer une libération anticipée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Kalia était fondamentalement gentille. Ce qui la désespérait
profondément.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diligence, bien sûr, n’allait pas jusqu’à l’endroit qu’on lui avait
indiqué comme le repaire du dragon. Elle dut s’arrêter une nuit dans un village
— heureusement, le capitaine lui avait donné un peu d’argent pour ses frais (ou
était-ce pour se débarasser d’elle plus vite ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle repartit à l’aube, et marcha plusieurs heures dans des plaines boueuses
avant d’apercevoir le trou dans la roche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, c’était là que se terrait le dragon. Il y avait un certain nombre
d’empreintes de chevaux près de la grotte. Elle se demanda combien de temps les
bêtes avaient attendu leur maître avant de repartir vers d’autres horizons. Il
y en avait même un qui était toujours là, attaché à un arbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia le libéra. Aussitôt, le cheval s’enfuit. Apparemment, il n’appréciait
pas ce qu’il y avait dans la grotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme elle le comprenait. Malheuresement, elle, elle allait devoir y aller.
Elle inspira un grand coup, et entra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle fut plongée dans une obscurité pratiquement totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorité des elfes étaient nyctalopes, ce qui évitaient les désagréments
dans ce genre de conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évidemment, Kalia ne l’était pas. Elle soupira, farfouilla quelques instants
à l’aveuglette dans son sac, puis en sortit une paire artisanale de lunettes,
constituée de deux globes de verre et d’une lanière de cuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle les mit sur ses yeux. Fit un petit geste de la main en murmurant
doucement des paroles inintellibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle discerna les contours du couloir. Faire enchanter des verres coûtait
une fortune, aussi Kalia les avait-elle volés à un mage de passage dans son
village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ils n’étaient pas de très bonne qualité. On ne voyait à
vrai dire que des taches vertes, mais, avec un peu de pratique, on pouvait au
moins se déplacer sans se cogner partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle remarqua la torche qui était au mur, l’ignora, et continua à avancer
sur quelques mètres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et déboucha dans une salle énorme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’intérieur, se trouvait l’énorme tache verte qui devait être le
dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia attrapa son arbalète, qu’elle tenait en bandoulière dans son dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré ses lunettes, l’elfe ne parvenait pas très bien à distinguer le
dragon, mais une chose était sûre : ce n’était pas un petit dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n’était probablement pas avec un carreau d’arbalète, même bien placé,
qu’elle réussirait à s’en débarasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle réfléchit quelques instants. Il y avait quelques avantages, à sauver
une princesse d’un dragon. C’était bien connu. La récompense, d’abord. Elle se
demanda jusqu’à combien elle pourrait monter. Et puis, il y avait aussi autre
chose. Les Héros se mariaient souvent avec les princesses qu’ils sauvaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia se demanda une fraction de secondes si une quelconque église d’Erekh
autoriserait un mariage lesbien. Probablement pas. Et quand bien même, le
passage sur «beaucoup d’enfants» poserait probablement problème pour la fin de
l’histoire. Il ne restait donc que la récompense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle était problablement conséquente. Cependant, elle l’était probablement
moins que le risque qu’elle prendrait. Elle avait beau ne pas tenir beaucoup à
la vie, elle n’avait pas non plus envie de se suicider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle baissa son arbalète.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia toussa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dragon leva la tête vers l’elfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une énorme flamme sortit de sa bouche. Kalia fit un bond un arrière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Non ! Arrêtez !» implora-t-elle au dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui la regarda, la gueule ouverte. Elle le regarda à son tour. Il était
vraiment immense. Et il était vraiment vert, accessoirement. Impressionant.
Surtout la légère flamme qui continuait à brûler doucement au fond de sa
gueule, comme une menace, et qui éclairait un peu la pièce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix résonna dans la tête de la jeune fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Que viens tu faire là, petite elfe ?»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia déglutit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et bien, je suis de la garde de Nonry. On m’a envoyé parce qu’il
paraît que vous avez enlevé une jeune fille, qui se trouve etre la Princesse
de...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non !, résonna à nouveau la voix dans la tête de Kalia, Elle est venue de
son plein gré.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’elfe resta silencieuse quelques secondes, à se repasser mentalement la
phrase du dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De son plein gré ? finit-elle par demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, répondit le dragon. Nous sommes amoureux.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia se repassa à nouveau la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Amoureux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mais... comment vous pouvez...» Elle secoua la tête. « D’accord,
c’est votre vie privée, ça ne me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je peux changer de forme, rétorqua le dragon. Temporairement.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia hocha la tête. Pourquoi pas, après tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je... euh, je peux la voir ?» demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dragon la dévisagea. Il paraissait surpris — du moins, c’est ce que
supposa Kalia, mais elle n’y connaissait pas grand chose aux expressions
faciales des dragons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pose ton arme et tes affaires», ordonna le dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia s’exécuta. Elle trouvait qu’elle avait déjà bien assez argumenté comme
ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dragon bougea une patte griffue, l’approcha doucement de la jeune fille,
et l’attrapa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia dut se retenir de crier lorsque la main écailleuse et froide se
referma sur elle, et la transporta dans les airs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de la reposer en douceur à l’opposé de là où elle se trouvait. Il y
avait un couloir, qu’elle n’avait pas vue depuis l’autre côté, à cause du
dragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je ne peux pas t’accompagner, fit le dragon, car je ne peux me
transformer qu’à la nuit tombée. Mais si tu lui fais du mal, je te tuerai.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia hocha la tête, avant de s’enfoncer dans le couloir. Au bout d’une
dizaine de mètres, elle déboucha sur une petite salle, qui ressemblait déjà
moins à une grotte : il y avait en effet une grande quantité de bougies —
toutes éteintes —, des vivres, et deux matelas empilés qui servaient de
lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les matelas, dormait la princesse. Même dans l’obscurité, Kalia vit
qu’elle était magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’elfe se demanda comment on était censé réveiller une princesse. Elle
croyait se souvenir d’une histoire de petit pois, mais elle n’en avait pas sous
la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, et puis, au diable les bonnes pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Excusez moi ?» demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesse se réveilla en sursaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qui êtes vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je viens de Nonry. Je vais vous expliquer.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesse hocha la tête, puis alluma deux bougies à côté d’elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia retira ses lunettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alors ? demanda la princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je suis un agent de la garde, expliqua Kalia. Ma mission était de vous
libérer et de vous ramener à votre père. Mais le dragon m’a dit que vous
n’aviez pas été enlevée...»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesse hocha la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est vrai, répondit-elle doucement. Je suis amoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Donc, vous être libre ? demanda Kalia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, répondit la princesse.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalia sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous n’êtes pas... hors-la-loi ?» demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesse la regarda, médusée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bien sûr que non !»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sourire de Kalia s’agrandit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Parfait, alors. Ma mission était de vous libérer et de vous ramener à
votre père. Vous êtes déjà libre, donc c’est bon pour la première partie. Quand
à la deuxième, si vous n’avez rien à vous reprocher, je ne peux pas vous
forcer. Ce serait contraire au réglement.»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pleuvait maintenant légèrement. Kalia marchait dans la boue. Elle en
avait encore pour deux heures avant de rentrer au village le plus proche, avant
de devoir passer une journée ou plus à attendre une diligence, qui mettrait
encore une bonne dizaine d’heures à arriver à Nonry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle était heureuse. Non seulement elle s’en était tirée vivante mais,
pour une fois, elle avait accompli sa mission.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Ce texte n'est pas exempt de défauts, en particulier la chute qui n'est pas
forcément géniale. C'est pour ça que je ne suis pas trop douée en nouvelles, je
n'arrive jamais à trouver de bonnes fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit j'aime bien ce texte, parce que c'est l'un des premiers où j'ai
réussi à un peu cerner le personnage de Kalia, qui serait ensuite l'héroïne de
«&lt;a href=&quot;http://elfenoire.net/post/2007/06/15/Elfe-noire-demon-rouge-%3A-Pas-tout-a-fait-des-hommes&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Pas tout à fait des hommes&lt;/a&gt;». Elle apparaissait déjà dans un
roman précédent, &lt;a href=&quot;http://reveries.info/enieme-prophetie/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;l'Énième prophétie&lt;/a&gt;, qui, lui, a plus mal vieilli, mais elle n'avait
qu'un rôle très mineur et pas très intéressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'aime bien avec Kalia, en dehors du fait que c'est sans doute un de
mes personnages avec qui je m'identifie le plus, c'est qu'elle est «fragile» et
«faible», en tout cas par rapport au héros lambda. Pour autant je considère pas
qu'elle a un rôle uniquement comique, ni même que c'est une «anti-héroïne».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si elle n'a pas une posture héroïque «c'est moi le plus
courageux», ce n'est pas pour autant qu'elle ne l'est pas (héroïque ou
courageuse, au choix) ; pour être claire, je pense que pour moi le
véritable courage n'est pas de suivre bêtement sa mission mais de réussir à la
remettre en question parce qu'on pense que c'est injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon après il se trouve que dans cette nouvelle elle est légaliste, mais fort
heureusement cela va changer par la suite :o)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://red.reveries.info/post/2008/04/08/Mes-ecrits-%3A-Impossible-mission#comment-form</comments>
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