Red is still undead

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samedi, août 2 2008

L'impérialisme transsexuel

Le titre, pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de ce merveilleur livre, est une référence à «L'empire transsexuel» de Janice Raymond, qui explique comment les transsexuels colonialisent l'identité et la culture féminine. Je ne résiste pas à citer une phrase que j'adore :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la forme féminine réelle à un artefact, s'appropriant ce corps pour eux-mêmes. Les transsexuels coupent simplemennt le moyen le plus évident d'envahir les femmes, pour paraître non-invasifs.

Bon, je vous rassure, je ne vais pas parler de ce bouquin plus longtemps, parce que je ne pense pas que les trans' colonialisent l'identité des femmes.

En revanche, je pense qu'il y a une certaine colonisation de certaines identités dans certaines cultures sous le terme occidental de «transsexuel», dont j'ai vu quelques exemples dans des news ces jours-ci.

Commençons par la moins pire :

Des toilettes pour les élèves travestis

Tous les matins, avant d’aller en cours, les élèves du lycée Kampang, dans une région rurale de Thaïlande font un petit tour aux toilettes. Les toilettes des filles d’un côté, celles des garçons de l’autre et… celles pour les travestis au milieu, symbolisées par une silhouette coupée en deux, moitié homme en bleu et moitié femme en rouge. Des toilettes réservées aux plus de 200 garçons qui se considèrent comme «transgenre». Les «katoey», nom thaïlandais des transgenres «pourront aller aux toilettes tranquillement sans avoir peur qu'on les regarde, qu'on se moque d'eux ou qu'on les pelote», souligne le directeur de l'établissement.

Au moins, là, on utilise le terme thaïlandais (katoey ou kathoey), et on fait le lien avec le terme «transgenre», qui a au moins l'avantage d'être suffisamment large et flou pour être a priori capable de les inclure, même si je ne suis pas persuadée que dire que le terme «katoey» est «le nom thaïlandais des transgenres» soit vraiment pertinent.

Un autre article sur le même sujet est un peu plus problèmatique :

Une école secondaire de la Thaïlande a installé des toilettes destinées au «troisième sexe».

Cette décision a été prise après que la direction eut découvert que 10% des garçons qui fréquentent l'école se considèrent comme transsexuels et n'aiment pas utiliser les toilettes pour les garçons.

Le directeur de l'école explique à la BBC que la situation était une source de distraction pour ces jeunes garçons.

«C'est bien que l'école nous voit comme nous sommes», déclare un jeune transsexuel.

Cette fois-ci, non seulement on n'a plus le terme thaïlandais, et surtout on utilise le terme «transsexuel» à la place de transgenre. Transsexuel, c'est quand même beaucoup plus restrictif, et pour le coup ça ne correspond plus franchement. On fait rentrer dans une définition occidentale (et qui vient du monde médical) une réalité qui n'y rentre vraiment que très moyennement.

Pour finir, un autre article en anglais parle d'un rassemblement religieux des Hijras en Inde. Ou plutôt, c'est moi qui le déduis, parce que l'article ne parle que de «transsexuels». Là encore, c'est assez aberrant, puisque la majorité des Hijras ne sont pas transsexuels, et la plupart, si j'ai bien compris, se voient comme ni homme ni femme ou d'un troisième genre et n'essaient pas de «passer» pour des femmes.

Accessoirement il y a un rapport à la religion et au système de caste que je ne maîtrise certainement pas, mais qui explique pourquoi il y a ce genre de rassemblement religieux. La base même de ce rassemblement n'a aucun sens si on l'analyse juste en terme de «transsexuels».

Bref, tout ça pour dire que je trouve dommage, simpliste, et au final colonialiste la tendance à vouloir faire rentrer dans les termes occidentaux des réalités qui n'y correspondent pas (ou pas entièrement), sans même chercher à expliquer qu'il y a des «nuances». C'est nier la spécificité de ces identités et de ces cultures.

lundi, juillet 28 2008

Rassemblements pour Rosa Pazos

Un peu en retard, mais pour signaler rapidement qu'aujourd'hui ont lieu en Espagne un certain nombre de rassemblement suite au meurtre de la militante trans' et anarchiste Rosa Pazos, assassinée le 11 juillet à Séville.

Je n'ai pas pu avoir à cette heure la traduction française du communiqué signé par un certain nombre d'organisations LGBTI, aussi je me contente de le résumer et de copier/coller la version espagnole.

Ils exigent notamment un éclaircissement des faits et le traitement du processus sous des conditions respectant la personne assassinée, de la part des autorités et des médias, dont le travail informatif a pour l'heure été offensant et transphobe.

Ils dénoncent la transphobie qui était présente dans la vie quotidienne de Rosa Pazos, notamment le fait qu'elle n'ait pas eu droit à de la chirurgie ou un changement de papiers parce que les personnes souffrant d'un diagnostic de "schizophrénie" ou une autre "maladie mentale" n'ont pas le droit de disposer de leurs corps.

Ils dénoncent aussi la transphobie quotidienne présente dans la rue, les lois, les médias. Ils demandent que l'Administration Publique assume ses responsibilités et effectue un travail sérieux pour l'intégration des personnes trans'.

Ils dénoncent la vulnérabilité dans laquelle se trouve les personnes trans' et la fréquence alarmante des meurtres dans des circonstances "étranges".

Enfin, ils revendiquent que le combat contre la transphobie est une lutte de tous et toutes et que la seule manière de combattre la transphobie quotidienne est d'apprendre à l'identifier et à la dénoncer dans tous les endroits où cette violence est produite.

(Merci aux camarades de la Guerilla Travolaka pour avoir transmis l'information.)


Comunicado por el asesinato de Rosa Pazos

La activista transexual y anarquista sevillana, Rosa Pazos fue asesinada el pasado 11 de julio en su domicilio. Organizaciones de minorías sexuales de todo el estado español han convicado concentraciones para este lunes como repulsa. Adjuntamos comunicado conjunto de estas organizaciones.

"El pasado viernes 11 de julio, Rosa Pazos, activista transexual de 47 años, fue hallada muerta en su domicilio de Sevilla. Tras someter su cuerpo a la correspondiente autopsia, el Instituto Anatómico Forense emitió un informe en cual se expresaba que Rosa había sido objeto de apuñalamiento.

Los grupos y colectivos firmantes de este manifiesto exigimos con carácter de urgencia:

1- El esclarecimiento de los hechos que rodearon la muerte de Rosa Pazos y ello a la mayor brevedad con el fin de evitar difamaciones sobre las causas asociadas a su muerte así como incrementar el dolor que ya de por sí supone para familiares, amigas/os y compañeras/os de Rosa.

2- La implicación en el caso del Fiscal General del Estado, Sr. Cándido Conde Pumpido con el fin de exigir y agilizar el esclarecimiento de los citados hechos.

3- El tratamiento del proceso bajo las condiciones de máximo respeto a la dignidad de la fallecida y de quiénes le rodean, tanto por parte de las instancias policiales y judiciales involucradas en el proceso como por parte de los medios de comunicación, cuya labor informativa sobre el caso de Rosa hasta el momento ha resultado extremadamente ofensiva y transfóbica tal y como se viene denunciando desde el conocimiento de la noticia. El respeto a la identidad de Rosa y a la intimidad de su persona descarta el sensacionalismo de los medios y el talante discriminatorio con el que hasta la fecha se ha abordado la noticia.

Al mismo tiempo, denunciamos la enorme transfobia que rodeó la vida cotidiana de Rosa, así como el hecho de que se le negara su derecho al cambio de documentación y acceso a la cirugía debido a que nuestro sistema de salud entiende que una persona con un diagnóstico de esquizofrenia o cualquier otra "enfermedad mental" no puede decidir sobre su cuerpo o su identidad de género. Esa era la denuncia de Rosa y sin duda también la nuestra.

Las transfobias cotidianas que se encuentran en las calles, en las leyes, en los medios de comunicación, etc, son las que impiden a muchas personas acceder a derechos básicos como el acceso al mundo laboral, el respeto a la propia identidad y el derecho a la autodeterminación del propio cuerpo lejos de la tutela psiquiátrica.

Exigimos que la Administración Pública asuma su responsabilidad y trabaje para la integración laboral y social de las personas trans. Exigimos un trabajo serio, a la altura de la gravedad y la importancia de la situación: no queremos más parches, creemos firmemente que la manera de evitar este tipo de situaciones es trabajar directamente desde la raíz del problema y hacerlo sin excusas. No es una propuesta seria ni consecuente aquella que aprueba una "ley de identidad de género" para evitar la discriminación y al mismo tiempo trata de enfermas a quienes manifiestan una identidad de género diferente a la mayoritaria. Diferente, no por ello patológica. Reivindicamos que se trabaje para deconstruir los estereotipos que asocian la identidad trans con lo extraño, lo monstruoso y lo perverso, por destruir todos esos mensajes que generan odio y nos convierten en marginados y marginadas sociales.

Denunciamos una vez más la extrema vulnerabilidad de nuestro colectivo y la más que alarmante frecuencia con la que nos encontramos casos de personas trans muertas en extrañas circunstancias.

Reivindicamos nuevamente que la lucha contra la transfobia es una lucha de todos y de todas, es un compromiso de quienes queremos construir una sociedad distinta. Que la única forma de acabar con estas discriminaciones y violencias que se visibilizan en las calles de nuestras ciudades, en los despidos, en la exclusión, en las agresiones verbales y físicas es identificarlas en nuestro entorno más cercano y denunciarlas en todo momento. Porque aunque desde los movimientos sociales luchemos para acabar con la transfobia, la verdadera lucha está en nuestras calles, nuestros barrios, nuestras escaleras, donde cada día se vive la violencia.

Por todo ello, los grupos abajo firmantes convocamos a todas las personas el próximo lunes 28 de Julio a las 18 horas para acudir a las concentraciones que tendrán lugar en las diversas ciudades en aras de exigir una investigación transparente de rigor y el cese de la transfobia que ha venido acompañando al tratamiento del caso de la muerte de Rosa Pazos.

Recordamos que los grupos de Barcelona, Bilbao, Donosti, Gastéiz, Galicia, Madrid y Zaragoza aquí firmantes realizamos ya una labor de observación sobre la evolución judicial y mediática del caso con objeto de denunciar cualquier tipo de injerencia o de vulneración que por acción u omisión pueda tener lugar durante el proceso. Así mismo, denunciaremos por los cauces formales pertinentes cualquier tipo de acto que atente contra la dignidad de la fallecida y en particular aquellos de naturaleza discriminatoria que se dirijan contra el respeto a la identidad de género.

BARCELONA - 18:00 - Frente a la sede de Delegación de Gobierno

BILBO - 19:30 - Plaza Circular Abando

DONOSTI - 19:30 - Frente al Boulevar

GASTÉIZ - 19:30 - Plaza de la Virgen Blanca

MADRID - 18:00 - Frente a la sede de la Fiscalía General del Estado (c/ Fortuny, nº4, Colón)

SANTIAGO DE COMPOSTELA - 20:00

CORUÑA - 21:00 - El Obelisco

ZARAGOZA - 20:30 - Plaza de España

SEVILLA - 20:00 - Pza. Barrio de la Barzola

Firman este manifiesto: Acera del Frente, Madrid Guerrilla Travolaka, Barcelona MariBolheras Precárias, Corunha Stonewall, Aragón Medeak, Donosti Mass Medeak, Bilbo Ehgam, Euskal Herria ATA (Asociación de Transexuales de Andalucía) 7menos20, Gastéiz Amasol, Aragón Asoc. madres y padres de lesbianas, gays, transexuales y bisexuales de Aragón ATURUXO (Federaçom de Associaçons LGBT da Galiza) Col·lectiu Gai de Barcelona Emaize, asesoría sexológica del ayuntamiento de Gasteiz Énfasis, Gasteiz Errespetuz-Asociación Vasca de Transexuales (Euskadi) Front d’Alliberament Gai de Catalunya Gaytasuna, Gastéiz Gaztehgam, Euskal Herria Grupo de Respuesta Antipatriarcal, Madrid Liberacción, Madrid Panteras Rosas, Galiza Nomepisesofreghao (feministas desgeneradas), Galiza Centro Social Atreu, Galiza Panteras Rosas, Sevilla Queer Ekintza, Bilbo RQTR, Madrid Towanda, Aragón Panteras Rosa, Portugal

mercredi, juillet 16 2008

C'est la même chose...

Et par "la même chose", on parle de la Burqa et du voile, en tout cas selon Fadela Amara, et pas, mettons, de la gauche parlementaire et de la droite parlementaire, qui semblent pourtant complètement à l'unisson sur le sujet.

Mais Fadela Amara, je la trouve plus balaise encore que les autres.

Par exemple :

Je ne suis pas favorable au port du voile», dit-elle avant de rectifier: «Je ne parle pas de nos mères mais des filles nées en France».

Je suis tout à fait d'accord avec elle pour dire que la génération des «filles nées en France» ne porte pas forcément le voile pour de même raisons que la génération précédente. Mais dire qu'il y a un bloc de «mères» pour qui c'est OK mais les «filles» non, euh... Surtout si c'est pour des raisons de sexisme, j'ai pas forcément l'impression que la génération précédente soit spécialement plus émancipée.

Le voile, oui, mais seulement si t'es vieille, quoi. Logique.

Continuons :

Il y a aussi des mecs qui kiffent des filles avec la burqa, c'est donc parfois de l'ordre du fantasme sexuel

Donc, le problème de la Burqa c'est que ça cache les filles du regard sexuel des autres hommes. Mais aussi que ça les sexualise parce que c'est un fantasme sexuel.

Euh, c'est pas un peu contradictoire ?

Je ne nie pas le fait que quelque chose qui est destiné à limiter la sexualité finisse comme fantasme sexuel, il n'y a qu'à voir les ceintures ou les cages de chasteté.

Est-ce que ça veut dire que toutes les femmes (parce que leur logique féministe veut, je le rappelle, qu'on ne fasse pas chier les mecs) qui aiment être «bottom» dans les relations BDSM sont des anti-républicaines aussi ?

Après Fadela Amara dit des choses vraies :

Fadela Amara juge cette décision «excellente, légitime, particulièrement crédible parce qu'elle se fonde sur les valeurs de notre République».

Je pense effectivement que cette décision se fonde sur les mêmes valeurs qui ont conduit à la collaboration enjouée pour faire la chasse aux juifs et aux cérémonies de dévoilement pendant la guerre d'Algérie.

Et puis bon, sérieusement, à force de stigmatiser les personnes qui portent le voile, je pense que ça encourage plus à le porter en réaction à l'islamophobie gouvernementale qu'autre chose. Je veux dire, putain, je crois que si j'avais pas peur que ce soit mal interprétée des femmes musulmanes et que je sois pas capable de le faire tenir sur ma tête, je me mettrais à le porter aussi, ce putain de voile, rien que pour faire chier ces cons.

samedi, juillet 12 2008

La soumission, mais tant qu'elle est bien de chez nous

Histoire d'arrêter un peu sur les trans' et de revenir à mes premiers amours, c'est-à-dire l'islamo-gauchisme[1].

Libé notamment parle d'une Marocaine qui se serait vu refuser la naturalisation française en bonne partie parce qu'elle portait la burqa.

Bon, déjà, on notera que Libé illustre l'article avec une femme qui porte un niqab, et pas une burqa. Donc bon, ha ha, quoi (voilà, ça c'était pour faire croire que je m'y connaissais sur le sujet, maintenant je vais pouvoir dire n'importe quoi).

Ensuite, si c'était pas plutôt triste, ça me ferait plutôt marrant, ce genre de logique.

D'abord, la raison de la non-naturalisation : un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe d'égalité des sexes. C'est quoi, ce comportement ? Venir draguer lourdement ? Traiter une femme de salope ? Frapper sa copine ou sa femme ? Ah, non. Là, faudrait quand même pas déconner. Je veux dire, y'aurait, quoi, un mec sur deux dont il faudrait supprimer la nationalité française ?

Non, le problème, entendons nous bien, c'est que la dame est soumise. Et ça, c'est contraire aux valeurs de la France. En France, personne n'est soumis à son mari ou aux hommes.

Sauf que bien sûr, c'est du flanc. La vérité c'est qu'on la voit pas, la soumission, même quand elle est sous nos yeux en permanence. Que les femmes soient obligées de se taper les boulots précaires, c'est pas de la soumission ? Que les femmes se tapent deux fois plus de tâches ménagères, c'est pas de la soumission ? Qu'à travail égal, elles soient payées entre 20% et 30% de moins, c'est pas de la soumission ? Et putain, devoir se maquiller la tronche pour être jolie parce que c'est ce que doit être une femme, c'est pas une forme de soumission, aussi ?

Mais ça, on le voit pas. La burqa, c'est visible, par contre. C'est étranger. C'est choquant. Le reste, c'est juste normal.

Bref. Voilà la raison de la non-naturalisation : la femme est soumise aux hommes tandis que les bonnes françaises ne le sont pas, ou en tout cas pas de cette manière. Et là, on atteint l'apogée de l'hypocrisie franchouillarde (quoiqu'on l'avait déjà atteint avec la loi sur le voile) : cette femme est une victime, donc on l'enfonce encore plus. Parce que bon, je suis pas super calée en droit, mais ne pas la naturaliser maintenant, ça revient pas à dire que, ben, du coup, elle est totalement dépendante de son mari si elle veut un jour espérer avoir cette nationalité ? Le mari auquel on était censé vouloir qu'elle soit moins soumise?

Et on a le même petit détail qu'avec la loi contre le voile à l'école : c'est bien beau, toute cette agitation pour se dire «pour l'égalité des sexes» ou «féministe», mais au final, quand on fait les comptes, qui c'est qu'on a fait chier ? Des femmes. Moi je suis pas forcément pour une position «guerre des sexes», mais il me semble que si on fait vraiment un truc féministe, c'est plutôt des mecs qu'on devrait emmerder. Non ?

Notes

[1] Ça, c'est quand on est gentil. Je me suis faite traiter d'islamo-fasciste, aussi, qui est quand même plus marrant.

dimanche, juin 29 2008

Réunion nationale NPA 28-29 juin

Ce week-end j'ai participé à la réunion nationale des comités pour un Nouveau Parti Anticapitaliste.

D'abord il y a eu des réunions plénières à 800 le samedi de 10h à 16h (je n'ai assisté que le matin, puisque de 13h à 16h30 j'étais partie à la marche des fiertés), plutôt intéressantes mais qui à mon avis étaient plus faites pour se "donner la pêche" que pour permettre de vraiment discuter.

Ensuite, réunion en commissions de 16h30 à 20h. Personnellement j'ai suivi la commission féministe. C'est triste de constater qu'alors qu'il n'y a que 35% de femmes dans le NPA, dans les réunions féministes pourtant non-mixtes on atteint les 80%... Bien sûr c'est normal que les femmes se sentent plus concernées, mais que les mecs le soient si peu ?

Cela dit, cette commission a été riche en débats, qui ont porté sur des sujets comme permettre aux femmes de militer plus facilement, notamment en abordant des questions pratiques comme les gardes d'enfants, mais aussi des questions de la construction du genre. J'ai d'ailleurs fait une petite intervention qui reprenait les grandes lignes de mon billet précédent sur le lien entre LGBTI et féminisme et la necessité de mettre en avant la question des genres.

Le dimanche matin, nouvelle réunion en commission, cette fois-ci je vais dans la commission LGBTI (pas réunie la veille, notamment vu qu'il y avait la marche des fiertés). Questions sur l'état de mobilisation dans le parti, assez faible, même si on peut quand même se lancer des fleurs : la LCR a, parait-il, été le premier parti à se doter d'une commission homosexualités ; et, plus récemment, c'est à ma connaissance également le premier à avoir une commission LGBTI.

Là encore j'ai poussé pour un lien avec les questions féministes pour un antisexisme large, mais les camarades n'étaient pas très convaincu/e/s, argumentant du fait qu'une commission séparée augmentait la visibilité alors que sinon on se dissolvait. Personnellement, j'estime que c'est vrai pour les gays, mais que les lesbiennes, trans et intersexes sont invisiblisé/e/s dans les deux groupes. Je pense qu'il y aurait plus de chose à dire sur le lien entre mouvements lesbiens et trans' avec mouvements LGBT et féministes, mais ça demanderait un peu plus de recherche vu que je connais assez peu (je commence à un peu mieux comprendre l'histoire du mouvement trans', mais je ne suis pas une historienne non plus).

Après ces débats, nouvelle réunion plénière jusqu'à 13h pour exposer les conclusions des commissions. Notamment un appel a été rédigé et communiqué (je l'ai uniquement en version papier, et j'ai la flemme de le taper, donc désolée vous ne pourrez pas le lire ici).

Donc globalement un week end fatiguant mais intéressant et riche en débats. Et puis j'ai pu croiser des copains très geeks mais très sympas à Paris, ce qui est d'autant plus cool :)

Quelques points négatifs quand même :

  • grrrrr j'en ai marre de devoir expliquer sur les formulaires que si on veut demander le genre on peut mettre autre chose que "sexe: homme/femme", vu que ça revient à dire qu'on ne peut être qu'homme ou femme, d'une part, et d'autre part que c'est la même chose que le sexe biologique. Je pense donc que c'est binaire, essentialiste et transphobe. Du coup ça m'a un peu enervée et comme j'en avais marre de griffoner deux pages d'explications sur le formulaire pour que ça ne change rien, j'ai juste barré et écrit en gros : "Questionnaire transphobe = poubelle". Quitte à ce que les choses avancent pas, autant faire comprendre que je suis en colère, merde.
  • je suis passée en vitesse à la marche des fiertés, et je n'ai pas pu voir les camarades d'act-up bloquer le char de gaylib, ou, mieux, y participer, ce qui est décevant.
  • En 48h de non accès au net, le moins qu'on puisse dire en voyant les journaux est qu'ils se lachent contre le NPA, entre le fait que Besancenot serait "manipulé par la droite" et Jean-Marc Rouillan qui s'intéresse au NPA, ce qui prouve bien qu'on est des sales terroristes. (Moi perso je suis pas fan des méthodes, même si j'en ai déjà eu envie, mais avoir un camarade qui pourrait nous parler de la prison je trouve vraiment ça intéressant et à mon avis là dessus on a de grosses lacunes là-dessus. Ce qui me fait penser, pour passer du sérieux au divertissement, qu'il faut que je m'achète la saison 5 de Oz.)

Post-scriptum: ah, en fait je viens de recevoir la déclaration par mail, alors je vais vous la mettre.

Appel de la coordination nationale des comités d’initiatives pour un Nouveau Parti Anticapitaliste

Le Nouveau parti anticapitaliste est en marche !

Nous sommes des milliers de travailleur-s-es, des villes et des campagnes, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers, des jeunes, des retraité-e-s, des précaires, des militant-e-s politiques, associatifs, syndicaux, nouveaux ou anciens, en train de concrétiser ce projet.

Il regroupe aujourd’hui plus de 300 comités et la dynamique se renforce. Elle est le résultat d’une prise de conscience : on ne peut plus laisser faire un système capitaliste mondialisé qui conduit le monde dans le mur ! Entré dans une crise économique, financière, énergétique, alimentaire dont nul ne peut prédire les conséquences, ce système met plus que jamais la seule recherche du profit au centre de ses décisions au mépris de millions de vies. Les grands équilibres écologiques sont menacés. Parce qu’il est à la source du problème, le capitalisme, comme tous les systèmes productivistes, est incapable d’y apporter une solution. Dans un monde où les inégalités se creusent, les émeutes de la faim se généralisent, conséquence de la politique des grandes puissances impérialistes, des institutions à leur service (FMI, OMC...) et de la spéculation honteuse sur les produits de première nécessité.

La guerre « sans limites » décrétée par Bush et ses alliés dont la France, étend ses horreurs à travers le monde.

Ici, Sarkozy et le Medef multiplient les attaques qui traduisent l’arrogance des puissants. Rarement la politique de la droite a été aussi ouvertement agressive envers l’immense majorité de la population. Rarement les possédants, les actionnaires, le patronat se sont montrés aussi avides de profits au mépris du bien-être élémentaire des populations. Oui, l’exaspération est partout, contre la mise en cause des acquis, des solidarités, des services publics, la difficulté à « joindre les deux bouts », contre la dégradation des conditions de vie et de logement, le racisme et les discriminations, les politiques sécuritaires… Il ne faut pas gaspiller les potentialités de cette exaspération en se prêtant au jeu de dupes du « dialogue social » avec le gouvernement, par la division, les journées de grève saucissonnées, secteur après secteur. Ici et maintenant, nous pouvons réagir ! Un « tous ensemble » déterminé et unitaire, la généralisation des luttes et des grèves, voilà ce qu’il faut pour battre le gouvernement et ses contre-réformes !

Pour peser dans ce sens, il faut regrouper nos forces dans un parti qui ne lâche rien, n’abandonne personne. Il n’est pas possible de rassembler dans un même parti ceux qui veulent en finir avec le capitalisme et ceux qui s’en accommodent. Il n’est pas possible de rassembler dans un même gouvernement ceux qui défendent les droits des travailleurs et ceux qui défendent le pouvoir des actionnaires, ceux qui veulent rompre avec les politiques libérales et ceux qui les mettent en pratique, ceux qui veulent construire une Europe des travailleurs et les plus zélés artisans de l’Europe de la libre concurrence et du profit. C’est pourquoi nous voulons un parti totalement indépendant du Parti socialiste, un parti qui défende jusqu’au bout les intérêts de tous les exploité(e)s.

Nous vous appelons à construire toutes et tous ensemble une gauche qui ne renonce pas, une gauche de combat, anticapitaliste, internationaliste, antiraciste, écologiste, féministe, révoltée par toutes les discriminations. Pour changer le monde, il nous faut un parti qui se bat jusqu’au bout contre le système, pour la transformation révolutionnaire de la société. La gauche que nous voulons doit s’organiser à l’échelle internationale et notamment européenne, être présente aux élections sans jamais oublier que ce sont les mobilisations sociales, culturelles et écologistes qui imposeront le changement.

Avec la mémoire des expériences passées, nous allons élaborer ensemble, en prenant le temps du débat, une nouvelle perspective socialiste démocratique pour le 21ème siècle. Nous n’avons pas de modèle, et surtout pas les régimes prétendument « communistes » du siècle dernier, mais nous avons des objectifs. En finir avec la dictature que le capital impose à l’économie et à la société toute entière, pour construire la démocratie la plus large que l’humanité ait jamais connu, où la « main invisible du marché » sera remplacée par des décisions collectives.

Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir répondre à ce défi. Individus, équipes militantes, courants politiques révolutionnaires, libertaires, communistes, socialistes, écologistes, antilibéraux, continuons à nous rassembler !… Dans son village, son quartier, son entreprise, son lieu d’étude, chacune, chacun peut et doit apporter, à son rythme, sa pierre à la construction de cet outil pluraliste et démocratique. La réussite est à notre portée.

En avant !

St Denis, le dimanche 29 juin 2008.

vendredi, juin 27 2008

Tanz den feminismus

Note préliminaire

Ce texte est un projet d'intervention dans le cadre de la réunion du Nouveau Parti Anticapitaliste de ce week-end. J'ai décidé de le publier sur ce blog car il donne mon opinion mais ne concerne pas uniquement la LCR ou le NPA. Je parle certes de la LCR, mais je pense que j'aurais pu remplacer par «l'extrême-gauche» sans trop me mouiller.


Le sexisme, je ne crois pas dire une nouveauté, est intimement lié au capitalisme. En effet, si ce dernier n'a pas inventé le premier, il a su le récupérer et l'instrumentaliser à ses fins.

La répartition inégale des salaires, du travail précaire et à temps partiel, ainsi que des tâches ménagères sont des exemples concrets et bien connus qui montrent le lien entre ces deux oppressions. Ce ne sont pas les seuls: les couples lesbiens sont encore plus particulièrement touchés par la précarité salariale (sans compter les discriminations spécifiques supplémentaires), tandis que nombre de trans' sont dans l'impossibilité de trouver un emploi correct à cause de papiers ne correspondant pas à leur genre. Le sexisme touche même certains hommes puisque eux aussi sont contraints à un rôle genré en fonction de ce qu'ils ont entre les jambes et peuvent être opprimés s'ils en sortent (c'est le cas notamment, mais pas uniquement, des homosexuels).

Bien sûr, les situations sont très différentes entre un homme hétérosexuel qui vit peut-être mal certains aspects de son genre mais conserve une place relativement «privilégiée» du point de vue sexiste, une femme contrainte à un travail précaire et à un surplus de tâches ménagères, un/e homosexuel/le harcelé/e parce qu'il/elle n'est pas un/e «vrai/e» homme/femme, un/e trans' dans l'impossibilité de trouver un travail à cause de papiers dans le mauvais genre, etc. Cependant toutes ces situations ont un point commun, c'est leur cause, c'est-à-dire le sexisme.

Malgré cela, nous avons une certaine tendance à séparer le féminisme des questions LGBTI[1]. Le fait d'avoir des commissions séparées peut se justifier selon le contexte, les traditions de luttes différentes, etc., mais le problème concerne la façon de présenter ces questions.

Une lacune importante du féminisme tel qu'il est porté globalement par la LCR (c'est à dire en particulier en dehors des productions des commissions spécialisées) concerne la notion large de genre ; à la place, on se contente bien souvent de «l'égalité hommes/femmes» (tandis que, de la même manière, les questions LGBTI sont souvent réduites à une question de droits humains).

Or, je pense que l'égalité hommes/femmes est un oxymore. S'il y a une vraie égalité, il n'y a plus de nécessité d'imposer une division hommes/femmes. Dans l'autre sens, tant qu'il y aura une division hommes/femmes, une égalité me paraît impossible.

Je ne remets pas en cause la nécessité de dénoncer et de lutter contre l'opression d'une catégorie de la population ; je ne remets pas non plus en cause la nécessité de s'organiser en tant que groupe opprimé, à condition évidemment que cela se fasse de manière ouverte et pas de manière fermée, en imposant une oppression sur d'autres axes (par exemple en excluant, de manière assumée ou de fait, les femmes non-blanches, trans' ou non-hétérosexuelles).

Cela dit, je pense que cela doit être articulé avec le fait, qu'à terme, on ne veut plus classer les gens selon leur genre. Ce qui ne revient pas uniquement à parler de l'après-révolution et de lendemains qui chantent ; au contraire, cela revient à dire que le féminisme doit se préoccuper aussi, dès maintenant, des personnes «mal genrées», c'est à dire considérées comme n'étant pas de vrais hommes ou de vraies femmes, que ce soit à cause de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur façon de s'habiller, de leur sexe biologique ou de n'importe quoi d'autre. Cela revient aussi à reconnaître dès à présent la légitimité des personnes qui ne se sentent «bien» ni dans le genre masculin, ni dans le genre féminin.

Or, si ce soutien est présent dans la ou les commissions spécialisées, il y a un problème de transmission lorsque cela passe au reste de l'organisation : le droit des LGBTI se réduit alors souvent au mariage et à l'adoption pour les homosexuels, tandis que le droit des femmes devient le droit des femmes cisgenres1 hétérosexuelles. Pire, la LCR (et, même s'il n'a pas encore d'existence réelle, le NPA aussi) reproduit de fait une injonction à être soit «homme» soit «femme», que ce soit via les cartes de membre, nombre de formulaires, etc, mais aussi le fait de s'adresser régulièrement «aux hommes et aux femmes qui...»[2]

Cette question ne concerne pas que certains travelos, camionneuses, folles et autres queers. Il est nécessaire de remettre en cause les arguments essentialistes type «les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus» et, plus largemement, l'assignation à un genre rigide en fonction d'un sexe biologique, bref, la dichotomie homme/femme = mâle/femelle = bleu/rose = attiré par les femmes/attirée par les hommes.

Cela doit être pris en compte par l'ensemble de l'organisation et non pas uniquement par une ou deux commissions spécialisées sur le sujet. Il me semble de plus qu'il faut décloisonner les combats «féministe» et «LGBTI» et essayer d'élaborer une fusion réelle et par le haut de ces luttes (c'est-à-dire, pas juste un phagocytage d'une thématique par l'autre).[3]

Car il ne s'agit pas simplement de défendre le droit des femmes, des gays, des bis, des lesbiennes des trans' et des intersexes, mais aussi d'articuler ces thématiques avec un changement révolutionnaire de la société, qui concerne aussi, par conséquent, les hommes, les hétéros et les cisgenres.

On a beaucoup parlé du «socialisme du 21ème siècle» ; il me semble que, de la même manière, le nouveau parti devra contribuer à la construction du féminisme du 21ème siècle ; un féminisme qui prend en compte toutes les oppressions liées au genre et qui, plutôt que de se construire sur une image fermée et essentialiste de la femme, cherche à instaurer une nouvelle société sans classes, sans genres et sans frontières.

Notes

[1] Lesbiennes, gays, bis, trans' et intersexes.

[2] Je ne remets pas, là non plus, en cause le fait que la composition du Parti doive être sur certains points à l'image de la société, notamment concernant le genre, et qu'il peut être utile d'avoir des statistiques là-dessus (cela dit, il paraît aussi important d'avoir un parti qui ne soit pas constitué uniquement de blancs, et pourtant il serait inconcevable d'avoir une case «race» dans un formulaire...). Mais cela ne doit pas avoir pour conséquence de nier l'existence même, au sein de l'organisation comme dans la société, des personnes «ni hommes ni femmes» et de les «forcer» à choisir entre le rose et le bleu.

[3] Là encore, il ne s'agit pas forcément de préjuger de l'organisation des commissions dans le Nouveau Parti Anticapitaliste, qui ne s'organiseront pas forcément de la même manière que dans la LCR et dépendront de la forme que prendra le parti. Cependant, une forme d'apparition «antisexiste» large, regroupant thématiques fémistes classiques, LGBTI, et tout ce qui pourrait s'y greffer, me semblerait plus pertinente qu'une séparation bien précise des thèmes entre «femmes» et «LGBTI», où de fait les Lesbiennes et les Trans' (au moins en partie) se retrouvent un peu «au milieu», puisqu'appartenant censément aux deux groupes.

jeudi, juin 26 2008

Le privilège des trans

La realité souhaite être complexe

Qui vous permet découvrir le monde sous une forme

...

Quel est le privilège des morts?

L'amour, la vérité, les nuits en lumière ?

Mais je ne sais pas encore

Capital de la douleur

Laibach, Le privilège des morts (Kapital)

De la transphobie féministe...

La relation entre certains milieux féministes et les trans' n'est pas toujours au beau fixe. En France, je n'ai pas trop entendu parler de «gros clash», bien qu'occasionnellement la transidendité d'une personne puisse être une bonne façon de s'attaquer à elle plutôt qu'aux idées défendues — c'est surtout dans des débats sur la prostitution, toujours plutôt tendus, que j'ai vu ce type de comportement, du genre «unetelle qui est prostituée et réglementariste oublie de préciser qu'elle est un homme» — ou qu'il me semble avoir déjà eu des échos sur l'exclusion d'un ou une trans' dans un évènement non-mixte.

En lisant des blogs et quelques forums américains, j'ai pu me rendre compte que la situation là-bas semblait beaucoup plus clivée. Un nombre important de femmes se revendiquent «womyn-born-womyn»[1], c'est-à-dire des femmes nées femmes. L'évènement qui suscite le plus de controverse est un festival annuel, le Michigan Womyn's Music Festival, qui est non-mixte et n'accueille pas les femmes trans'[2]. Cela dure depuis des années, et cela a suscité beaucoup de controverses, notamment des protestations de trans' (mais pas que de trans'), qui ont organisé un Camp Trans[3] à côté.

Bien entendu, si les arguments pour exclure les trans' sont parfois compréhensibles, c'est quand même très souvent de la transphobie à peine masquée derrière une petite couche de féminisme radical.

Les rapport houleux entre certaines féministes et le mouvement trans' (et, de fait, d'autres féministes, il convient le préciser) n'est pas limité à cela ; il y a une rhétorique assez présente à laquelle on a échappée ici qui explique que les trans' sont des agents du patriarcat infiltrés chez les femmes. La figure la plus emblématique à ce niveau me semble être Janice Raymond, auteure de The Transsexual Empire: the making of the she-male. Je ne résiste pas au plaisir malsain d'en citer un court extrait :

Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la forme féminine réelle à un artefact, s'appropriant ce corps pour eux...

... à la transphobie transsexuelle...

Face à cela, un certain nombre de trans' ont des réactions avec lesquelles je suis en total désaccord. La première est d'expliquer que, d'accord, le festival devrait être interdit aux transsexuelles non opérées parce qu'elles ont un pénis et que c'est oppressant en tant que tel ; par contre que les transsexuelles opérées devraient avoir le droit d'entrer.

Autrement dit, la transphobie, d'accord, tant que ça ne cible qu'une partie des trans' ; et puis de toutes façons, ce sont des fausses trans', des hommes en jupe.

D'autres réponses de trans', sans être aussi gênantes, me paraissent incorrectes ; notamment le fait de dire que les trans' devraient avoir accès au festival parce qu'elles sont une âme de femme dans un corps d'homme et finalement ont toujours été des femmes.

Bref, ça reste très essentialiste.

... au transféminisme

Tout cela ne me semblait pas très enthousiasmant, jusqu'à ce que je tombe sur un texte d'Emi Koyama sobrement intitulé The Transfeminist Manifesto.

En plus de répondre à certains reproches concernant les trans', par exemple le fait de chercher à être un modèle de féminité pour les femmes trans' (ce qui peut être vrai, mais est souvent dû à un besoin de «passer» pour ne pas être en danger, harcelée, etc.) et de rappeler des choses qui ne concernent pas que les trans' (par exemple, pour rester sur la féminité, qu'il n'est pas nécessaire pour être féministe de chercher à se débarasser totalement de toute ressemblance avec le modèle de la femme, même s'il est effectivement bien de remettre ce modèle en question), ce que j'ai bien aimé dans ce texte est qu'il aborde la question du «privilège masculin» des trans' d'une façon intelligente.

En effet, des féministes reprochent aux femmes trans' d'avoir été élevées comme des garçons et donc d'avoir «hérité» de privilèges masculins.. Face à cela, une réponse facile des trans' est de nier en bloc, car la masculinité n'était pas vue comme quelque chose de positif. Là dessus, Emi Koyama réplique que même si le privilège lié à la masculinité affecte les gens différement, il est peu probable que les femmes trans' soient complètement passées à travers les mailles du filet.

Qu'est-ce que c'est que ce genre de privilèges ? Par exemple, le fait d'être éduqué pour avoir plus confiance en soi, être moins soumis, plus «agressif», etc. Évidemment cela impacte tous les individus différemment ; pour prendre mon exemple personnel, j'ai moins confiance en moi que la plupart des femmes que je connais et je suis assez peu aggressive. Pour autant, je ne prétends pas avoir été éduquée sans retirer aucun bénéfice de mon rôle de garçon : par exemple, mes compétences en informatique dépendent du fait que j'ai eu accès à un ordinateur très tôt, et il n'est pas forcément évident que cela aurait été la même chose si j'avais été une fille à l'époque.

Plutôt que de nier le fait d'avoir reçu une éducation de garçon, le manifeste transféministe part du principe qu'il faut avoir le courage de reconnaître ce fait et de chercher à remettre en cause cette éducation et ce «privilège».

Le manifeste transféministe traite d'autres sujets non moins intéressants, comme le rapport au corps (opérations, hormones, etc.), les problèmes de violence, etc., et propose une approche à mon avis intéressante de la participation des trans' dans le mouvement féministe ; mais c'est sur cette notion de privilège masculin que j'aimerais m'attarder un peu.

Privilège, privilège... Où est le problème ?

Sans vouloir retomber dans la méthode du déni que le manifeste dénonce, on peut se demander : où est le problème ? Je pense qu'il est important de questionner la notion de «privilège», même si c'est quelque chose que j'ai surtout vu sur des blogs et sites anglais. Pour moi, il est très important de faire la différence entre un privilège et une oppression.

Pour reprendre les exemples que j'ai donnés ci-dessus, le fait de savoir me servir d'un ordinateur est sans doute pour partie le résultat d'un «privilège masculin». Est-ce un problème ? Je ne pense pas[4], car le fait que je sache me servir d'un ordinateur ne fait a priori de mal à personne.

À l'inverse, le fait d'être agressif, le fait de couper facilement la parole aux autres, etc. peut rapidement en être un.

La différence entre les deux cas me semblent être que le second n'est pas juste un «privilège» : c'est une oppression. Non seulement il y a un gain personnel, mais surtout il y a un rabaissement des autres.

C'est la même chose pour, mettons, les «privilèges cisgenres» : avoir des papiers d'identité dont le genre correspond au sien en est sans doute un. Pour autant, c'est uniquement si quelqu'un refuse de reconnaître le genre d'une personne trans' qu'il y aura une véritable oppression.

Je pense qu'il faut avoir une conscience des deux, ne serait-ce que pour se rappeler que des groupes moins privilégiés existent ; ainsi, je suis consciente que si je ne me fais jamais demander mes papiers d'identité, c'est en bonne partie parce que je suis blanche. J'ai conscience que si j'ai des chances de trouver un emploi sans trop de difficultés c'est parce que j'ai des parents qui ont pu me payer des études.

Seulement, quand c'est une oppression, il faut aller plus loin : il faut faire le maximum pour ne plus mettre ce comportement en jeu. Que ce comportement ait été acquis par une éducation masculine ou pas ne change au final rien à l'affaire. Si une femme cisgenre monopolise la parole, ce ne sera pas mieux pour les personnes qui doivent se taire que si c'était un homme ; même si, statistiquement, c'est plus souvent les hommes. C'est pourquoi j'aurais tendance à penser qu'il faut remettre en cause ses comportements en cherchant à savoir s'ils sont oppressifs plutôt que s'ils sont masculins ou pas.

C'est peut-être un désaccord que j'ai avec ce que j'ai perçu chez certaines personnes se disant «queer» — même s'il serait hâtif de généraliser étant donné la diversité de choses que peut représenter le terme «queer». En effet il m'a semblé que la remise en cause, la «déconstruction» se portait finalement principalement sur les critères genrés «évidents», du genre les jupes, le maquillage, la coiffure, les gestes, et pas assez sur ce qui est vraiment problématique, c'est-à-dire ce qui est oppressif.

Au contraire, le mot «queer», «déconstruction» ou «réappropriation» peut servir d'excuse à des comportements que j'estime oppressifs. Par exemple le fait de réussir à être extraverti et à proclamer son identité est évidemment une bonne chose ; mais cela ne peut pas servir d'excuse à une monopolisation de la parole. Le fait de déconstruire son aspect soumis et de se réapproprier une certaine agressivité est sans doute positif pour la personne, mais cela ne peut en aucun cas servir d'excuse lorsque l'agressivité est tournée non pas vers l'oppresseur mais vers d'autres opprimés.

Je pense qu'il est nécessaire de lutter contre toute, absolument toute, forme d'oppression ; cela doit bien entendu se faire en respectant l'identité de la personne et non pas en répliquant par une autre forme d'oppression ; par exemple, si une femme trans' monopolise la parole, il me semble qu'il faut le dénoncer ; en revanche s'exclamer que la femme trans' montre en réalité qu'elle est un homme est une autre oppression qui ne vaut pas mieux que la première.

La situation des femmes trans' est sans doute un peu particulière à ce sujet, puisqu'il y a toujours la crainte, l'épée de Damoclès que le moindre comportement un tout petit peu oppressif (ou parfois, même pas) soit immédiatement sanctionné par un verdict de masculinité. Il me semble important de proclamer que nous, femmes trans', avons aussi le droit à l'erreur. Nous pouvons être agressives alors que cela n'est pas nécessaire. Nous pouvons monopoliser la parole. Nous pouvons avoir une réaction sexiste. Nous avons, comme tout le monde, le droit de ne pas être parfait sans voir immédiatement notre identité niée.

Et, comme tout le monde, nous avons le devoir d'apprendre de nos erreurs et de chercher à ne plus les commettre.

Post-scriptum : et les hommes trans', alors ?

Ce texte ne parle pour ainsi dire pas des hommes trans'. Je m'en excuse platement. La première raison est que ce texte est inspiré par d'autres et qu'eux-mêmes parlent en généralent très peu des FtM ; ce n'est pas une bonne excuse.

En dehors de leur invisibilité, c'est peut-être aussi dû au fait que la situation est très différente vis à vis des «privilèges» : un trans' n'a pas eu une éducation avec un privilège masculin ; du coup la question se pose différemment, puisqu'il ne s'agit pas de reconnaître ce privilège mais d'aller à l'encontre de ce qui est la norme pour son genre en refusant de profiter de l'oppression masculine.

Je serais preneuse de plus de lecture sur la façon d'aborder cette question par les FtM, mais il me semble que, dans les deux cas, il s'agit de ne pas prétendre oublier complètement le passé «dans l'autre genre» : dans le cas des MtF, pour affronter lucidement les comportements oppresseurs qui ont pu être issus de l'éducation sexiste ; dans le cas des FtM, pour rester solidaires des femmes, même en n'étant plus identifiés ni reconnus comme tels.

Notes

[1] En tant que française pas très cultivée niveau anglais, je ne connais pas trop la raison du y au lieu du «women» classique ; j'ai cru comprendre que c'était pour que cela ressemble moins à «men», mais je ne suis pas sûre que ce soit l'explication.

[2] Je ne suis pas trop au fait des dernières évolutions, il n'est pas totalement impossible que cela ait changé cette année. De plus, il faut sans doute ajouter un bémol puisque la politique est d'exclure les trans' mais de ne pas chercher à vérifier si une femme est trans' (ce qui pourrait effectivement être humiliant, à la fois pour les personnes trans'... et soupçonnées de l'être).

[3] Le mot «camp» est lié en anglais au camping, il ne s'agit pas d'un camp d'entraînement paramilitaire trans'.

[4] Mon but n'est pas de dire que je n'ai reçu que des «privilèges masculins» qui ne sont pas un problème ; mon éducation de garçon ne m'a certainement pas léguée qu'une attirance pour les ordinateurs ou les jeux vidéos.

lundi, juin 23 2008

Petits conseils destinés aux personnes trans-friendly (ou qui veulent l'être)

(Billet mis à jour le 23 juin 2008)

Avant-propos

J'avais écrit il y a déjà quelques temps cette liste de conseils, intitulés «Petits conseils destinés aux militant-e-s trans-friendly (ou qui croient l'être)» car il me semblait, vu mon expérience personnelle, qu'il y avait souvent des lacunes sur la façon de s'exprimer face à des trans' et pour parler des trans'.

J'ai décidé de l'étendre au milieu non-militant, puisqu'il me semble que tout le monde peut être intéressé par le sujet. Les trans' ne sont pas si rares et sont de moins en moins invisibles, et il n'est pas nécessaire d'être un activiste LGBTI pour en croiser.

Ces conseils peuvent paraître un brin professoraux, voire moralisateurs. Je m'en excuse par avance. Cependant, ma petite expérience m'a montrée que même les personnes qui ne pensaient pas à mal pouvaient faire preuve d'indélicatesse.

Ce n'est en général pas par transphobie, mais simplement par ignorance. Donc voici quelques pistes pour éviter de paraître impoli. Ces conseils ne sont pas une référence. Certain/e/s trans' ne seraient peut-être pas d'accord avec eux ; ils sont certainements discutables. Ils ne sont pas non plus une nouveauté : pour beaucoup, ils relèvent d'un certain bon sens, et il y a déjà des pages similaires existantes [1] Seulement ces conseils ne sont pas forcément très diffusés en dehors des milieux «trans'» ; et quand bien même, un peu de répétition sur le sujet ne ferait pas de mal.

Définitions

Le milieu trans' utilise un certain nombre de termes spécifiques ; voici une petite liste de ceux que j'emploie.

  • Trans' : le terme «trans'» est un terme large qui regroupe à la fois «transgenre», «transsexuel» et, parfois (selon la personne qui l'emploie), «travesti». C'est le terme que j'emploie principalement, puisque la définition exacte de la personne a généralement assez peu d'importance et que le sens précis de «transsexuel» et «transgenre» est aussi soumis à des variations selon les individus.
  • Cisgenre : le terme «cisgenre» est le contraire de «trans'». Par exemple, une femme cisgenre est une femme qui n'est pas trans'[2].
  • MtF : male-to-female, homme-vers-femme. Une femme trans'.
  • FtM : female-to-male, femme-vers-homme. Un homme trans'.

Parlez à la personne dans le bon genre

Ça, c'est vraiment la base, qui semble tellement évidente qu'on ne devrait pas avoir à dire. Pourtant, même cela ne va pas de soi pour tout le monde. Donc puisqu'il faut le dire : si on a un minimum de respect pour une personne, on lui parle (et on parle d'elle) dans le genre désiré. Même si vous savez que cette personne qui parle au féminin a un pénis. Même si vous trouvez qu'elle ne ressemble pas à une femme du tout.

Si vous avez un doute, demandez

Si vous ne savez pas comment désigner une personne, il y a deux solutions possibles : éviter d'avoir recours à des mots genrés (ce qui est faisable si on parle à cette personne, puisqu'on dit «tu», mais qui peut être plus dur si on parle d'elle à quelqu'un d'autre), ou alors lui demander.

Ou alors on prend le risque de se tromper, mais c'est dommage, non ?

Du bon emploi de «un» et «une» transsexuel/le

Le mot «transsexuel» suit les même règles d'accord que les autres mots ; par conséquent, un transsexuel désigne un homme transsexuel (FtM) ou, le masculin l'emportant dans notre langue, un transsexuel en général.

Pour parler d'une femme trans' (MtF) on dit «une transsexuelle».

Ne jouez pas avec le genre des autres

Certaines personnes aiment bien jouer avec le genre, en utilisant des néologismes comme «il/elle», «ille», «el», etc. Il n'y a rien de mal à ça. C'est plutôt bien.

Oh, à un détail près : quand la personne le choisit.

Si vous voulez qu'on vous appelle «ille», faites-vous plaisir. Mais par pitié, ne l'utilisez pas pour parler d'une personne qui, elle, veut clairement qu'on la désigne comme «elle» (ou «lui»).

«Il/elle» est un peu différent, dans le sens où c'est un terme qui peut être utilisé si vous avez un doute sur le genre d'une personne. Mais continuer à utiliser «Il/elle» alors que vous savez comment la personne veut qu'on la désigne, c'est renvoyer le message que vous refusez toujours de considérer cette personne dans le genre dans lequel elle se définit.

Ça n'est pas une option

«Ça» est un pronom neutre. C'est aussi et surtout un pronom utilisé pour désigner les objets, les choses, bref, pas les humains. S'il vous venait l'idée bizarre d'utiliser ce terme pour caractériser un/e trans', oubliez-la. Vraiment.

Sur quelques aspects «médicaux»

Ne posez pas l'équation «trans = opération»

L'opération de «Chirurgie de Réassignation de Sexe» (CRS pour les intimes), consistant à modifier chirurgicalement les parties génitales d'une personne, est souvent la première chose à laquelle on pense quand on parle de trans'.

Pourtant, certain/e/s trans' n'ont pas envie de passer par là. Certain/e/s passent par là mais n'en font pas LA chose qui leur permettra de se considérer dans le genre désiré. Évitez de faire comme si la vie de la personne que vous avez en face de vous tournait autour d'un acte chirurgical.

Ne demandez pas à un/e trans' des détails intimes. À moins, évidemment, d'être intime.

Le fait qu'une personne soit manifestement trans' ne vous autorise pas, après cinq minutes de conversation, à lui demander ce qu'elle a entre les jambes, si elle compte se faire opérer, ou si elle prend des hormones.

Sauf peut-être si vous êtes aussi du genre, après avoir échangé trois phrases, à demander à un homme cisgenre la taille de son pénis, ou à une femme cisgenre si elle prend la pilule.

Sinon, considérez que ce que la personne a entre les jambes ne concerne qu'elle.

Bien sûr, cela peut dépendre du contexte, mais en général demander cela a pour effet de faire ressentir à la personne trans' qu'elle est une sorte d'animal exotique.

Ne faites pas sentir aux trans' qu'ils n'existent pas

Voilà un conseil assez vague, alors je vais donner quelques pistes. Toutes ne sont pas forcément faciles à appliquer, mais je pense qu'elles constituent une base de réflexion intéressante.

Il n'y a pas que des MtF

Même si, heureusement, les trans' FtM sont de plus en plus visibles et que de moins en moins de gens pensent que «des femmes qui veulent devenir des hommes, ça n'existe pas», il n'en reste pas moins qu'il y a une certaine tendance à assimiler «trans'» à «trans' homme-vers-femme».

Pourtant, la plupart des études montrent qu'actuellement, les personnes qui entament une transition «femme-vers-homme» représentent à peu près le même nombre que celles qui entament une transition «homme-vers-femme». Évitez donc de réduire «les trans'» aux femmes trans'.

Ne dites pas «moi, je suis un mec/une femme»

Si vous êtes en présence d'un homme trans', ne dites pas quelque chose comme «bon c'est vrai, moi, je suis un mec». Lui aussi.

Il n'y a pas que des hommes et des femmes

Si la majorité des trans' se définissent homme ou femme, certains se définissent aussi entre les deux genres, ou ni l'un ni l'autre ; c'est aussi le cas de certaines personnes qui ne se considèrent pas «trans'» pour autant.

Essayez donc dans la mesure du possible d'éviter de parler «des hommes et des femmes» et préférez le terme «personne».

De la non-mixité

Afin de permettre aux femmes de se retrouver l'espace d'un moment pour discuter sans oppression masculine, certaines structures militantes (ou pas) utilisent, de manière occasionnelle ou permanente, une non-mixité des femmes (il doit y avoir aussi des cas de non-mixité des hommes ; cependant, le cas étant beaucoup plus rare, dans la suite de cette section, je parlerai uniquement de la non-mixité des femmes. Évidemment, la même chose peut s'appliquer aux hommes de la même manière, juste en remplaçant «femme» par «homme» et vice-versa).

Le lien entre les trans' et cette non-mixité a souvent été l'objet de débats houleux, parfois révélateurs d'une certaine transphobie. Pour autant il me semble qu'il ne faut pas «jeter le bébé avec l'eau du bain» et qu'il est possible d'avoir une non-mixité qui permette d'avoir des discussions qui n'auraient pas forcément pu être tenues ailleurs sans rejeter les personnes dont le genre n'est pas «casher».

La base, là encore, est de considérer les femmes trans' comme des femmes et les hommes trans' comme des hommes. Cependant, il me semble nécessaire d'aller un peu plus loin.

Faites savoir aux femmes trans' qu'elles peuvent entrer

Dire que les trans' ne sont pas exclues, c'est une chose. Leur faire savoir qu'elles sont incluses, c'en est une autre. Je sais que, dans le doute, j'ai tendance à éviter ce genre de réunion, par crainte d'être exclue ou de lancer un débat houleux.

Le plus simple me semble donc encore de dire explicitement aux trans' qu'elles sont les bienvenues.

N'insistez pas pour que les hommes trans' entrent (... ou sortent)

Une insistance à vouloir inclure quelqu'un peut être aussi mal pris qu'une insistance à l'exclure. N'expliquez pas à un FtM qui explique qu'il n'est pas une femme que, vu qu'il a un vagin, il devrait rentrer.

Ou alors, parlez de «non-mixité femmes/trans'/lesbiennes[3]», «non-mixité sans hommes cisgenres», bref de quelque chose qui est élargi et dans lequel il peut se sentir appartenir.

À l'inverse, certains hommes trans' peuvent ressentir le besoin de participer à cette structure non-mixte, puisque, même sans se définir «femmes», ils peuvent être confrontés au même sexisme. Il me semble que, globalement, la non-mixité devrait conserver une certaine souplesse à ce niveau en assumant une certaine ambiguité dans la «frontière».

N'utilisez pas «Sexe: m/f»

Le sexe désigne le sexe biologique. Le genre désigne le genre social. En général il est plus approprié de savoir si une personne se définit comme un homme ou une femme que de savoir ce qu'elle a entre les jambes. Donc déjà il est plus sympathique d'employer le terme genre.

Ne considérez pas non plus que toutes les personnes sont m/f. Que ce soit pour le sexe biologique — les intersexes existent — ou pour le genre (cf la partie «Il n'y a pas que des hommes et des femmes»). Même si ces personnes sont minoritaires, cela ne coûte pas grand-chose de leur faire sentir qu'ils ont aussi le droit d'exister.

Ne partez pas du principe que tout le monde est cisgenre

Plus généralement, tout comme il faudrait éviter de partir du principe que tout le monde est hétérosexuel, il serait bon de ne pas partir du principe que tout le monde est cisgenre, même si cela peut paraître compliqué, surtout que la proportion de trans' est encore plus faible que celle d'homosexuel/les.

En particulier lorsqu'on fait références à des aspects biologiques ou anatomiques du corps, il me semble préferable d'utiliser des expressions comme «personne de sexe masculin/féminin» (ou éventuellement de «mâle/femelle», mais c'est en général mal vu pour parler d'êtres humains) plutôt que «homme/femme». Si ce n'est évidemment pas vital lorsqu'on parle de généralités (dire «les femmes ont un vagin» ne prend pas en compte l'existence de trans', mais n'a pas de conséquence dramatique), cela peut avoir une grande importance suivant le domaine (cela me semble notamment prioritaire dans la santé, par exemple pour le dépistage de certains cancers).

Errare humanum est ; persevere diabolicum

On peut se tromper. Il n'y a pas vraiment de mal. Parfois on ne peut pas savoir qu'une personne ne se définit pas comme «lui» ou «elle». Et parfois on peut le savoir mais, parce que la personne a une apparence associée à l'autre genre, ou simplement parce qu'on a été habitué à parler de cette personne dans l'autre genre, on peut se tromper quand même. Ce n'est pas dramatique.

C'est, en revanche, plus gênant quand c'est fait de manière répétée. Par exemple, si une personne vous reprend trois fois de suite pour corriger votre «elle» en «lui» ou vice-versa, essayez de faire un minimum attention pour la quatrième.

Ces conseils ont pour but de sensibiliser une population pas forcément formée aux questions trans' ; Ils n'ont pas pour but de vous terroriser à l'idée de parler à une (ou d'une) personne trans'. Globalement, personne ne va vous pendre pour une petite erreur, surtout si vous êtes de bonne foi et reconnaissez avoir employé un mauvais terme.

Licence

Ces conseils ont été écrits intialement par Élisabeth Henry sur son blog «Red is undead» (http://red.reveries.info). Ils sont diffusés sous licence Creative Commons - By - ShareAlike.

Autrement dit, vous avez la permission de rediffuser et de modifier sous texte comme vous le souhaitez à condition de citer le nom de l'auteure originale et de le distribuer sous les mêmes conditions.

Notes

[1] On citera notamment en français la page écrite par Lazz, plus centrée FTM, ainsi qu'en anglais : Trans Respect/Support Etiquette 101, More Light on Transgender, ou (que je trouve plus intéressant) Proper Etiquette when dealing with the Transgendered. Toujours en anglais, il y a aussi How to Be Sensitive to Pronouns and Gender Issues When Talking to a Transgendered Person ou encore un petit pdf qui résume bien.

[2] On emploie aussi souvent en France le terme de «femme biologique», ou «femme bio».

[3] Certaines lesbiennes ne se définissant pas comme des femmes non plus, en accord avec l'énoncé de Wittig : «les lesbiennes ne sont pas des femmes».

mardi, juin 17 2008

Sur les hommes qui aiment les femmes qui ont été des hommes

Je suis tombée sur un article en anglais (qu'on peut télécharger gratuitement en PDF ici) intitulé « Men Who Have Sex with Transgender Women: Challenges to Category-based HIV Prevention».

Comme son nom l'indique, il est consacré aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des femmes trans', dans une optique de lutte contre le Sida. Les chercheurs ont interrogé 46 hommes «transphiles» de San Francisco.

Je trouve que certains résultats sont intéressants:

  • 23 disaient avoir eu des relations avec des femmes bio, des femmes trans' et des hommes ; 22 avoir eu des relations sexuelles avec des femmes trans' et des femmes bio ; 1 n'avoir eu des relations sexuelles qu'avec des femmes trans'.

J'avoue que je suis un peu étonnée de ne voir aucune personne n'ayant eu de relation sexuelle qu'avec des femmes trans' et des hommes.

  • 20 se disaient hétérosexuels, dont dix sans hésitation, alors que d'autres semblent se dirent hétérosexuels mais se rendre compte que ça sort un peu des catégories conventionnelles.
  • 14 se disaient bisexuels, là encore avec un clivage entre ceux qui répondent sans hésitation et ceux qui hésitent : «Je ne pense pas en ce terme... Ce serait bisexuel parce que ma copine est trans', alors je la vois comme une fille, donc d'une certaine façon je suis hétéro, mais en réalité je suppose que des gens me rangeraient chez les bisexuels.» Là encore, les auteurs de l'article pointent qu'il semble y avoir une contradiction entre l'orientation sexuelle qu'ils ressentent et celle avec laquelle ils savent être rattachés par un regard extérieur.
  • 4 se disaient gay
  • 8 refusaient de donner une orientation sexuelle
  • Les auteurs dessinent 3 tendances chez ces hommes concernant les «motifs d'attraction» :
    1. des hommes qui se décrivent attirés par des individus se trouvant être trans', mais pas par les trans' en général.
    2. à l'inverse, des hommes qui se sentent spécifiquement attirés aux trans' parce qu'elle remettent en cause la «dichotomie de genre traditionnelle» et «semblent attirés par l'exotisme entourant les femmes transgenres».
    3. un troisième groupe un peu semblable mais plus attiré par l'aspect physique du corps trans' que par «l'esprit». Un sous-groupe étant attiré par une sorte d'«hyper-féminité» : «les filles trans' sont ultra-sexy, beaucoup plus qu'une femme génétique» ; un autre plutôt par la partie vraiment anatomique : «j'aime les femmes avec des queues. J'aime les tétons et j'aime les queues.»
  • Les auteur comparent ensuite ces 3 catégories par rapport aux orientations sexuelles, et ne trouvent pas de lien très forts. En revanche ils trouvent des corrélations entre les préférences sexuelles et l'orientation ressentie.
  • Ainsi, 12(/20) des hommes hétérosexuels préfèrent être l'«insérant[1]», tandis que les autres n'émettent pas de préférence ; 12 disent se moquer que leur partenaire soit pré-op ou post-op, tandis que 4 préfèrent les pré-ops et 4 les post-ops
  • Chez les bisexuels, 10(/14) préfèrent être l'insérant, tandis que deux n'ont pas de préférence et un préfère être le réceptif.
  • Sur les 4 gays, un seul déclare une préférence pour êter l'insérant, les autres n'ayant pas de préférence.

Les auteurs concluent avec une partie plus spécifique sur la lutte contre le VIH et discutent la pertinence de mettre en place des modes de prévention selon les «identités» alors que les comportements ne correspondent pas forcément et que des communautés n'ont pas véritablement formé d'«identité» autour de leur sexualité ; par conséquent des approches ciblant les communautés pourraient ne pas atteindre des groupes à haut risque.

Notes

[1] C'est à dire celui qui pénètre. Le texte anglais parle d'«insertive partner» et j'aime bien ce terme, alors je l'utilise :p

mardi, juin 10 2008

Un (autre) mariage annulé

Oui mais attention, c'est pas pareil. Là, je doute que beaucoup ne se mette à râler. Je sais pas pourquoi, je ne dois pas avoir la foi en l'humanité (et très honnêtement, j'ai même pas foi en Rouge, là-dessus).

Donc, il y a aurait eu un mariage annulé parce que le mari s'est révélé transsexuel.

Je dis «aurait» parce que je n'ai vu qu'une source (l'AP), même si l'information a été reprise sur des sites plutôt fiables comme Le Figaro. Bon OK on peut trouver que le Figaro c'est un peu à droite et par conséquent pas tellement fiable vu que c'est la voix du Kapital, mais c'est soit ça soit un blog du Front National (bon, j'exagère un peu, je l'ai vu aussi sur un autre site et sur 20 minutes, mais je retrouve plus).

Donc, conditionnel.

L'article en lui-même est déjà intéressant, je trouve. Prenons le titre :

« Marne: le futur marié était une femme»

Et hop, on est déjà dans le bain de la transphobie journalistique ambiante. Y'a eu quelques articles sur les trans' dernièrement (par exemple sur le licenciement condamné, voire billet précédent) et rien qu'en voyant si les journalistes en parlent dans le bon genre on peut voir la sensibilité.

C'est-à-dire qu'en général les journaux de gauche font une ou deux erreurs en mettant un "il" au lieu d'un "elle" ou vice-versa, souvent sur le mot «transsexuel» (par exemple en parlant d'«un transsexuel» alors que pour le reste de l'article ils disent «elle»).

Pas Le Figaro. À vrai dire, même le texte du blog du Front National est moins pire (bon ils ont juste recopié l'article de «L'union», il faut dire). Tout du long, on a droit à «cette femme» et au féminin.

Bref, le fond de l'histoire, pour ceux qui auraient pas lu: un mariage était prévu, et quelqu'un s'est rendu compte que le mari était en fait de sexe féminin ; et non pas «une femme» comme le sortent les connards de journalistes racoleurs, puisqu'apparemment le subterfuge était parce qu'il ne pouvait pas se payer une opération pour avoir droit au changement d'état-civil légal.

Le maire a donc illico annulé le mariage prévu (qui n'avait pas eu lieu, donc pas besoin de passer devant un juge), et le mari se retrouve accusé de faux et usage de faux.

Alors, bon, pour la femme c'est vrai que c'est pas super cool puisqu'apparemment elle n'était pas au courant. J'espère pour eux que leur histoire ensemble s'arrêtera pas là à cause de ça, parce que si on aime vraiment quelqu'un c'est dommage de s'arrêter à juste une histoire d'organes génitaux.

Mais à vrai dire, ce qui me paraît le plus important, c'est cette histoire de faux et d'usage de faux.

Je pense que, si cette histoire est avérée et n'est pas juste un fantasme cauchemardesque du Figaro (je pense pas que ce soit ça, quand même), nous devrions nous mobiliser là-dessus.

Parce que, oui, il y a «faux» et «usage de faux», ça ne fait pas de doute. Mais ce n'est qu'en réaction à la transphobie de l'état. Ce faux et usage de faux, c'est presque de la désobéissance civile, c'est dire que ton genre n'est pas celui que ce putain d'état a défini pour toi.

Il se trouve que moi aussi, je pourrais être condamnée pour «faux» (pas usage de faux, parce qu'on me demande jamais mes papiers vu que je suis bien blanche) puisque j'ai grossièrement modifiée ma carte d'identité (bon avec un bon avocat le fait que ça soit grossier et qu'on puisse difficilement le prendre pour un vrai devrait m'éviter la prison, mais n'empêche) pour dire que merde, «enlevez votre sexe de mon état-civil», pour reprendre un slogan que j'avais vu sur une pancarte des Panthères Roses.

Alors je ne sais pas si toute la communauté politique se lévera en choeur pour défendre ce gars (ni même s'il voudra se défendre, ce que j'espère, en tout cas pour cette histoire de faux et usage de faux) ; j'en doute un peu, mais je crois honnêtement que le sujet le mériterait.

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