Red is still undead

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dimanche, juillet 6 2008

Mes écrits : On passe mieux en étant à l'aise

Voilà une petite nouvelle (qui est très inspirée de la scène d'intro de Pulp Fiction et d'une citation d'Al Capone) sur le «passing» chez les trans' (oui, dernièrement, ce blog ne parle plus que de trans'. Désolée.)


Assis l’un en face de l’autre à la petite table d’un café, l’homme et la femme discutaient. Ils parlaient de la notion que les personnes transgenres appellent passing, c’est-à-dire le fait d’être perçu dans le genre désiré.

George, le garçon, y arrivait sans problème, mais Mathilde était fréquemment appelée « monsieur ».

La serveuse ne fit pas exception à la règle lorsqu’elle leur apporta leur café. Cela fit soupirer la jeune trans’.

« Pour passer, il faut être à l’aise, expliqua George. Les gens le sentent.

— Que dalle. Je suis à l’aise. »

Ils se disputèrent sur le sujet pendant quelques minutes, tout en avalant leur boisson.

« Je pense que c’est la voix, hasarda Mathilde. J’ai une voix de mec.

— C’est parce que t’es pas à l’aise.

— T’arrêtes de me casser les couilles avec ça ?

— Ça t’arrangerait bien, qu’on te casse les couilles, répliqua George en souriant.

— Je sais pas. Je crois que j’ai fini par m’y attacher. »

George termina son café, posa la tasse vide et tourna la tête à droite et à gauche.

« Bon, on y va ? demanda-t-il.

— D’acc », répondit simplement Mathilde.

Le couple se baissa de concert vers les sacs qu’ils avaient laissés à leurs pieds, sous la table. Puis ils se levèrent, chacun avec un pistolet à la main.

« Ceci est un putain de braquage ! gueula Mathilde. Le premier qui bouge se fait exploser la cervelle, pigé ? »

La peur se répandit comme une traînée de poudre sur le visage des clients et des serveurs. Une dame se mit à implorer :

« Je vous en prie, madame. Ne nous faites pas de mal. »

Le fait qu’elle l’ait appelée « madame » plut à Mathilde, qui arbora un sourire triomphant à destination de George.

« On passe mieux en étant à l’aise et armée qu’en étant juste à l’aise. »

mardi, juin 17 2008

Mes écrits : créatures de rêve

Le texte que je voudrais présenter aujourd'hui s'appelle Créatures de rêve. Il reprend le personnage d'Alys que vous avez déjà pu croiser dans une nouvelle précédente. Elle est aussi disponible en PDF.

Je dois dire que, pour l'instant, c'est ma nouvelle que je préfère personnellement, à la fois parce qu'elle parle de sujets que j'aime bien, avec un personnage avec lequel j'étais à l'aise pour l'écrire (contrairement à Dehors où je n'étais pas encore très rôdée) et avec une structure scénaristique que je trouve pas trop mauvaise, alors qu'a posteriori en général je trouve la structure de mes textes longs un peu faibles.

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mardi, juin 3 2008

Mes écrits : Qualités essentielles

Je ne sais pas si vous avez suivi, mais il y a eu un mariage annulé par le mari parce que la mariée n'était pas vierge, et ça fait beaucoup de bruit.

À vrai dire, ça ne m'inspire pas de commentaire éminemment politique pour l'instant (j'y reviendrai peut-être). Par contre ça m'a inspirée pour une toute petite nouvelle (que j'ai écrit d'une traite et que je n'ai pas relu, donc ça vaut ce que ça vaut).


Le prince Antoine de Mayr tenait sa femme Carimall dans ses bras en entrant dans leur chambre.

C'était leur nuit de noces ; Carimall était magnifique dans sa robe à dentelle blanche qui avait coûté à elle seule une petite fortune ; ils se préparaient à entrer dans une chambre de luxe d'un château royal pour «consommer le mariage» ; et pourtant, Antoine n'était pas heureux.

La raison en était que leur union n'était pas une véritable union d'amour. Antoine connaissait Carimall depuis un certain temps et il s'entendait bien avec elle ; pour autant, il n'en restait pas moins qu'ils se mariaient uniquement pour rapprocher leurs deux familles.

Antoine avait l'impression qu'il venait de perdre sa liberté et qu'il s'engageait, pour le reste de sa vie, dans une routine désespérement ennuyeuse.

« Tu n'as pas l'air enthousiasmé», remarqua Carimall.

Le jeune homme haussa les épaules et se força à sourire.

« Pardonne-moi. Le vin, je suis un peu fatigué.»

Il embrassa sa femme, puis ils s'allongèrent tous les deux sur un lit à baldaquins.

Carimall s'assit ensuite, lui tournant le dos, afin qu'il défasse les noeuds des lacets de sa robe.

«Hum», fit Antoine en laissant tomber son regard sur les draps d'une blancheur immaculée. «Il y a une chose dont on n'a pas parlé...

— Oui ?

— Personnellement, je m'en moque un peu, mais c'est important pour mes parents. Tu sais, la cérémonie du drap, et...

— Oh.

— Du coup je me demandais... Est-ce que tu es vierge ?

— J'ai une bonne nouvelle», répondit joyeusement Carimall en se levant pour retirer sa robe. Elle tournait toujours le dos à son mari. «Je suis vierge.

— Oh, bien.

— Cela dit, ajouta la jeune femme, j'ai aussi une mauvaise nouvelle. J'ai bien peur qu'il ne soit pas aisé de me déflorer.»

Antoine fronça les sourcils tandis que Carimall se retournait. Il constata alors avec surprise qu'elle avait entre les jambes ce qu'il ne s'était pas attendu à ce qu'une femme ait entre les jambes.

« Oh, lâcha-t-il.

Cela dit, répéta Carimall, j'ai aussi une bonne nouvelle.»

Antoine releva les yeux vers son visage et vit sa femme sourire de toutes ses dents, dévoilant des canines de vampires.

« Je pense qu'il y a des chances qu'il y ait quand même du sang sur le drap.»

Le jeune homme haussa les sourcils d'un air intrigué, puis eut un petit sourire.

Le mariage s'annonçait ne pas être autant une routine désespérement ennuyeuse que ce à quoi il s'était attendu.

mardi, mai 20 2008

Mes écrits : Dehors

Un «nouveau» de mes textes, aujourd'hui : Dehors. Vous pouvez aussi la télécharger en PDF, vu qu'elle est un peu longue.

C'est, en gros, du fantastique, ou de l'«Urban Fantasy» comme on dit dans le jargon. Je l'avais écrite pour l'appel à texte «Ouvre-toi» des éditions Cézame, devenues depuis Griffe d'Encre. Malheureusement (mais sans trop de surprise), elle a été refusée. Je vous encourage quand même à aller voir le site de cette jeune et petite maison d'édition.

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samedi, avril 19 2008

Mes écrits : la faux et le marteau

Pour continuer sur les textes que j'ai écrits, cette semaine ce sera La faux et le marteau, qui est une nouvelle assez courte, que je peux donc me permettre de copier ici.


Le colonel Colin regardait les déserteurs alignés contre le mur lorsqu’il s’aperçut de la présence de la femme, au bord de son champ de vision.

Du moins, il pensait que c’était une femme, mais elle avait un physique plutôt androgyne. Si le colonel Colin ne l’avait jamais vue par le passé, il se serait demandé ce qu’elle faisait là, mais il avait déjà eu l’occasion de la croiser de nombreuses fois sur le champ de bataille. Quand bien même cela n’aurait pas été le cas, le fait qu’elle était appuyée contre une faux dont la lame était au sol aurait pu lui donner une idée de son identité.

Le colonel Colin se rappelait avec beaucoup de détails la première fois qu’il avait vu la Mort. C’était pendant son service militaire, lorsqu’il avait abattu un terroriste du coin qui voulait s’en prendre à son régiment avec un cocktail molotov. Il n’avait aperçu la Faucheuse que pendant peut-être un quart de seconde, mais l’image s’était gravée sur sa rétine à vie, et il n’avait jamais douté de ce qu’il avait vu.

Au cours de sa carrière militaire, il l’avait recroisée à de nombreuses reprises. Pour ce qu’il en savait, il était le seul à être capable de la voir. Il considérait cela comme une sorte de privilège, et aimait à penser qu’il avait une sorte de lien avec elle, peut-être en raison du nombre importants d’ennemis qu’il lui avait envoyés.

Pour cette raison, le colonel sourit brièvement en voyant la Faucheuse assister à l’exécution, puis il se mit à lister les noms des déserteurs et les raisons de leur condamnation.

Ils étaient environ une vingtaine. Non seulement ils avaient refusé de se battre, mais avaient carrément sympathisé avec les soldats ennemis. Le colonel prononça quelques phrases dont il fut assez fier pour humilier les traîtres à leur patrie, puis il donna l’ordre d’exécution.

Un des condamnés, plus brave ou plus illuminé que les autres, commença à répondre :

« Je pisse sur la patrie ! Tous les hommes sont... »

Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase car une balle l’atteignit entre les deux yeux, et il s’écroula.

Le colonel jeta un coup d’œil satisfait et s’apprêtait à donner l’ordre de ramasser les cadavres lorsqu’il entendit :

« ... frères. Si les voleurs qui sont au pouvoir... »

Il y eut de nouvelles détonations et le condamné qui avait manifestement du mal à mourir se tut à nouveau. Avant de reprendre, en commençant à se relever :

« ... veulent piller un autre pays, qu’ils le fassent... »

Nouvelle salve. Le colonel constata avec horreur que l’homme n’était pas le seul à se relever, mais que tous les fusillés semblaient encore en vie, malgré les trous dans leur peau et le sang qui coulait de partout.

« ... eux même », termina l’homme, non sans difficulté, car une balle lui avait perforé la gorge.

Il était maintenant debout, tandis que les autres condamnés finissaient de se relever. Un certain nombre des soldats qui avaient assisté au spectacle avaient déjà lâché leur arme et pris leurs jambes à leur cou.

Le colonel Colin alla se planter en face de la Mort, qui était toujours appuyée contre sa faux, et lui demanda :

« Bon sang ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi ils ne meurent pas ?

— Vous pouvez me voir ? demanda la Mort, manifestement étonnée.

— Évidemment, sinon je ne vous parlerais pas ! s’emporta le colonel. Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Il se passe, expliqua calmement la Mort, que je suis en grève.

— Quoi ? demanda le colonel. Vous ne pouvez pas !

— Si, je peux. Vous savez combien de morts vous m’avez envoyés depuis les cinq dernières années ? Vous avez idée du travail que ça demande ? Alors, voilà. Je suis en grève. »

Les morts, ou en tout cas ceux qui auraient dû l’être, s’approchaient lentement du colonel, mais celui-ci ne leur prêta pas attention.

« Vous n’avez pas le droit ! s’emporta le colonel alors qu’un non-mort posait sa main sur son épaule. Je vous ordonne de reprendre le travail !

— Oh ? fit la Mort. Vous m’ordonnez ? Dans ce cas, d’accord. »

Elle s’empara de sa faux au moment précis ou un non-mort mordait le colonel au cou.


A noter que c'est une version légèrement raccourcie du texte initiale, qui concluait une conclusion supplémentaire qui ne rajoutait pas grand-chose. Je voulais le mettre aussii mais manque de pot, je ne le retrouve plus /o\

Ce texte date un peu (bon le précédent aussi, soyons honnête), et je l'avais écrit un peu comme ça, sans trop me prendre la tête. Bizarrement, j'ai eu pas mal de retours positifs dessus quand je l'ai posté sur InLibroVeritas.

Avec le recul je pense que l'aspect intéressant c'est justement qu'il est court et basé sur une idée (la Mort qui fait grève), contrairement à beaucoup d'autres de mes nouvelles qui servent finalement plus à "tester" si un personnage peut faire des histoires intéressantes et pour commencer à m'y familiariser. Du coup fatalement en général en tant que nouvelles elles sont pas forcément géniales. Bref.

Bon sur ce texte je vois pas trop commenter étant donné que l'interprétation est assez directe. La seule chose que je peux dire c'est que j'ai été inspirée par un couplet de l'Internationale dont je suis vraiment fan :

Les rois nous saoulaien de fumée, paix entre nous, guerre aux tyrans. Appliquons la grève aux armées, crosse en l'air et rompons les rangs. S'ils s'obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros, ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux.

mardi, avril 8 2008

Mes écrits : Impossible mission

Dorénavant, histoire que ce blog parle aussi un peu de littérature comme c'était voulu au départ, je vais faire quelques billets sur les nouvelles et romans que j'ai pu écrire. En plus l'intérêt c'est que c'est assez facile, puisque c'est déjà écrit. J'essaierai de pondre un billet là-dessus régulièrement.

Cette fois-ci, c'est à propos de Impossible mission, qui est l'une des nouvelles courtes les plus anciennes que j'ai écrites et pas jetées à la poubelle depuis.

Comme c'est un texte pas trop long, je vais le mettre en entier, et je mettrai mes commentaires à la suite.

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mercredi, janvier 30 2008

Mon approche de l'écriture

Je n'ai pas trop développé dans le passé l'aspect «écriture» sur ce blog ; c'est quelque chose que j'ai l'intention d'essayer de faire un peu plus dans l'avenir.

Pour commencer, voici un petit billet qui résume un peu ma théorisation (politique) sur ma façon d'écrire.

Ce que j'écris

J'écris avant tout dans le domaine dit des «littératures de l'imaginaire», ce qui regroupe en gros le fantastique, la science-fiction et la fantasy. Pour l'essentiel mes textes se déroulent soit :

  • directement dans un monde imaginaire de «fantasy», avec dragons, etc.
  • dans un monde qui ressemble au nôtre mais avec des élements irréels dont l'existence est parfois ambigue (on ne sait pas si c'est vrai ou une hallucination d'un personnage, par exemple) et parfois pas.

Je distinguerais principalement trois points «d'impact» entre écriture et politique dans mes textes, que je développerai ci-dessous : la parodie, la visibilité des LGBTI et, évidemment la lutte de classe.

Parodie

Il y a souvent un aspect humoristique dans mes textes parce que j'aime bien parodier des choses existantes. C'est particulièrement vrai dans les textes de «fantasy», comme «Elfe noire & démon rouge». Cela peut ne pas paraître vraiment politique à prime abord mais cela peut le devenir.

Cela pour la simple raison qu'un certain nombre de clichés et de stéréotypes me semblent réactionnaires. La fantasy en regorge particulièrement, entre les rois forts et héroïques, les peuples de monstres dégénérés inhumains qui veulent détruire les belles civilisations blanches, l'aspect très manichéen...

En ce sens la parodie peut être un moyen de dénoncer ces stéréotypes et de les détourner pour proposer autre chose à la place. Je vois donc là un aspect politique non négligeable.

Il ne faut cependant pas ignorer les limites de ce procédé. D'abord, le fonctionnement par parodie n'est pas toujours compatible avec le fait de garder une histoire un minimum sérieuse pour que le lecteur se sente plongé dedans.

Accessoirement, je me demande finalement si la parodie n'est pas qu'un moyen de faire semblant de faire du neuf avec du vieux... certes, on retourne certains clichés et on en détourne d'autres, mais à l'arrivée il y a un risque, si on se contente de ça, que le fond de l'histoire reste finalement le même.

Je ne me verrais pas écrire de longs textes entièrement parodiques. En revanche en avoir quelques éléments me semblent être un moyen agréable de se moquer ou de critiquer certaines choses tout en allégeant l'atmosphère.

Visibilité des lesbiennes-gays-bis-trans-intersexes

Un nombre non-négligeable de mes personnages sont lesbiennes, gay, bi, trans et/ou intersexes (bon, techniquement il n'y a pas encore d'intersexe visble). Cela n'est pas anodin et, il y a là encore, un aspect politique.

Cela pour la simple et bonne raison que l'identification à des personnages, notamment de fiction, me paraît être un aspect important de la construction d'un indvididu. Le fait de ne pas avoir de modèle auquel s'identifier est embêtant.

Par conséquent il me paraît important qu'il y ait des protagonistes qui soient autre chose que l'homme blanc cisgenre hétérosexuel. Pour les LGBTI cela me semble encore plus nécessaire parce que c'est une identité qui se «découvre» et où on n'a pas forcément de modèle de proches dans la famille : contrairement par exemple à un enfant noir, pusque ses parents sont a priori noirs aussi, sa famille, etc. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas nécessaire que les noirs et toutes les soi-disant «minorités» soient eux aussi représentés dans la fiction (et, là dessus, je pense que j'aurais beaucoup à revoir au niveau de la diversité dans mes textes). Simplement, pour avoir vécu une période de doute concernant mon identité trans', il me semble qu'avoir une référence, un personnage auquel m'identifier (qu'il soit fictif importe peu) m'aurait aidée.

En particulier, il me semble important de ne pas présenter, comme c'est trop souvent le cas, ces personnes comme uniquement définis par leur identité homosexuelle, trans', etc., mais au contraire de montrer qu'on est aussi et sans doute avant tout autre chose et que c'est finalement normal.

Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faut tomber dans l'excès inverse et ne pas parler du tout d''homophobie, de racisme ou de sexisme et faire comme si cela n'existait pas, que les personnages étaient parfaitement acceptés.

Lutte de classe

Pour finir, la façon d'analyser le monde joue aussi un rôle évident lorsqu'on écrit. Je n'enlève pas mon étiquette de «marxiste» lorsque je commence à écrire. Mon analyse, ma façon de voir les choses reste la mienne et cela se traduit forcément dans mes nouvelles ou romans : ainsi la lutte de classe ou l'impérialisme seront en général plus présentés comme source de conflit que les guerres de civilisation ou le fait que telle race soit belliqueuse.

Je ne cherche pas forcément spécifiquement à faire passer telle ou telle idée politique, mais le fait de «baigner» d'être militante fait aussi que lorsque je lis, vis ou entends un truc intéressant sur telle grève ou telle révolte je vais parfois m'en inspirer pour un roman.

J'ai parfois tendance à un peu trop en mettre et j'ai conscience que cela peut être indigeste, surtout que je ne suis pas Ken Loach. En général j'épure pas mal à la relecture, notamment les débats politiques directs entre personnages (dans la version initiale du roman de fantasy que je suis en train de terminer de relire, un personnage citait directement Trotsky ; même si je trouve que c'était amusant et que la citation était bien, je l'ai supprimée par la suite).

Conclusion

Voilà, j'ai expliqué un peu comment je voyais l'articulation entre la poltique et l'écriture. C'est évidemment très personnel et pas nécessairement généralisable à d'autres personnes.

Au final, j'estime que je ne peux pas séparer l'écriture de fiction d'un militantisme politique et donc mes textes contiennent forcément un minimum cet aspect. Il y a un risque, évidemment, c'est qu'il devienne plus important que l'histoire et la phagocyte en la rendant inintéressante ; mais je pense qu'il peut aussi la nourrir et l'améliorer.

En tout cas, j'espère :o

lundi, décembre 10 2007

Joyeux noël hétérosexiste

Ce qui est bien avec les évènements qui ont lieu chaque année, c'est qu'on peut recycler.

L'année dernière, j'avais écrit une petite nouvelle sur le côté hétérosexiste de Noël, inspirée en cela par les campagnes contre les jouets sexistes des Panthères roses ou d'autres groupes.

Cette année, vous aurez la même, parce que j'ai pas envie de me fouler. Na.


Le gros bonhomme rouge est descendu par la cheminée et s'est dirigé vers le sapin, dans l'obscurité presque totale. Il n'y avait que la guirlande lumineuse qui clignotait. Moi, j'étais planquée dans l'ombre à l'autre bout de la pièce, à moitié derrière une étagère.

« Ho, ho, ho», il a fait en posant sa hotte et en fouillant les cadeaux.

J'ai fait trois pas vers lui ; il s'est retourné. J'ai levé mon flingue et je lui ai dit bonjour.

« Salut, Saint-ni-Cola.

- Ho, ho, ho. Ce n'est pas très sage. Tu ne vas pas avoir de cadeau cette année.

- Sans blague ?

- Je n'ai rien pour une petite fille, pour cette maison.

- Ha ! j'ai fait en m'approchant un peu plus. Ça m'étonne pas. J'ai pas toujours été une petite fille.

- Oh ! il a fait en comprenant soudain. Je dois avoir ton cadeau, alors. Pose ton arme.

- Mon cadeau, tu peux te le mettre où je pense. Avec tes emballages roses pour les filles et bleus pour les garçons. La voiture téléguidée pour le futur beauf et le faux fer à repasser pour la futur bobonne. Le G.I. Joe et la poupée Barbie. Le flingue et le service à dînette. C'est déjà assez pénible normalement, mais quand en plus tu te sens pas du bon genre, c'est carrément lourd.

- Ho, ho, ho. Alors c'est juste parce que les cadeaux n'allaient pas ?

- Y'en a qui vont», j'ai répliqué en appuyant sur la détente, ajoutant un gros flocon rouge sur le mur blanc qui se trouvait derrière le père Noël. «Le flingue, je crois que je vais le garder.»

jeudi, novembre 8 2007

De la pertinence des licences libres pour les nouvelles/romans

Les licences «ouvertes», telles que les Creative Commons, commencent doucement à se démocratiser pour les oeuvres artistiques et notamment aux textes. De nombreuses nouvelles et romans sont ainsi disponibles sous ces licences, notamment sur des sites comme InLibroVeritas.

On parle parfois à tort de licence libre, alors que le terme est plus restrictif : dans les logiciels libres et selon la définition à mon avis la plus reconnue, celle du projet GNU, un logiciel est dit libre à quatre conditions, les «quatre libertés» :

  1. la liberté d'utilisation qui paraît évidente mais ne l'est en fait pas toujours en informatique ;
  2. la liberté d'étudier comment le programme fonctionne et de l'adapter, ce qui implique notamment d'accéder à ses sources ;
  3. la liberté de redistribuer des copies ;
  4. la liberté de redistribuer des copies modifiées.

Tous ces points ne sont pas pertinents pour de la fiction.

Le point 1 semble acquis pour toutes les oeuvres : on a le droit de les lire. Ce n'est en fait pas complètement évident et ça risque de l'être de moins en moins : des drms pourraient impliquer de limiter le nombre de lectures (c'est déjà le cas pour la musique, ça paraît plus compliqué pour du texte). Pour autant, je pense qu'à l'heure actuelle on peut considérer que c'est le cas pour tous les textes.

Le point 2 ne paraît pas non plus pertinent, à part peut-être pour des questions de mise en page ou éventuellement pour des notes de l'auteur.

Les points les plus importants pour un auteur paraissent donc les points 2 et 3, c'est-à-dire la diffusion et la modification.

Diffusion

Diffusion gratuite

C'est la base commune entre toutes les licences Creative Commons : permettre aux textes d'être redistribués gratuitement. Concrètement ça veut dire que je peux prendre un texte d'un auteur et le mettre sur mon site (avec la licence, etc.) ou encore sur un CD, etc.

En général c'est la liberté qui va le plus de soi. Bien sûr, les personnes qui veulent faire de l'argent avec leurs textes pensent souvent que c'est contradictoire avec le fait d'offrir ce droit (ce qui ne me paraît pas complètement évident), mais à mon avis pour beaucoup d'auteurs amateurs cela ne pose pas de problème.

Diffusion commerciale

Là, ça devient tout de suite plus délicat. Autoriser la diffusion commerciale, cela veut dire qu'on autorise non seulement à copier l'oeuvre sur un site web, mais aussi à la vendre dans des bouquins et à en garder les bénéfices.

Mon avis là-dessus, c'est que de fait les gains de la diffusion commerciale sont supérieurs aux aspects négatifs.

Pour moi les gains c'est :

  • permettre à des gens de diffuser mes textes même sur des sites avec de la publicité ;
  • permettre à des associations à but non lucratif, etc., de diffuser mes textes au format papier, en les vendant sans chercher à se faire de bénéfices.

Le point négatif, c'est évidemment :

  • permettre à des boîtes de se faire du fric sur mon dos.

Idéalement à mon avis il faudrait une licence qui ne permette que les premiers cas et pas les seconds. Le problème c'est que c'est évidemment dur à juger, où est la ligne de fracture.

Ma réponse à ça, à l'heure actuelle, je pense que ce serait simplement : ça me permet très peu probable.

Ce ne serait pas forcément vrai pour d'autres médias, mais concernant les romans et la nouvelle, les éditeurs sont surchargés de textes. Ils n'ont qu'à se pencher pour en ramasser. À l'inverse la diffusion demande un investissement important : il faut imprimer les bouquins, faire éventuellement un peu de marketing, etc. Les petits éditeurs fonctionnent au général au coup de coeur et il me parait peu probable qu'un petit éditeur ait l'idée de publier un texte qu'on ne lui a pas soumis. Mais quand bien même, s'il le faisait, je pense qu'il aurait tout intérêt à discuter avec l'auteur de sa rémunération. Ne serait-ce que parce que vu comment sont les choses, des tas d'auteurs seraient prêts à un pourcentage ridicule sans cette histoire de licence libre ; et même à payer pour être édité. Or s'assurer le consentement de l'auteur me semble important pour un petit éditeur qui a besoin que l'auteur se bouge un peu aussi (dédicaces sur les salons et dans les boutiques pour promouvoir l'oeuvre).

L'hypothèse du «piochage d'un texte sur internet pour l'éditer» paraît encore plus improbable pour un grand éditeur que pour un petit, mais là aussi étant donné le côté «personnel» d'un bouquin, qui, contrairement a un logicel, a un auteur désigné dont la tête figure souvent sur le quatrième de couverture, je pense que l'éditeur n'aurait aucun intérêt à lancer un roman de cette manière sans s'assurer l'accord et la participation de l'auteur.

Modification

Enfin, le dernier droit, qui paraît le plus contestable, est le droit de modification. L'argument que j'entends souvent contre l'utilisation de ce droit pour des romans et nouvelle est qu'un roman n'est pas un programme, que ça reflète une idée personnelle de l'auteur et qu'on ne peut laisser n'importe qui dénaturer l'oeuvre ; ou, variante, que c'est inutile parce, toujours, c'est personnel.

Il y a, je suppose, une base de vérité.

Cependant il me semble qu'il y a un argument de poids pour autoriser la possibilité de modifier une oeuvre : c'est quelque chose qui se fait.

C'est quelque chose qui se fait souvent de manière plus ou moins légale, mais ça se fait. Je pense en l'occurrence au phénomène des fan fictions, qui continuent une oeuvre, reprennent des personnages, etc. Le fait que ça se fasse dans un flou juridique me paraît en soi être une bonne raison pour permettre la modification de ses textes.

Cela dit, il y a une différence entre reprendre des personnages et continuer l'histoire et modifier le texte en lui-même. Le second se fait moins.

(Enfin, si l'on omet les corrections orthographiques et les traductions, qui me semblent pourtant être des choses intéressantes à autoriser.)

Je pense effectivement que reprendre un texte d'un auteur en le modifiant est quelque chose d'assez difficile. On pourrait imaginer de «monter» l'histoire differemment, de faire des coupes, etc., ce qui peut changer significativement la perception du récit ; mais des modifications en profondeur sont plus ardues puisqu'il faut réussir à prendre le style de l'auteur initial. Je ne pense pas que cela soit complètement impossible, mais c'est limité.

Cela dit, le fait qu'un droit ne soit pas énormément utilisé ne me paraît pas un argument pour ne pas le donner. L'argument de la «dénaturation» ne tient pas non plus, car l'oeuvre modifiée n'est pas l'oeuvre initiale. La plupart des licences libres n'autorisent à modifier et à rediffuser une oeuvre qu'à la condition qu'il n'y ait pas de confusion avec l'oeuvre de départ. Par exemple si quelqu'un reprenait mon roman «Pas tout à fait des hommes» pour le rendre plus épique et plus sérieux, il ne pourrait évidemment pas mettre sur la couverture «Pas tout à fait des hommes, de Fred Nera». Il pourrait éventuellement mettre «L'épée de l'Élu, de M.R.P.Q. Borken, basé sur une oeuvre originale de Fred Nera».

La plupart des licences autorisent les modifications mais sont très strictes sur la précision de qui a écrit quoi et ne permettent en fait pas du tout de faire n'importe quoi.

Conclusion

Je vais être honnête : si le but est de vivre de l'écriture, une licence libre n'est pas adaptée.

En fait, si le but est de vivre de l'écriture, l'écriture n'est probablement pas adaptée. Très peu d'auteurs, même ceux édités, parviennent à vivre de ça.

En revanche, si le but est de diffuser ses oeuvres, l'utilisation d'une licence libre, c'est-à-dire une vraie licence libre permettant tous les points listés ci-dessus[1] me paraît le meilleur moyen de faire partager ses textes au plus grand nombre en offrant le maximum de possibilités.

Notes

[1] Par exemple, les licences Creative Commons «By» et «By-SA» sont libres, de même que, par exemple, la GNU FDL, la GNU GPL ou la Licence Art Libre.